‹ Les relieurs françaisChapitre 114 sur 171 · LEMONNIER · texte numérisé non relu

LEMONNIER

savons pour quel délit. Plus lard, en 1664, incarcéré à la Bastille, il y subit des interrogatoires les 16, 31 juillet et 2 août, à la suite desquels il fut condamné le 20 septembre suivant «à estre battu et fustigé nud de verges au devant du grand Chàtelet et de la porte du Collège royal, et aux galères pendant neuf ans, etc. ». Le malheureux, en dépit des ordonnances, s'obstinait à relier et vendre des livres « faits par les Jansénistes »,

On dut lui faire grâce, car en 1671 on le trouve établi au Palais, débi-

tant des pièces de Molière : le Bourgeois Gentilhomme, Psyché et les Fourberies de Scajnn, avec la rubrique : « Et se vend pour l'Autheur chez Pierre Lemonnier. » En effet, Jean Ribou, qui vendait les pièces de Molière depuis 1606, ayant été arrêté avec David, àla fin de 1669, pour commerce de livres dangereux, il avait fallu le remplacer *. Bajazet, de Racine, se vendit aussi chez Lemonnier « pour l'Autheur », ainsi que les Femmes Coquettes de Poisson, VHistoire de la Galanterie des Anciens de d'Ortigue de Vaumorière, etc.

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Signatures do Pierre Lemonnier, à deux dates ditféreutes.

LEMONNIER (Jacquesl"), frère de Pierre I"', fut apprenti!', à partir de juillet 162o,chez Nicolas Fillette, et se fît recevoir maître, le 27 septembre 1635. Parmi ses élèves nous trouvons Claude Derome (1644), André Derome(16o0), et Bernard Bernache (1637). 11 eut deux fils, Claude et Jean I^r.

Jacques signa, vers 16o0, une entente amiable pour les prix des reliures de livres dits Usages, avec défense d'entreprendre sur la clientèle de ses co-siL'nataires de cet acte.

LEMONNIER (Claude), entra dans la corporation le li) décembre 1061; il vivait encore en 1700, et demeurait rue des Sept-Voies.

— (Jean I'^''), appelé dans différents actes : « Jean Lemonnier le

1. Ces deux libraires furent condamnés à être pendus, mais en appel le Parlement changea la peine en celle des galères : u Ribou, ayant trouvt^ des amis parle mo3'en de Moliëre, comédien pour lors en crédit, se tira d'affaires, ayant fait remontrer qu'il avait renu un coup d'épée dans le tilet des reins qui le rendoit incapable du travail des galères. » On les condamna au fouet et au bannissement.

LEMO.\NIER.

Père », fut rei'u maître relieur le même jour que son frère Claude; il eut pour apprentifs, à notre connaissance, Denis Dubois et Gabriel Hiidière, restés compagnons.

A lasuite de ladivision,en 1086, de l'unique Communauté des Libraires et Relieurs en deux communautés distinctes, une sentence du 18 novembre 1G88 contraignit ceux qui prétendaient rester libraires et relieurs tout à la fois à opter pour l'une ou l'autre de ces professions.

Il y eut résistance de la part de plusieurs relieurs et de Jean Lemonnier. qui, de son côté, faisait de l'opposition aux règlements, « injuriait les gardes (.syndics), médisait d'eux et refusait de payer le droit de visite à raison de o sols ». Les deux alfaires furent jointes, et le lieutenant de police déclara, par sentence du 9 novembre 1691, que Lemonnier aurait à payer le droit de visite aux Gardes « et à leur porter honneur », et de plus que, si les dissidents n'optaient pas dans la huitaine, ils seraient déchus de leurs qualités de maîtres. Ils en appelèrent au Parlement, qui, le 30 janvier 1692, rendit un arrêt confirmatif les condamnant encore à l'amende et aux dépens.

Jean Lemonnier dut se soumettre et devint même Garde de la Corporation des Relieurs, du 31 mai 1698 au 16 juin 1700. Sa nomination prouve qu'il jouissait près de ses confrères de quelque considération.

En effet, les quatre premiers gardes de la nouvelle communauté des relieurs avaient été désignés par le Roi en 1686, et, quoique nommés seulement pour un an, étaient cependant restés en fonction jusqu'au 31 mai 1()98. A cette date, on procéda à leur remplacement par élection, et c'est Jean Lemonnier f[ui

fut nommé le premier à la pluralité des voix.

