‹ Les regrets de la grande îleChapitre 5 sur 12 · LES ANCETRES · texte numérisé non relu

LES ANCETRES

Autant que les vivants, laissés, Pleins de douleur, dans la Grande lie, Ce sont nos morts que je regrette, Mes conseillers, mes protecteurs, Qui se tenaient, les soirs de lune, Assemblés près de mon sommeil.

Il y avait les grands Ancêtres ',

Qui firent jaillir notre Race,

Comme une source, au flanc des monts,

Il y avait ceux qui régnèrent

Sur les plateaux et sur la côte

Par la force de leurs sagaies.

Il y avait mon noble père

Et son frère, tués tous deux

Quand des milliers de casques blancs

Arrivèrent à Majunga :

Un même obus les a couchés

Devant la porte du village.

Vous étiez tous là, mes chers morts,

Drapés dans les lambas de soie

Que nos femmes vous ont tissés

Et vous me parliez, dans mes rêves,

De la récolte et des troupeaux

Et de mon fils, qui vous ressemble.

Quand je reviendrai, quand la France

Renverra chez eux ses enfants,

Je traînerai vers votre pierre

Un taureau noir aux longues cornes

Pour que son sang vous réjouisse

Dans vos nattes de jonc tressé.

Vous reconnaîtrez à ce signe

Que mon exil est terminé

Et que mon cœur, fidèle, observe

La Coutume de notre Race,

La Coutume, grâce à laquelle

Les vivants s'enchaînent aux morts,

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