Mémoires de la duchesse d'Abrantès, page 517, tome VI
où Monsieur venait chaque jour passer ses soirées auprès d'elle, et jusque dans l'extrême vieillesse, elle gardait encore intactes les brillantes facultés de sa jeunesse.
Elle avait conservé ce talent suprême de la conversation qui, durant cinquante ans avait attiré auprès d'elle à Versailles, à Coblentz ou à Londres tout ce que l'Europe comptait de beaux esprits et de personnages considérables, brillante élite qu'elle avait su grouper et retenir. Elle n'avait pas besoin d'user de l'esprit des autres pour tenir son auditoire sous le charme, sa mémoire lui fournissait à propos des anecdotes piquantes qu'elle avait appris du comte de Provence à conter avec verve et qu'elle assaisonnait de malicieux commentaires. Elle savait causer et faire causer autour d'elle et cette rare supériorité la faisait rechercher davantage que les plus puissantes, les plus jeunes ou les plus belles. Mmf de Balbi était trop intelligente pour n'avoir pas su vieillir. « Il faut savoir vieillir de bonne heure afin de rester jeune plus longtemps », a dit un bel esprit du xvmc siècle. Anne de Gaumont avait mis cet axiome en pratique : quand l'âge était venu elle avait déflnitivement renoncé aux conquêtes. Sans s'attarder à pleurer ses charmes évanouis ou à essayer de faire revivre un passé définitivement effacé, elle s'efforçait après tant