‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 49 sur 206 · Cemmunieation de M. Gustave Bord · texte numérisé non relu

Cemmunieation de M. Gustave Bord

LKS DIVAGATIONS l)ï COMTE DE BALBI. 59

Le papier portait :

« Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, » Nous avons reconnu, déclaré et reconnu pour nous soussigné et pour tous les enfants d'Adam et d'Kve des deux sexes, avoir perdu notre liberté et la perdre tant pour le moment que pour l'avenir, physiquement et moralement, de pouvoir communiquer d'aucune manière que ce soit, avec les puissances méchantes répandues dans l'air, ainsi qu'avec le péché et avec quelque être mauvais, ennemi de Dieu et du prochain, reconnu pour tel par Notre Saint-Père le Pape, et la Sainte-Mère l'Église catholique, apostolique et romaine. Paris, le 3 février 1781.

Signé :

François-Marie- Armand Balbi, Jacques Polltiek, François Weekteler, Sistro Fekaikho, Charles Deville,

MOREL, DE SlREJEA.N.

Les signatures qui suivent celle du comte de Balbi sont probablement celles des adeptes recrutés par lui afin de combattre les « puissances méchantes » discernées par le noble génois à travers les billevesées maçonniques et parmi les cérémonies du culte nébuleux d'Hiram !

Toute la procédure d'interdiction est d'ailleurs semée d'incidents joyeux ou pénibles qui ne peuvent laisser aucun doute sur l'état mental du comte .

LA COMTESSE l»K BALB1

On le voit sans cesse s'entretenir, avec ses gens, du comte de Lévis-Mi repoix. Il leur répète à maintes reprises que ce dernier est, de par sa naissance, « grand maître-né de la franc-maçonnerie et généralissime de toutes les troupes du monde nommées par le Souverain pontife. »

« Sachez, ajoute-t-il, qu'il n 'y a dans le monde que trois généraux ayant ce pouvoir, savoir : le pape empereur, le roi de France et la République de Gênes ! »

Enfin, durant un séjour dans son château de Brie, toujours hanté par la même préoccupation, il annonce un beau soir, qu'il a vu dans son livre de prières que sa présence, sur l'heure, est indispensable à Paris pour y faire proclamer grand maître de la franc- maçonnerie ce même M. de Lévis-Mirepoix. Malgré toutes les précautions qu'on prend pour l'empêcher de sortir, il s'échappe le soir par les bergeries et, par le plus mauvais temps et la nuit la plus obscure, il prend la route de Paris avec un valet nommé Deville qu'il a obligé à le suivre. C'est la maréchaussée qui, lancée à sa poursuite, le rattrape à une lieue de son habitation et le fait rentrer à grand'peine. Quelques jours plus tard, son premier soin, dès son arrivée à Paris, sera de se mettre à la recherche de M. de Lé vis toujours pour le même

LES DIVAGATIONS DU COMTE 1»E BALHI. b'I

objet; il parcourt inutilement les rues du faubourg Saint-Germain et interroge vainement les domestiques de la princesse de Monaco qu'il a été trouver tout exprès pour avoir l'adresse du comte. On a toutes les peines du monde à lui faire réintégrer son domicile et il se met dans des rages folles parce qu'on l'empêche de réaliser son projet devenu chez lui une idée fixe. Il compose un ouvrage intitulé : Plan de gouvernement meilleur que tous ceux qui existaient où il élabore une nouvelle constitution établie d'après les principes maçonniques.

Enfin, toujours préoccupé de coopérer à la grandeur de la franc-maçonnerie dont il est dignitaire, il signe un billet de 126,000 livres et se reconnaît débiteur de cette somme envers « la caisse des Pau-

vres de la Respectable Mère Loge écossaise ».

En même temps avec la même inconscience, il signe une reconnaissance \de 24,000 livres à « la paroisse de Sainte- Marie-Madeleine de la Ville VKvêque pour ses pauvres 1 ».

Dans ses divagations, il s'imagine sans cesse que le démon apparaît clairement à ses yeux, et il raconte à qui veut l'entendre qu'il l'a vu maintes fois à l'église célébrer la messe à l'autel.

1. Lettre de M. Lenoir de Mézières du 23 avril 1781 au Lieutenant civil duChàtelet.

D'autres fois, c'est Jésus-Christ en personne qui lui apparaît dans toute sa gloire, et, dans son esprit troublé, les rites maçonniques se mélangent et se mêlent de la plus étrange façon avec les cérémonies religieuses.

Enfin, hanté par le souvenir des évocations et des mystérieuses cérémonies dont il a été témoin dans les loges, il s'occupe à la fois de spiritisme, de magnétisme et de suggestion débitant las théories les plu9 singulières.

11 prétend que tous les hommes sont doubles, étant animés de deux principes opposés, l'un bon l'autre mauvais, et, à l'en croire, le bien et le mal apparaissent si clairement à ses yeux que, par sa seule puissance, il peut écarter les influences pernicieuses au moyen d'un simple coup sur le front.

Mais ces pratiques qui semblent inoffensives dégénèrent souvent en accès de fureur et en violences subites; lorsqu'il s'imagine voir des esprits malfaisants logés dans le corps de ceux qui l'approchent, il se précipite sur eux avec impétuosité, et n'hésite pas à leur porter inopinément les coups les plus dangereux.

Cependant au début, il a des alternatives de bon sens et de calme, et ce n'est que d'une façon intermittente qu'il se remet à tenir des propos sans suite et sans raison.

Quelques semaines après son premier accès, son état semble s'améliorer 1 ; grâce à des soins assidus, à un repos complet, et à des saignées répétées, le calme semble s'être fait dans son esprit et on peut le croire rétabli.

Aussi lorsqu'il exprime le désir de voyager, les médecins comptant que le changement devra être salutaire, lui permettent de se mettre en route. Il quitte Paris le 6 juin, mais comme il annonce qu'il s'éloigne pour ne plus revenir, son valet de chambre, Alexandre Girard, refuse de le suivre, c'est donc absolument seul qu'il se décide à partir et à se rendre à Bruxelles. Il n'y séjourne pas longtemps. Il quitte la Belgique pour la Hollande et la Hollande pour l'Allemagne, puis traverse la Suisse et se rend à Gênes après s'être arrêté à Novi et à Alexandrie.

Ses étranges allures lui valent sans doute de ses parents un assez froid accueil car aucun d'eux ne lui offre de descendre chez lui et le malheureux Balbi se voit contraint de loger à l'auberge. Il règle promptement tant bien que mal quelques allai res d'intérêt et reprend le chemin de la France.

A Novi il a engagé un jeune domestique de

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