Une fois arrivé aux honneurs, l'ancien rebelle, comme il arrive toujours, ne se montra-t-il pas très chatouilleux à l'endroit des prérogatives qu'il avait combattues, non seulement en exigeant les cinq sols du droit de visite, mais encore en se faisant « porter honneur»?

LEMONMER (Jean II), son fils, fut Garde de la Communauté du 10 septembre 1707 au 20 juillet 1709 et demeura Terre de Cambray.

— (Louis), reçu maître vers 1690, habita la rue Saint-Jean-de-Bauvais.

— (Pierre II), exerçait avant 1700; il se maria le 6 novembre 1702 à Saint-Benoit, et eût pour témoins François Aubineau, musicien du Roi, et Guillaume Piget, relieur.

— (Jean-Louis), reçu maître vers

— (Jacques II), également.

— (Laurent), remplit les fonctions de Garde du 1" août 1736 au 9 mai 1738.11 mourut avant i7;i0.

— (François-Laurent 1'=''), reçu maître le 19 décembre 1729, fut Garde du 22 mai 1744 au 11 mai 1746. A la mort d'Antoine-Michel Padeloup, en septembre 1758, il fut choisi avec Pierre- Valéry Auvray et Antoine Cosmant pour expertiser les marchandises et outils du décédé. En novembre 1760, c'est aussi lui, mais seul, cette fois, qui fit la prisée des outils de relieur laissés par Jacques-Antoine Derome.

François -Laurent demeurait rue Saint-Jac(|ues et vivait encore en

— (André), eut sa maîtrise en 1729 et fui élu (îarde le IS mai l7o2.

LEMONMER.

Il mourut pendant l'exercice de sa charge, dont la durée était réglementairement de deux ans, car Jacques Cosmaii t le remplaça en 1 733. (Nous trouvons, en 1739, trois veuves Lemonnier: l'une demeurait rue Saint-Jean-de-Beauvais, la seconde rue Saint-Victor, et la troisième habitait Versailles, sans doute avec son iîls François-Laurent II.)

LEMONMER (Louis-François),

reçu maître le i4 octobre 1737, le même jour que son frère Charles- Henri, fut nommé Garde avec Pierre- Paul Dubuisson à l'élection de 1736, et demeurait rue Saint-Jean-de- Beauvais.

Loin d'être un garde pihiéant, Louis-François Lemonnier prit au contraire ses fonctions très au sérieux : il le déclarait assez naïvement dans iine de ses nombreuses notes autographes que nous avons

pu consulter, et qu'il adressait au fonctionnaire de la police dans les attributions duquel était placée la Communauté des Relieurs. « Quand, écrivait-il, j'ai prêté serment de rendre tous les services à ma Communauté, j'ai juré vrai ; mais comme il y a bien à travailler pour la rendre parfaite, je n'espère pas d'en venir à bout; il faut cependant tâcher de faire quelque chose. » 11 déploya, en effet, un grand zèle et quelque peu d'énergie, comme on peut le voir dans notre Histoire de la Communauté; il lui fallut aussi lutter plus d'une fois contre les criailleries des uns et des autres et même se défendre devant des insinuations malveillantes ^

Malgré ses efforts et à son grand regret, il ne put réussir à faire admettre officiellement les relieurs dans les processions de l'Université, comme ils y figuraient autrefois.

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Cette ligne autographe de Louis- François Lemonnier a été prise au bas d'une lettre, concernant la vente des peaux de veau, qu'il adressait à l'administration en mai 1737.

Sur son talent de relieur nous savons par Dudin qu'il était « distingué dans sa profession »; mais, quoiqu'il soit probable qu'on puisse lui attribuer un certain nombre, sinon même la plus grande partie de ces fameuses reliures mosaïques portant le nom de Pionnier, il y a lieu d'hésiter avant de se prononcer.

Nous nous proposons, du reste, de nous expliquer plus longuement à ce sujet, sinon plus à coup sûr, à la suite de notre analyse de ces œuvres,

non moins curieuses que très vantées aujourd'hui, qui terminera le présent article consacré aux Lemonnier.

Louis-François figure encore dans le tableau des relieurs de 1776.

LEMONMER (Charles-Henri),

maître de la même promotion que Louis-François (1737), demeurait aussi rue Saint-Jean-de-Beauvais, peut-être même avec son frère. Il mourut avant 1774.

— (Pierre III), devint maître le 3 février 1743 et Garde le 10 mai 1758. 11 demeurait rue Saint-Jac-

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