Mémoires de Mmv de Chastenay
Mémoires du comte de Hambuteau1, qui, nommé préfet du département de Tarn-et-Garonne en 18K>, au moment du retour de l'Empereur, s adresse à Mme de Balbi qui vient de rentrer à Montauban pour solliciter son concours :
« Je me hâtai, dit-il, d'arriver à Montauban et ma première visite fut pour MIUC de Balbi, sœur du duc de La Force, ancienne amie du comte de Provence que j'avais vue souvent à Paris. Je dis :
« Quand j'ai accepté la préfecture de Montauban j'ai pensé avec plaisir que je vous y trouverais et que vous m'aideriez à pacifier le pays. Je dois vous avouer que je suis incapable de trahir ou même de servir faiblement une cause que j'ai acceptée; mais je ne puis pas en vouloir à ceux qui ont fait le lendemain ce que j'avais fait la veille. Par conséquent soyez sans inquiétudes pour les volontaires royaux. Vous êtes trop avisée pour ne pas comprendre que l'avenir se décidera par les armes en Belgique ou sur les bords du Rhin, et que toule tentative partielle d'insurrection dans les départements servirait seulement quelques ambitions personnelles, sans avoir aucune influence sur les
1. Mémoires du comte de Iiambuteau. Paris, Calmann-Lévv, in-8",
l'exil a montai han. 393
résultats généraux. Voici donc les conditions que je propose, par votre entremise à vos amis.
« Je ne veux pas connaître de classe proscrite, persécutée pour le passé. J'ignorerai les volontaires, je ne veux pas davantage de classe persécutrice, ainsi point de fédération : respect et protection aux catholiques comme aux protestants, aux ministres comme aux curés, aux temples comme aux églises. Mais on m'aidera à faire partir les conscrits et les gardes nationaux appelés ; les contributions se paieront sans conteste; il n'y aura ni émeutes, ni complots, et vous attendrez paisiblement les décisions de la guerre et de la fortune. »
Cette démarche fut pleinement couronnée de succès, car M. de Rambuteau ajoute :
« Mmc de Balbi avait trop de sens pour ne pas apprécier ma démarche; elle me demanda vingtquatre heures et le lendemain m'adressa M. de Peissac, qui depuis a été mon collègue à Bordeaux et à la Chambre des Pairs, mais qui venait d'être commandant des volontaires royaux et des Verdets1 près de Mgr le duc d'Angoulôme. Il me re-
1. On donnait 1»; nom de Verdets à des compagnies royalistes secrètement organisées dans le Midi après le 9 thermidor. Cette appellation bizarre venait du costume qu'ils avaient adopté et du brassard de même couleur qu'ils portaient en souvenir des Suisses massacrés le 10 août à la défense des Tuileries.
mercia de mes propositions, me promit de me seconder autant que possible et de me garantir la sécurité du département. »
Quelques mois plus tard, l'Empire était de nouveau renversé et Rambuteau quittait le département dans lequel il avait fait régner Tordre pendant tout le temps qu'il l'avait administré. « Après mon départ, dit-il dans ses Mémoires, je reçus du Conseil général, du maire de Montauban, du grand vicaire du diocèse, des volontaires royaux et de Mme de Balbi les gages les plus flatteurs de sympathie et de gratitude. »
On voit en quel estime M. de Rambuteau tenait l'ancienne favorite puisqu'il cite son nom à coté de ceux des 'plus hauts fonctionnaires ou des plus hautes personnalités de la province; et pourtant ce n'était pas sa fortune qui pouvait lui assurer cette situation prépondérante car elle était en lutte constante contre des difficultés d'ordre financier qui étaient un aliment à sa dévorante activité.
Sinon ruinée, au moins très atteinte, nous l'avons vu, par la Révolution, elle se trouvait en outre sans cesse assiégée par des revendications inattendues, obligée perpétuellement de faire face à des dettes oubliées, fâcheux accessoire de sa fortune d'autrefois que le malheur et l'expérience
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ne lui avaient pas encore appris, à cette époque, à prévoir et à redouter.
Une lettre 1 écrite au banquier Perregaux Tannée de son arrivée le 10 nivôse (30 décembre) nous la montre aux abois :
« Il est deux heures, écrit-elle, et personne, Monsieur, n'est encore venu de votre part, cependant on s'est présenté avec les effets inscrits par M. de Balbi, ils sont à la banque de France et chez M. Daym (?) Je suis désespérée, je vous demande en grâce, Monsieur, de m'envoyer les fonds le plus tôt qu'il vous sera possible. J'ai Thonneur de vous saluer.
» F. Balbi. »
Une autre lettre, datée de Bram 2, le 2 décembre 1811, nous prouve qu'elle continue à se débattre contre ses créanciers. L'un d'eux, M. d' Avons, se montrait très pressant, et la comtesse avec des détails qui touchent à l'histoire raconte comment la dette dont on voulait la rendre responsable avait été contractée.
« Voici l'histoire de M. d'Avons, et vous jugerez si je ne dois pas prendre tous les moyens