Louis AT///, par 0. de Poli. Paris
196 LA COMTESSE DK BAI.Bl.
Antoinette qui lui fit durant de longs mois ajourner son départ.
« La persécution qui s'alluma vers Pasques de cette année, raconte lui-même Monsieur dans la relation de sa fuite1 et la résolution que le Roi fut contraint de prendre, me firent croire que je n'avais guère le choix qu'entre l'apostasie et le martyre : la première me faisait horreur, je ne me sentais pas grande vocation pour le second. Nous en raisonnâmes beaucoup, M,ne de Balbi et moi, et nous conclûmes qu'il }r avait un troisième parti à prendre, qui était de quitter un pays où il allait devenir impossible de pratiquer sa religion. Le temps pressait, nous étions au Vendredi-Saint, Pasques était l'époque fatale. Nous convînmes de partir dans la nuit môme avec la voiture de Mn,c de Balbi, elle, Madame, moi et un quatrième... Je partis pour les Tuileries et j'allai instruire le Roi et la Reine de mon dessein. Occupés dès lors de leur projet d'évasion dont ils ne m'avaient pas communiqué le plan, ils craignirent que mon évasion à cette époque ne nuisît à la leur et cherchèrent à m'en détourner. Ma raison fut peu ébranlée par leurs discours,
1. Relation d'un voyage, fait en 1791, de Paris à Bruxelles et à Coblentz. Paris, 1823.
Ja-
mais mon cœur fut d'intelligence avec eux et je cédai. »
Ce départ, encore une fois remis, était d'ailleurs depuis longtemps décidé. Dès le 25 février, la Correspondance secrète1 signale que « toutes les malles étaient faites ce jour-là, le bruit du départ de Monsieur se répandit, ou fut répandu, et le même soir, une grande foule se portait au Luxembourg pour empêcher, disait-elle, Monsieur de quitter Paris. Le comte de Provence soupait chez Mme de Balbi àlaquelle il venait faire ses adieux. « Il parut à la fenêtre, dit le comte Fleury2 et assura le peuple qu'il ne pensait pas à quitter Paris, qu'il n'abandonnerait jamais le Roi, son frère... »
L'alerte fut chaude, mais le peuple se retira et Monsieur, plus que jamais décidé à partir, s'elïorça de se faire oublier. La même Correspondance secrète signale, trois mois plus tard, que « Monsieur et Madame restent dans l'obscurité où ils ont enseveli leur aristocratie depuis le commencement de la Révolution. » Cet effacement était volontaire et d'accord avec Louis XVI et Marie-Antoinette, le prince préparait son départ, n'attendant plus, pour sa réalisation, que le moment favorable.