‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 89 sur 206 · Correspondance de Lescure, 26 février · texte numérisé non relu

Correspondance de Lescure, 26 février

2. Angélique de Mackau, Marquise de Bombelles, par le comte Fleur . — Un vol. in-8°, Paris, Emile- Paul.

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Sinon pins habile, an moins plus heureux que son frère, il al lai iréussirpleinementdans son entreprise.

Loin d'imiter l'exemple de jLouis XVI, qui ne voulait pas quitter sa famille pour gagner la frontière, Monsieur avait trouvé plus sage de se séparer de Madame aussi bien que de M"'° de Ralbi et avait décidé que chacun d'eux prendrait une route différente.

On connaît les tristes péripéties du voyage de Varennes, les détails imparfaitement réglés et les précautions mal prises; la Reine s'égarant pour gagner la berline et retardant de deux heures le moment du départ, la voiture trop luxueuse dont les dimensions inusitées attirent l'attention, les arrêts imprudents et inutiles au cours de la route et la maladroite gaucherie de Louis XVI qui se montre sans cesse aux portières. La trahison guette les fugitifs : les nuits, on est en juin, sont les plus « ourles de l'année, le Roi, reconnu à Chàlons, est arrêté à Varennes, à quelques mètres de l'armée de Roui lié et, à un signal inconnu, les routes désertes se couvrent de monde et se remplissent de populations ameutées. Ce désastre cruel et cette lamentable surprise restent encore inexpliqués sur certains points.

Le comte de Provence allait combiner son départ avec plus de prudence et s'arranger de façon à n'attirer l'attention ni des Parisiens ni des popu-

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lations qu'il allait rencontrer sur sa route. C'était Mme de Balbi qui, de concert avec d'Avaray, en avait réglé tous les détails. Chargée par Monsieur du choix de son compagnon de voyage elle n'avait pas hésité à en faire la proposition à d'Avaray « et quoique ce fût une tâche pénible de n'être que l'agent pour ainsi dire passif d'un plan qu'il n'avait pas concerté... il n'hésita pas n l'accepter1 » Madame de Balbi en effet, après un voyage en Angleterre motivé par la présence de son fils qu'elle y faisait élever, était revenue à Paris depuis plusieurs mois. Elle s'était rendue en effet à Londres le 2o septembre précédent avec le colonel d'Esterhazy, M. de Boisgelin et d'Avaray. Quelques jours avant le moment fixé pour le départ, assurée désormais que toutes les précautions étaient prises elle se mettait tranquillement en route pour mieux déjouer les soupçons et partait pour Bruxelles et pour Mons où elle savait que Monsieur ne tarderait pas à venir la rejoindre.

Le 21 juin, Monsieur sortait du Petit-Luxembourg avec des précautions infinies, au moment même où le Roi et la famille royale quittaient les Tuileries : par un sentiment éminemment respectable, le prince n'avait pas voulu partir tant

1, Relation d'un voyage de Paris à Bruxelles et à Coblentz.

que son frère ne se serait pas mis en route.

Ce soir-là, il procède à son coucher selon l'étiquette habituelle et il se met au lit dont on baisse les rideaux comme de coutume; puis, profitant du moment où le valet de chambre, qui couche devant sa porte, s'écarte pour vaquer aux derniers préparatifs de la nuit, il se lève sans bruit et passe dans son cabinet dont il referme la porte. Là, en silence, il revêt les vêtements préparés par les soins de d'Avaray, vêtements qui vont le métamorphoser d'une façon complète.

Muni de sa canne et de sa tabatière, il sort du Luxembourg après avoir glissé 300 louis dans ses poches. Il est coiffé d'une perruque noire « un peu étroite » mais retenue par son grand chapeau1. La veille au dîner, il avait mis dans sa poche un bouchon de Champagne avec lequel il se noircit les sourcils, et, en traversant les cours du palais, il prend bien garde, d'après les recommandations de d'Avaray, de se dandiner en marchant, ce qui pourrait le faire reconnaître»2.

1. Je possède une précieuse aquatrinte dessinée par Maurice qui représente le prince revêtu de son déguisement. Il a la tète couverte d'une perruque noire bouclée et est vêtu d'une redingote boulonnée gros bleu à revers rouges et à Loutons d'or. Un large jal>ot de batiste et des gants couleur chamois complètent le costume.

2. Dès cette époque, le comte de Provence était atteint d'un embonpoint qui alourdissait sa marche. Mémoires de Monlbarrey, tome II, p. 29. :i vol. in-8°, Paris, 1825.

M'ne de Balbi s'était procuré à l'ambassade d'Angleterre un passeport, au nom de M. et MlleFoster;à l'aide d'un savant grattage le fidèle d'Avaray en modifie la date et le transforme aux noms de MM. Michel etDavid Foster, sujets anglais. Une voiture, un vis-à-vis, les conduit à la rue des Quatre-Nations ; c'est là qu'attend la berline de voyage. Le valet de garde-robe de Monsieur, Peronnet, mis dans la confidence, monte à cheval et part en piqueur tandis que la voiture détale grand train. Les voyageurs ont crié au postillon, avec un fort accent anglais, de les conduire au Bourget.

Le voyage se fit sans incidents notables en dépit d'une roue cassée et de quelques alertes. Il était onze heures du soir lorsqu'on arriva à Maubeuge; un hardi postillon, La Jeunesse, fit franchir à gué, aux voyageurs, la Sambre débordée, et on sortit enfin de France.

Le comte de Provence a pris soin de faire luimême le récit détaillé de son évasion et d'en relater les péripéties sous le nom de : Relation d'un voyage à Bruxelles et à Coblentz en 4191.

Voici comment il raconte son arrivée à Mons 1 :

« En entrant dans la ville, dit-il, on nous

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