Mémoires de Mne Vigée- Lebrun. Cliap. XXX, tome II
2. Lady Fitz-Herbert, issue d'une famille catholique, était veuve lorsqu'elle fit la connaissance de George IV qui était de six ans plus jeune quelle. Elle avait résisté à toutes ses entreprises lorsqu'on vint la chercher un jour pour luiannoncer que, dans son désespoir de la voir intraitable , le prince s'était passé son épécau travers du corps. Elle trouva, en effet, à Carlton-House, le prince ensanglanté et ce fut à la suite de eet événement qu'eut lieu un simulacre de mariage secret, le 15 décembre 1785. Après s'être séparés en 1794, ils se rapprochèrent de nouveau en 1800, jusqu'à ce que l'influence de lady Hertford eût amené une scission délinitive en 1808. Lady Fitz-Herbert mourut à Londres en 1847. Dans sa maison, habitée actuellement par lady Mansen, née de Coigny, située 6 Tilnay Street, on montre encore sur le foyer de la ch3ininée de marbre une large tache causée par le grand feu allumé par le due de Wellington lorsque AI™- Fitz-Herbert eut l'abnégation de lui laisser brûler les lettres qu'elle avait reçues du prince régent. Elle avait consenti à à cette hécatombe pour effacer toute trace de ce mariage qui eût pu empêcher le prince de régner.
Le duc de La Force épousa M-< Craven qui était la nièce de M™' Fitz- Herbert. (George IV and lady Fitz-Herbert, by W.-H. Wilkins, London, 1905.)
laquelle il avait élé fidèle pendant près de quatre ans, après avoir voulu se tuer pour elle, s'était rompue d'une façon définitive; lady Jersey lui avait succédé jusqu'à son mariage avec la princesse Caroline de Brunswick et il venait de se séparer de celle dernière pour laquelle il avait toujours montré une antipathie des plus vives. Épris de tous les plaisirs, amoureux de toutes les femmes, le jeune prince s'était lancé dans la société brillante de l'émigration qui n'avait rien perdu sur le sol de l'Angleterre, ni de son charme ni de son attrait; et les beaux yeux de Joséphine de Mesnard avaient bien vite attiré ce don Juan qui ne connaissait guère de cruelles.
Mais M01' de Mesnard, qui avait beaucoup aimé son mari, ne céda que de longs mois après sa mort à l'enlraincment qu'elle éprouvait pour George IV; sa passion était sincère et désintéressée et, si l'on en croit la chronique, elle souffrit cruellement des nombreuses infidélités, de son royal amant.
Elle trouva pourtant une consolation dans la tendresse passionnée qu'elle porta au fils né de cette union irrégulière et qui, ne pouvant porter le même nom que sa mère, fut titré comte de Castelnau
1. François-Louis-Nompar dû Caumont-La Force, comte de Castelnau.
LONDRES ET i/ ÉMIGRATION. 333
On raconte qu'au moment où le jeune homme venait de terminer ses études, Mmc de Mesnard, qui L'avait fait élever avec la plus grande sollicitude, tout en cachant sa maternité, lui déclara qu'elle était décidée à divulguer le secret de sa naissance et à le présenter comme son fils à ses parents et à ses amis ; mais celui-ci répondit qu'il l'aimait trop tendrement pour consentir jamais à être pour elle une source d'embarras dans la vie et qu'il était résolu, en conséquence, à entrer dans les ordres.
« Plutôt que de vous voir vous faire prêtre sans réelle vocation, lui déclara Mmo de Mesnard, j'irais m'établir sur le pont Louis XVI pour crier à tous les passants que j'ai un fils naturel qui s'appelle le comte de Castelnau! »
Ce fut entre eux alors une touchante lutte de générosité où la mère finit par l'emporter.
Ce fils, aux sentiments si pleins de délicatesse, entra dans la diplomatie fit de longs voyages en Amérique et y découvrit, dit-on, les sources de l'Amazone.
Il avait épousé une Choiseul-Beaupré 2 que la
1. François-Louis-Nompar de Caumont-La Force, comte de Castelnau, né à Londres le 24 décembre 1802. Auditeur au Conseil
d'État, consul à Bahia et à Bangkok, puis consul général à Melbourne et à Sydney où il est décédé après la guerre de 1870.
2. Anne-Béatrix-Ernestinc de Choiseul-Beaupré. De son mariage avec le comte de Castelnau, elle eut un fils mort sans postérité.
légende prétendait être fille d'un religieux et d'une religieuse de la famille de Choiseul qui s'aimaient dès avant la Révolution et avaient été contraints à se cloîtrer par des parents barbares. Tous deux dit-on s'étaient empressés de se marier lors de la suppression des ordres religieux après s'être fait l'un et l'autre relever de leurs vœux.