LES ANCETRES
Autant que les vivants, laissés, Pleins de douleur, dans la Grande lie, Ce sont nos morts que je regrette, Mes conseillers, mes protecteurs, Qui se tenaient, les soirs de lune, Assemblés près de mon sommeil.
Il y avait les grands Ancêtres ',
Qui firent jaillir notre Race,
Comme une source, au flanc des monts,
Il y avait ceux qui régnèrent
Sur les plateaux et sur la côte
Par la force de leurs sagaies.
Il y avait mon noble père
Et son frère, tués tous deux
Quand des milliers de casques blancs
Arrivèrent à Majunga :
Un même obus les a couchés
Devant la porte du village.
Vous étiez tous là, mes chers morts,
Drapés dans les lambas de soie
Que nos femmes vous ont tissés
Et vous me parliez, dans mes rêves,
De la récolte et des troupeaux
Et de mon fils, qui vous ressemble.
Quand je reviendrai, quand la France
Renverra chez eux ses enfants,
Je traînerai vers votre pierre
Un taureau noir aux longues cornes
Pour que son sang vous réjouisse
Dans vos nattes de jonc tressé.
Vous reconnaîtrez à ce signe
Que mon exil est terminé
Et que mon cœur, fidèle, observe
La Coutume de notre Race,
La Coutume, grâce à laquelle
Les vivants s'enchaînent aux morts,