‹ Les relieurs françaisChapitre 116 sur 171 · LEMONNIER · texte numérisé non relu

LEMONNIER

paya pas plus tard le droit de réunion, et habitait rue Saint-Jacques.

Nous croyons que c'est lui qui figure encore dans VAlmcmach dit Commerce de 1810.

La pratique de la reliure et de la dorure des livres se perpétua du reste dans la famille au delà des dates que nous venons de donner ; nous trouvons jusqu'en 1807 un Lemonnier relieur rue Chartière et un autre rue des Sept-Voies qui exerça au delà de 1810. Le doreur du nom de Lemonnier qui vivait du temps de Lesné, et dont il a parlé dans son poème sur la reliure, fut très probablement un descendant de cette nombreuse lignée d'artistes. « Lemonnier, Basin, Ledanois, dit-il, sont les plus forts et les meilleurs doreurs. Lemonnier vient de se retirer en cédant son fonds. »

Si beaucoup de Lemonnier exercèrent seulement la dorure et d'autres la reliure, il y en eut aussi qui furent relieurs et doreurs tout à la fois. Les i^eliuros mosaïques portant le nom de Monnier et qui sont tant recherchées depuis quelques années étaient peut-être exécutées, reliure et dorure, par la même main.

A la vente Beckford, qui se fit à Londres en juillet 1882, une de ces mosaïques atteignit le prix de 4 475 fr. et une autre celui de 9000 francs.

La Bibliothèque Nationale possède trois volumes mosaïques à la marque de Monnier dorée au fer. Le plus beau de ces volumes est un livre de prières couvert en peau blanche, au chiffre de Marie-Josèphe de Saxe, mariée au Dauphin fils de Louis XV, le 9 février 1747, et qui mourut en 1767. L'ornementation des deux autres volumes, dont l'un n'est pas à l'exposition, tandis que l'autre y

figure sous le n° 665, se compose de dessins sans originalité : ce sont des losanges, des ovales, des ronds ou des carrés, en un mot de simples découpures tracées au compas, disposées symétriquementet rattachées ensemble par des filets avec des points, des croix, des étoiles ou autres motifs poussés à l'aventure pour remplir les vides. Au milieu des plats, un écusson renferme un pavillon visant à la chinoiserie et, surmonté d'un drapeau comme les enfants en bas âge s'amusent à en griffonner quand ils ont pu s'emparer d'un crayon. C'est vraiment

par trop primitif, et, tout en admirant la patience et l'habileté de l'artiste, on ne peut que déplorer qu'il les ait appliquées à de telles compositions, non moins insignifiantes que sans goût.

Mais il n'en est pas de même avec le n° 659, Vex-libris de la princesse de Saxe. Évidemment Lemonnier s'adressa à un dessinateur ornemaniste, et cette collaboration produisit une œuvre bien supérieure à ces inventions enfantines et bizarres dont si souvent et si malheureusement les relieurs mosaïstes de cette époque ont abusé. Les feuillages s'harmonisent avec l'élégant plumage d'un oiseau formant motif

LEMONMER.

pi iiKMpaljOl, quoique les entre-nerfs du dos soient encore remplis par ces insipides découpures naïves dont nous parlions tout à l'heure, ce petit volume mérite d'être distingué de l'ensemble des mosaïques des Lemonnier. (Voy. fin de la préface.)

l/un des volumes de la vente Beckford, celui vendu 9 000 francs, De rimitation de Jésus-Christ, doit être l'exemplaire figurant sous le n° 831 1 dans le Bulletin mensuel de la librairie Morgand, de mars 1883, n° 14.

Une très parfaite reproduction en chromo de cette reliure y est encore accompagnée de cette description :

« Maroquin citron, riches dorures et compartiments de mosaïque représentant deux scènes tirées de l'Histoire de TAncien Testament, figurées par des personnages chinois, avec minarets, dragons, dromadaires, etc., doublé de maroquin vert, riches dorures à petits fers couvrant entièrement la doublure, gardes en papier doré, tranche dorée et peinte. (Signé Monnier) ».

La vérité est que, si l'ensemble est incontestablement d'une richesse et d'un éclat extraordinaires, il n'en faut pas moins reconnaître que les tons criards et surtout le dessin, aussi gauche que possible, de cette composition en font un fouillis dans lequel on a bien de la peine à se retrouver.

La Bibliothèque de Versailles possède aussi une chinoiserie de Lemonnier, dont .M. Gruel a donné un fac-similé dans son Manuel: elle est aussi mal dessinée, mais moins embrouillée.

11 est une autre mosaïque, style et façon Lemonnier, peut-être encore plus connue que celles dont nous venons de parler, depuis que M. Gruel l'a reproduite dans son

même Manuel, avec une perfection telle qu'on semble avoir le volume lui-même devant les yeux : c'est un exemplaire des Amours de Daphnis et Chloé, édition du Régent, ayant appartenu à M. Daguin.

