orrcs]M)ndance secrHe do Metra, 18 juillet
Balbi, mais aucun autre motif ne paraît justifier les inquiétudes d'une épouse qui s'alarme trop facilement, et qui a jeté la première les fondements de la faveur de celle qu'elle croit sa rivale. »
Joséphine de Savoie fut-elle réellement rassurée d'une façon définitive par cette constatation d'un soir, c'est ce qu'il est bien difficile de supposer car la liaison du comte de Provence avec Anne de Caumont-La Force était devenue presque notoire. Ses assiduités auprès d'elle ne pouvaient guère laisser de doute sur les liens qui les unissaient ; il y passait une partie de ses journées et s'y retrouvait encore le soir, assis en face d'elle à une table de jeu, ou encore, entouré de beaux esprits, devisant au milieu d'un cercle brillant qu'elle animait de sa gaîté et de sa verve.
Il est plus vraisemblable de penser que soit indifférence soit lassitude, elle prit le parti fort sage de feindre d'ignorer ce qu'elle ne pouvait empêcher.
Quel était le caractère de la liaison de la belle Anne de Caumont et du comte de Provence et faut-il croire comme beaucoup l'ont raconté qu'elle demeura entièrement platonique. C'est une hypothèse peu vraisemblable et, il faut l'avouer, une liaison de douze années dans de pareilles conditions entre un homme de trente ans
et une femme de vingt-cinq ans me paraît difficile à admettre.
Le comte de Provence était jeune et épris, et Mme de Balbi était belle. Le premier n'était pas retenu par les charmes de Joséphine de Savoie et la seconde ne songeait guère à son mari enfermé à Senlis. Faut-il ajouter que la conquête ne dut pas être bien laborieuse et que Mme de Balbi dut capituler sans trop de peine. Son ambition trouvait son compte dans une pareille défaite et il est fort probable que son désir de dominer dut vite triompher de ses scrupules si toutefois elle en éprouva.
Avant de lui trop jeter la pierre et de la juger trop sévèrement ne convient-il pas de se reporter au temps où elle a vécu et de se demander si les exemples qu'elle avait sous les yeux élaient de nature à lui inspirer sur le devoir des principes bien rigoureux? « Consolez-vous ma chère, disait la comtesse de Matignon à une jeune femme pleurant une disgrâce de l'opinion, chez les grandes dames comme nous l'honneur repousse comme les cheveux! »
Étranges principes de morale, trop audacieux pour être émis autrement que sous cette forme badine et légère, mais qui prouvent malgré cela que l'indulgence n avait plus de bornes puisque l'esprit faisait tout passer!
La cour de Louis XVI, «du vertueux Lon is XVI » a-t-on dit fort justement, présentait un contraste frappant entre les mœurs des souverains et celles des courtisans. Ce ne pouvait être en vain que les prétendus philosophes prodiguaient depuis nombre d'années déjà leur enseignement trop favorablement accueilli; la morale n'était plus de mode et les mœurs étaient relâchées à tel point que la plupart des femmes se montraient plus soucieuses de leur esprit et de leur beauté que de leur réputation dont elles n'avaient cure.
Sans doute la dépravation revêtait un caractère charmant et des formes aimables qui désarment les plus sévères, mais elle n'en existait pas moins. Il n'est même pas défendu de croire, c'est d'ailleurs une vérité, que les récits mensongers répandus par les pamphlétaires, les libelles souvent diffamatoires, jetés à travers les faubourgs et la province restée vertueuse, comptèrent pour une large part dans les premiers mouvements de la Révolution. Dans le monde de la cour les « scandales » n'étaient que prétextes aux jolis traits dont s'émaillaient d'alertes conversations. Présentés au peuple comme un témoignage de la corruption des hautes classes ils servaient les desseins politiques dont la Terrëur fut le résultat sanglant. Sans doute, belles dames et courtisans
rachetèrent leurs oublis, leur frivolité excessive, par leur courage dans l'émigration, leur bravoure et leur dévouement sur les champs de bataille, mais peut-être n'auraient-ils eu à montrer ni l'un ni l'autre, au moins dans d'aussi critiques circonstances, si plus de prévoyance avait été leur partage et si pendant trop longtemps le plaisir n'avait été leur but, avec l'intrigue pour moyen !
C'est rendre hommage à cette brillante époque que de montrer ses défauts, car ceux qui la vécurent les rachetèrent par leurs souffrances et souvent avec tout leur sang. Ils ne furent dans tous les cas, et quoi qu'on prétende, jamais ennemis de leur pays. Quand, chassés de la France, livrée aux incendies et aux massacres, ils se virent contraints de gagner la frontière, ils ne combattirent qu'à regret leurs compatriotes : l'armée de Condé fut distincte de celle des alliés. Même dans la lutte ils demeurèrent Français. Après les premières défaites des Républicains, à l'ouverture des hostilités en 1792, le comte de Provence s'écriait : « Des Français ne reculent que devant des Français! » Et après les revers, les soldats de Condé disaient des soldats de Kellermann : « L'ennemi était français, c'est assez dire qu'il ne broncha pas! » De tels traits suffiraient à honorer une cause
si celle des royalistes malheureux mais fidèles pouvait Tèlre davantage encore.
Au moment où brillait Mme de Balbi, la Cour possédait un grand nombre de femmes, « jolis oiseaux dans une volière », dit la baronne d'Oberkirsch qui, à tort ou à raison, prêtaient aux médisances. La liaison de la duchesse de Polignac avec M. de Vaudreuil n'était inconnue de personne. Sa belle-sœur, la comtesse Diane avait eu un tils du marquis d'Aulichamp ', la comtesse de Chalons traînait à son char le duc de Coigny, la comtesse de Jilot passait pour être au mieux avec le maréchai de Castries et aussi, disait-on, avec le comle d'Artois, la marquise d'Estourmel recevait les
hommages de MM. de Luxembourg et de Jancourt, la comtesse de Crenay, ceux de M. de Mesgrigny. Dans celle nuée de jolies femmes, Mme d'Andlau passait pour être la plus spirituelle, Mmes de Malignon, de la Châtre, de Dresneuc, d'Oudenarde pour les plus galantes, Mme de Talleyrand pour la plus cupide, Mmc de Simiane pour la plus jolie, Mmc de Gramont pour la plus éprise de son frère, le duc de Choiseul; Mmc de la Roche- Ay mon pour la plus dévouée à l'Église, représentée par l'évêque de Tarbes, Mmo de Monlmorin pour la plusépaisse,