‹ Les reines de l'aiguilleChapitre 6 sur 13 · MODESTES · texte numérisé non relu

MODESTES

qui, dans un coin, fiévreusement, démolissent ou rectifient.

La maîtresse de la maison ou les directrices qui la suppléent ou la remplacent sont ici toujours présentes. Elles animent tout l’organisme à la fois, ayant tout à la portée de la main et du regard. Tout cela est plus restreint que dans la couture, plus tassé, plus tenu et plus intime en même temps. La plus grande maison de modes tient dans un spacieux appartement, et le régiment le plus nombreux se compose à peine d’une centaine de personnes.

Seule, la manutention est inaccessible au regard. Elle est située dans la partie la plus reculée, et jalousement gardée par des sujets d'une race un peu differente, et qui, s ils n’ont pas l’apparence des dragons gardiens de trésors, en ont du moins pris le caractère. A part cette officine réservée, il n’y a pas de mystère dans une maison de modes, ou du moins il ne semble pas y en avoir.

A la différence de l’autre industrie, les hiérarchies paraissent moins tranchées et les caractères des divers emplois sont moins aisément perceptibles. Il n’y a pas, tout d’abord, de division en vendeuses et en mannequins, puisque les memes personnes, à peu près, vendent et essaient ellesmêmes. Et, de plus, entre celles qui travaillent et celles qui vendent, il n'y a pour ainsi dire pas non plus de signes distinctifs bien prononcés puisque, à toute occasion, une de ces jeunes filles, de même race, de même allure, de même éducation technique, de mêmes aptitudes, sinon chargée des mêmes besognes, peut être appelée à passer d’un service à l’autre.

Entre les diaphanes ou correctes vendeuses glissant comme des ombres sur les parquets cirés, et les travailleuses doucement bourdonnantes (sauf aux heures d'arrivée et de départ où elles se rattrapent), trottinent les apprenties,

muettes, timides, avec des allures de petites enfants bien sages, et s’exerçant déjà à leurs façons futures de modistes pour de vrai, c’est-à-dire à un rôle d’eau qui dort.

Dans les coins des salons, par petits groupes, s’isolant de leur mieux au milieu du vide, vendeuses et clientes s'attardent en graves conversations, accompagnées de gestes élégants, étudiés, de murmures caressants et flatteurs que de temps à autre vient ranimer la dirigeante, de son entrain voulu et de sa cordialité savamment mesurée.

Parmi ces fleurs artificielles et ces glaces et ces souples silhouettes, c’est-à-dire dans une harmonieuse réunion d’êtres et d objets chatoyants, brillants et que la plus élémentaire sagesse recommande de ne pas analyser, l’homme fait tache, et il est réellement le sexe laid.

Ici, bien plus que dans la couture, on sent qu’on est chez les femmes et que les femmes sont chez elles.

LES REINES DE L VIGüILLE.

muettes, timides, avec des aLlures de petites enfants bien sages, et s’exerçant déjà à leurs façons futures de modiste p air de vrai, c'est-à-dire à un rôle d’eau qui dort.

Dans les coins des -dons, par peins groupes, s’isolant de leur mieux au nulieu du vide, vendeuses et clientes s attardent en graves convei salions accompagnées de gestes élégants, étudiés, d< murmures ca -san et flatteurs que de temps à autre vient ranime!' la dirigeante, de son entrain voulu et de sa cordialité a' ■ aiment m -urée.

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ÈCLOÏ iON D’UN CHAPEAU

Vous avons connu de grands artistes qui avaient les goûts et habitaient les logis les pies bourge : au. sens où l’on prend

ce mot pour exprimer l’absence de recherche savante et d’harmonie raffinée. .Les meubles les plus eux. les tentures les plus banales semblaient non seulement leur suffire, mais leur plaire. Ils n'étaient même pas informés qu'il en pût exister d’autres. Trait plus invraisemblable et moins facile à comprendre: si d’aventure un objet m trouvait ui ar chemin e. ou une gra\ ure à leur muraille l'objet était du plus mauvais ;.;oûl et la gravure de la trivialité la plus déconcertante.

Pourtant, c’étaient de vrais, d'incontestables artistes, d ad-

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