‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 134 sur 206 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

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pécuniaire est mauvaise et les agissements de son fils, comme nous le verrons plus loin, sont venus encore compliquer les choses.

Sa fortune personnelle tout entière se trouvait sur la nation et elle ne pouvait compter que sur la très petite partie des arrérages des rentes dont le corps législatif décrétait le payement en numéraire. La jouissance de cette fortune ne présentait donc qu'une bien faible ressource et M,ne deBalbi ne pouvait guère en trouver davantage dans celle de son mari qui continuait à vivre dans l'hospice de Senlis.

Au mépris de sa qualité d'étranger, en effet, le département de Seine-et-Marne, séant à Melun, avait fait séquestrer les revenus de la terre de Brie dont la curatelle s'était ainsi trouvée privée. Le produit des recettes de la nation s'était trouvé nul en raison des arrérages effectués en papier-monnaie et la curatelle n'avait eu d'effectif, pendant plusieurs années, que le produit de la terre de Saint-Lambert s'élevant à 10,800 livres. Or les charges annuelles s'élevaient à 23,000 livres.

Le paiement de la pension consentie à Armand de Balbi était encore venu augmenter le passif qui avait monté en peu de temps à une somme importante.

Quant à ses meubles, MH,e de Balbi n'en avait rien retrouvé, tout ce qui garnissait son appar-

tement du Luxembourg avait été vendu. 27 brumaire an II avait eu lieu une première vente comprenant entre autres choses les orangers qui garnissaient les parterres1 : 4 petits orangers dans leurs caisses criés 2o livres sont adjugés 06 livres; 4 autres grands criés 90 livres, adjugés 240 livres; et 20 autres orangers qui montent à r>12 livres.

La seconde vacation, un peu plus importante, a lieu le 17 brumaire an III, elle comprend « les •meubles et les effets des femmes Balbi et Lordat2, émigrées, qui ont été transportés au dépôt national, maison Laguiche, rue de Vaugirard, 192, section du Luxembourg. »

On vend d'abord deux glaces, dont la plus belle, dé 4 pouces sur 29, prisée 142 livres en argent est adjugée o,020 livres en assignats; viennent ensuite deux pièces de tapisseries, des couchettes avec leur literie, un bureau, quelques sièges, les indispensables tables à jeu qui tiennent toujours une place importante dans chacune des installations de la favorite, et enfin des meubles sans valeur.

Le lot le plus important se compose d'une

1. Archives de la Seine. Répertoire alphabétique du fonds des Domaines, 614-1669. ■

2. Marie de Caumont-La Force, marquise de Lordat, sœur de M"" de Balbi.

courte-pointe, dossier, ciel, rideaux et tentures de siamoise rayée jaune et blanc qui, prisées 80 livres argent, montent à 800 livres.

Enfin, une troisième vente a lieu le 1er frimaire, on y vend huit glaces, les tablettes de marbre blanc qui garnissaient la salle à manger, de grandes tables de noyer ciré et « un grand billard, de bois d'acajou, couvert de son drap vert, aver les pancartes pour les règles du jeu dans leur cadre. »

* Le billard, crié 80 livres, est adjugé à 1.000 livres.

La médiocrité de ce mobilier ne peut nous surprendre; nous avons vu plus haut les précautions prises par Mmp de Balbi pour faire mettre en sûreté ses objets précieux pendant qu'elle était à Coblentz.

Mais Tex-lavorite, tout en essayant d<> réunir les bribes éparses de sa fortune, se môle activement au monde des émigrés nouvellement rentrés et fréquente assidûment les quelques salons qui, timidement, entr'ouvrent leurs portes. Eu retrouvant Paris après onze ans d'exil, elle se met en quête de ses amis d'autrefois et vient s'installer rue de la Chaise, dans l'hôtel Maurepas J devenu

i. Souvenirs de Contades, p. 17.

LE COMTKSSK 1>K BALAI.

pltts tard l'hôtel d'Uzès Les personnes av«ec lesquelles elle a, jadis, été liée ne sont guère nombreuses, niais on retrouve pourtant quelques rares débris de l'ancienne société qui se groupent et se réunissent dans trois ou quatre maisons. L'hôtel de Luynes2 est au premier rang3 et d'étroites relations unissent Mm* de Balbi à ses habitants, car la maîtresse de maison est son intime amie d'enfance et son ancienne compagne de couvent. C'est là qu'habitent, tous réunis le duc et la «luehessede Luynes avec leurs enfants, M. et Mwede Chevreuse, leur fdle, leur gendre, leur neveu et 4eur frère, le duc de Laval.

On y a gardé les traditions du dernier règne et les somptueux salons s'ouvrent chaque soir pour les amis, les familiers et ce qui reste du faubourg Saint-Germain : « Que les maîtres fussent absents ou bien au logis, a dit Mme d'Abrantès, la maison était toujours éclairée et chauffée, car jamais l'absence n'était ni longue n<i entière. Si M,m de Luynes était chez M. de Tallejr-

1. Cet hôtel qui avait été conservé, tel qu'il était au siècle dernier était récemment encore la propriété des Dames de la Retraite.

2. L'hôtel de Luynes était situé 33, rue Saiirt-Dominique. il fut construit par Constant le Muet au XVIIIe siècle pour Marie de Rohah, duchesse de Luynes. Le percement du boulevard Saint- Germaip a fait disparaître une partie de la cour et les deux avantcorps.

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