‹ Les regrets de Joachim du Bellay, AngevinChapitre 19 sur 21 · CLXXX VIII · texte numérisé non relu

CLXXX VIII

Paschal, je ne veulx point Jupiter assommer,

Ny, comme fit Vulcan, luy rompre la cefvelle, Pour en tirer dehors une Pallas nouvelle,

Puis qu’on veult de ce nom ma Princesse nommer.

Dun effroyable armet je ne la veulx armer,

Ny de ce que du nom d’une chèvre on appelle,

Et moins pour avoir veu sa Gorgonne cruelle,

Veulx-je en nouveaux cailloux les hommes trans- [former.

Je ne veulx déguiser ma simple poësie Sous le masque emprunté d’une fable moisie, Ny souiller un beau nom de monstres tant hideux :

tis suivant, comme toy, la véritable histoire, vers non fabuleux je veulx chanter sa gloire us, à not enfans, et ceux qui naistront d’eulx.

Cependant (Pelletier) que dessus ton Euclide

Tu monstres ce qu’en vain ont tant cherché les vieux, Et qu'en despit du vice, et du siècle envieux,

Tu te guindes au ciel comme un second Alcide :

L'amour de la vertu, ma seule et seure guide, Comme un cygne nouveau me conduit vers les cieux, Où en despit d'envie, et du temps vicieux,

Je rempliz d'un beau nom ce grand espace vide.

Je veux chanter de Dieu. Mais pour bien le chanter, Il fault d'un avant-jeu ses louanges tenter, Louant, non la beauté de ceste masse ronde,

Mais ceste fleur, qui tient encor’ un plus beau lieu: Car comme elle est (Du-val) moins parfaitteque Dieu, Aussi l’est elle plus que le reste du monde.

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