F. Grille. Emigration angevine, page
c En 1793 et une partie de 179-4, tout le temps que dura la campagne, les princes relégués à Hamm, ont vécu tristement, au milieu d'une espèce de garde d'honneur prussienne. En 1794, Monsieur est allé en Italie s'abandonner aux sentiments de dévotion pendant que, vers la fin de l'été, M™' de B... accouchait à son insu de deux jumeaux à Rotterdam. De là, elle est allée intriguer en Angleterre où elle fait mince figure. »
avait fait ce qu'il fallait pour avoir plusieurs jumeaux ou jumelles.
L'histoire exige des faits et repousse les suppositions, fussent-elles vraisemblables. Nombre d'historiens, plus ou bien intentionnés, en s'occupant incidemment de Mme de Balbi, ont répété cette légende et Gastellane est du nombre, mais aucun d'eux n'était contemporain des événements qu'il rapportait. En prétendant que, cette fois encore, la favorite a été victime d'une calomnie, comme elle l'a été pour la mort de son fils et pour la folie de son mari, nous n'avons nullement l'intention de poursuivre une réhabilitation inutile, ni de vouloir poser en dragon de vertu Anne de Caumont-La Force; nous nous confinons dans la réalité des faits et ceux-ci parlent assez éloquemment en cette circonstance pour n'avoir rien à ajouter à leurs enseignements.
Faut-il rappeler ici qu'une autre version existe de la disgrâce de Mmc de Balbi.
On raconte que Monsieur, averti par d'Avaray des bruits fâcheux qui circulaient sur son compte, s'était empressé de lui adresser quelques remontrances :
« N'oubliez pas, lui disait-il, dans les termes mesurés qui lui étaient habituels, que la femme de César ne doit pas être soupçonnée! »
« — Et vous, n'oubliez pas, lui aurait spirituellement répondu Muu' de Balbi, qui netait pas patiente, que d'abord vous n'êtes pas César, et qu'ensuite je n'ai jamais été votre femme. »
11 y a bien des chances pour que lettre et réponse n'aient jamais été écrites, mais elles sont d'un tour trop spirituel pour ne pas trouver ici leur place, tout au moins à titre de curiosité. La légende ajoute que Monsieur ne pardonna jamais le trait piquant de la dernière phrase qui lavait blessé dans ses prétentions en raison du double sens qu'on y pouvait attacher.
C'est donc dans cette mordante réplique qu'il faut voir, si l'on en croit la légende, la principale cause de la rancune tenace gardée jusqu'au dernier jour par Louis XVIII à son ancienne favorite1.
Sa rupture avec M,ue de Balbi causa au comte de Provence, on n'en peut douter, une peine profonde; c'était la fin brusaue et inattendue d'une affection qui durait depuis plus de quinze ans, et dont les liens étaient restés d'autant plus vivaces que les sens y avaient toujours eu moins de part que le cœur.