Les chinoiseries ont fait place aux emblèmes champêtres. Des moutons et un chien de garde au pied d'un arbre portant un écusson pour y placer un chiffre; des trophées de chapeaux de berger et de musettes; des houlettes, et enfin, beaucoup de rubans. Les fleurs et les oiseaux, nullement copiés d'après nature , sont toujours d'une fantaisie enfantine, et, quoique le dessinateur ait fait de son mieux, il a montré qu'il avait l'imagination courte et la main fort peu déliée.

En somme , la question de goût mise à part , l'aspect général est assez doux à l'œil, et l'exécution, très sûre et très nette , témoigne d'une rare habileté de main.

Le numéro 778 de la vente Solar :

Le petit Jardindes enfants, etc. (Paris, i72o, in-16) est cité par . M. Descbamps comme une mosaïque de Lemonnier, Le catalogue disait :

« Très curieuse reliure, représentant sur le milieu des plats un chinois avec un paras'ol, et, aux quatre coins, des dauphins. Chef-d'œuvre de dorure. » Le prix de vente fut de 151 francs.

En résumé ces mosaïques signées Monnierdoivent être considérées non comme des reliures artistiques, mais seulement comme des curiosités sortant de l'ordinaire, bizarres même, en un mot comme de précieux bibelots plus ou moins étranges.

L'opinion est divisée par rapport au nom de leur auteur : les uns parlent de Louis-François, et les autres de son fils Jean-Charles-

LEMPRUX.

Henri. A notre grand regret, nous n'avons rien découvert qui permette de se prononcer entre ces deux attributions, ni même de discuter ce que peut avoir d'acceptable une troisième manière de voir, d'après laquelle ce serait le père, « distingué dans sa profession » d'après Dudin, qui aurait inauguré i^e style particulier, s'y serait fait aider par son frère Charles-Henri puis par son fils, lequel, une fois seul, aurait continué à le pratiquer. Il est en effet très vrai que celui-ci en produisit quelques-unes, mais ce qui n'est pas moins certain, c'est que le travail de toutes ces mosaïques avec le même nom de Monnier n'est pas uniforme et semble indiquer le concours de mains diverses.

LEMPRUN (Nicolas), administrateur de la Confrérie du Saint-Sacrement de Saiiit-Hilaire en 1789. Il habitait la rue des Carmes de 1799 à 1804.

LE.NGLOIS. Voy. Langlois Richard.

LE NOIR (Philippe), s'intitulait Libraire et l'un des deux grands Relieurs Jurez de l'L'niversité de Paris. 11 était aussi imprimeur, et continua sans doute l'établissement de son père Michel, qui mourut en 1520, puisque son adresse était la même, soit rue Saint-.Jacques , à l'enseigne de la Rose blanche couronnée.

Le n° ol4 du Catalogue Soleinne porte cette note après l'énoncé du Vergier cVhonneur, édité par lui :

« Cet exemplaire, dans sa reliure primitive aux armes de Hector Le Breton, sieur de la Doinneterie, roy d'armes de France, est certainement sorti en cet état de la boutique de Philippe Le Noir, et offre un échantillon du savoir-faire de ce relieur ».

On connaît un très grand nombre

d'ouvrages publiés par Philippe Le Noir, à partir de lo20, qui ne furent pas tous imprimés par lui, et quelques autres qu'il imprima pour le compte de divers libraires.

Son fils, Guillaume I", et son petitfils Guillaume II, furent libraires et durent en même temps exercer la reliure.

Il avait donné sa fille Antoinette en mariage à Simon Calvarin, qui paraît lui avoir succédé, car il demeurait aussi rue Saint- .lacques, à la Rose blanche couronnée.

LENORMAND (Louis-Sébastien),

professeur de physique, de chimie et de technologie, né à Montpellier en 17o7. Il a collaboié à la collection des Manuels Roret, et y a rédigé celui du Relieur, dont voici le titre de la plus récente édition : u Nouveau Manuel complet du Relieur en tous genres, etc., par M. Sébastien Lenorraand. Nouvelle édition, entièrement refondue et considérablement augmentée par M.Maigne.Paris, Roret, 1879, in-12(42i pp.)». Tout en remarquant que les notes historiques données çà et là dans ce volume pourraient être mieux faites et surtout plus exactes, nous nous bornerons à dire que nous connaissons un relieur de Paris, et un des plus distingués, qui n'a appris son art qu'avec ce Manuel, sans avoir jamais travaillé chez aucun maître.

LEPAGE (Daniel), apprentif en 1661 de Pierre Gaillard. Il fut reçu vers 1690 et élu Garde, pour exercer cette charge du 16 juillet 1703 au 31 août 1703. Il demeura rue des Carmes et mourut avant 1718.

— (Jean I"), reçu vers 1690, était mort en 1721.

— (Michel), son fils, reçu en 1714.

Page 1