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ÉCLOSION D’UN CHAPEAU

Nous avons connu de grands arlisles qui avaient les goûts et habitaient les logis les plus bourgeois, au sens où l'on prend ce mot pour exprimer l'absence de recherche savante et d’harmonie raffinée. Les meubles les plus affreux, les tentures les plus banales semblaient non seulement leur suffire, mais leur plaire. Ils n’étaient même pas informés qu'il en pût exister d’autres. Trait plus invraisemblable et moins facile à comprendre; si d’aventure un objet se trouvait sur leur cheminée, ou une gravure à leur muraille, l'objet était du plus mauvais goût et la gravure de la trivialité la plus déconcertante.

Pourtant, c’étaient de vrais, d'incontestables artistes, d’ad-

mirables inventeurs, qui, de plus, mettaient dans leur œuvre un raffinement exquis, créaient même des courants de délicatesses inédites. La production de leur cerveau et de leurs mains leur suffisait. Ils n’avaient pas besoin de s’entourer d un beau décor matériel, puisqu ils portaient en eux-mêmes le reve d un bien plus beau encore. Peut-être même la laideur et la vulgarité qui nous choquaienl étaient-elles pour eux si indifférentes, si profondément loin de leur esprit qu elles leur apportaient une sorte de repos. Enfin, comme dans la vie et dans la pensée, tout n’est que prétextes et points de départ, il est possible qu ils découvraient, entre ces choses affligeantes et leur œuvre sublime, des rapports qui échappaient aux autres yeux et dont on n avait pas le droit de leur demander compte.

Si, d ailleurs, il n’en était pas ainsi, les souverains logés dans les plus riches palais seraient les poètes les plus magnifiques, et l'inspiration des grands artistes de demain serait à jamais étouffée lorsqu ils sont contraints de se loger dans de hideux garnis .

Ces considérations supérieures répondent à la question que nous nous étions posée il y a un moment : la modiste estelle douée du sentiment de l’art?

Oui, sans discussion possible, dans ses créations et dans la façon dont elle les accomplit. Non, en général, dans ses goûts personnels pour tout ce qui n'est pas le brillant produit de son imagination et de ses doigts.

La modiste passe pour préférer ce qui est net, soigné et mièvrement fignolé, à ce qui est d’une beauté fruste et d'une forte simplicité. Elle aime mieux le gentil que le beau, le clinquant que le rare, et le sentiment que la passion. Elle se tient dans les régions moyennes de l'esprit, du rêve et de l’amour. Elle est élégiaque et raisonnable. Son élégance personnelle

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