‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 75 sur 206 · Voir le tome 1" des Reines de rêmigration, p · texte numérisé non relu

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Mme de Fougères pour la plus évaporée, la comtesse d'Herbouville pour la plus intrigante 1 !

La vertu, au sens que l'on donne aujourd'hui à ce mot, était si peu en honneur, que, quand vinrent les mauvais jours, la beauté des femmes servit à décider les hésitants à émigrer et à partir. On raconte que quelques-unes ayant épuisé les moyens ordinaires de séduction, larmes et prières, accordèrent à ceux qu'elles voulaient voir partir, les dernières faveurs afin de les convaincre : « Faites vite, Monsieur, et partez » disait Tune d'elles! Rivarol et d'autres contemporains mentionnent cette naïve injonction.

L'époque fut celle de la femme. La femme régnait à Paris comme audelàdu Rhin. C'est contre l'auguste et infortunée Marie- Antoinette, que porta le grand effort des révolutionnaires, car elle personnifiait la monarchie. Dans l'émigration les femmes régnaient encore, la comtesse de Balbi dominait le comte de Provence, le comte d'Artois ne songeait qu'à la grâce languissante de Mme de Polastron, le prince de Condé vivait aux pieds de la princesse de Monaco, le jeune et héroïque duc d'Enghien surnommé le « duc va-bon -train » par les Républicains qui appréciaient son courage,

1. Bibliothèque des dames de la Cour de Louis XVI (Bibliothèque de la Rochelle).

ne déposait les armes que devant la belle Charlotte de Rohan ! 1

La femme était vraiment reine et c'est cette royauté qui donne à ce temps son charme indéfinissable.

Une autre question est de savoir si Mmc de Balbi pouvait être la rivale de la comtesse de Provence. On a raconté que le futur Louis XVIII ne jugeait les charmes du beau sexe « qu'en rhétoricien délicat et disert2 » et que son éloquence en cette matière n'était pas persuasive; on a même été jusqu'à dire qu'il en était réduit auprès des femmes à une tendresse purement négative et que dès sa jeunesse il avait été frappé d'impuissance. Nombre de contemporains se sont fait l'écho de cette fable qui, près de beaucoup d'historiens continue aujourd'hui à avoir cours.

Cependant, Bachaumont3 raconte que, marié en 1771, ce fut seulement trois ans plus tard que Monsieur « put faire goûter à Madame les plaisirs de l'amour » et qu'il s'en était trouvé tellement enflammé qu'il étonnait tous les courtisans par sa gaillardise et la verdeur de ses propos en matière

1. Voyez La princesse Charlotte de Rohan et le duccTEnghien, par Jacques de la Fave. Paris, Émile-Paul, 1 vol. in-8°.

2. Touchard Lafosse, Chronique des Tuileries et du Luxembourg. Mémoires d'un frotteur. Paris 1851, Lachapelle éd., ro vol. in-8°.

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