‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 64 sur 206 · Mémoires de H;/de de S'en ville · texte numérisé non relu

Mémoires de H;/de de S'en ville

le rapport de la finesse des idées, de l'acuilé des jugements et de la grâce du langage; de plus, elle était inépuisable en saillies et en éclairs.

Sa conversation était remplie de traits, et d'apostrophes plaisantes qui, non seulement n'avaient rien qui sentît le vulgaire, mais encore dénotaient une culture d'esprit bien rare chez une femme que le soin de sa beauté aurait pu absorber.

Sa vive intelligence, en effet, avait promptement fait, dans le milieu éclairé où elle vivait, de s'assimiler ce qu'elle ignorait et de combler les lacunes d'une éducation peut-être incomplète ou trop rapide. Elle contait à merveille, elle savait rire et sourire à propos et tout comprendre à demi-mot.

Personne aussi comme elle ne savait écouter et peut-être était-ce la plus adroite façon de faire sa cour au comte de Provence.

Celui-ci, en peu de mois, allait en arriver à ne plus voir que par les yeux de sa favorite, qui acceptait toutes ses prévenances avec une coquette légèreté sans paraître jamais étonnée ou surprise des hommages qu'il lui prodiguait; le prince ne se lassait pas, dans des pièces de vers et dans de galants madrigaux, de la comparer aux Grâces et aux Muses, à toutes les divinités de l'Olympe et du Parnasse, et, non content de la voir chaque

l.A COMTESSE DE BALBI.

jour pendant de longs moments, il lui adressait, pour raccourcir les intervalles de son absence, de petits billets au tour délicat et facile auxquels elle répliquait de la façon la plus galante! Et le prince attendri et charmé la remerciait chaleureusement de vouloir bien répondre1.

Pour mieux plaire à son royal correspondant, ce n'était pas toujours en prose qu'elle se contentait de lui écrire. Suivant le goût du temps où la poésie était si fort en honneur, Anne de Caumont, elle aussi, à l'occasion, sacrifiait aux Muses. Les vers qu'elle adressait au comte de Provence ne sont malheureusement pas venus jusqu'à nous, mais nous en possédons cependant quelques-uns écrits un peu plus tard.

Voici sa curieuse réponse à quatre vers du vicomte de Vintimille qui lui reprochait d'avoir eu le mal incurable de la peur au siège de Valenciennes auquel elle s'était trouvée assister en 1794 au moment où, quittant la Belgique et la . Hollande, elle se disposait à se rendre en Angleterre.

J'ai lu vos vers sur le mal incurable Et j'ai pris mon parti de n'en guérir jamais. A dire vrai, je ne vois rien d'aimable

J. FoiniiTon : Hittoiredct émigrés-

.MADAME 1>E BAUtl FAVOIUTK. 121

A braver sans raison les balles, les boulets. ]>e très bon cœur, je renonce à la gloire De faire un jour dire aux enfants d'Armand1, J>e Valenciennes en apprenant l'histoire, ('/est sous ces murs que pvîritgrand'maman;

Quant à vous, mortel téméraire, Qui non content des dangers de ta terre, Avez cherché sur un autre élément A plus grands frais un laurier plus brillant, Sachez pourtant que le sexe timide N'en est pas moins de gloire très avide. Et que toujours, pour aller à son co»ur.

Le chemin s'aplanit sous les pas d'un vainqueur.

Monsieur ne se lassait pas de parler d'elle, ne tarissant pas sur la beauté de ses bras et de ses mains dignes de servir de modèle, sur la splendeur de sa chevelure et sur le charme inimitable qui se dégageait de toute sa personne. Le nom de la favorite revenait perpétuellement dans tous ses discours.

Une faveur déclarée aussi publiquement ne pouvait pas manquer de susciter des ennemis à Anne de Caumont-La Force2, et elle était trop en vue pour ne pas exciter la jalousie et l'envie, mais, bien qu'elle semblât ignorer ses détracteurs

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