‹ Les relieurs françaisChapitre 142 sur 171 · PILLE · texte numérisé non relu

PILLE

des doreurs à la maîtrise, avait imaginé la jolie fable que voici :

Environ l'an 1615, le nommé Pigoioau, un de CCS Doreurs de Bottes, voyant qu'il y auroit h gaigncr avec les relieurs, vint demeurer dans leur quartier, oti il mit la dorure en vogue ; et, comme on eût fuit le règlement de 1018, il voulut, comme doreur de livres, estro admis dans la communauté, laquelle s'y opposa, et pararrest de la Cour du 20 mars 1620 {nie), il l'ut ordonné qu'il serait ref;eu maistre avec un nommé Ballagny qui s'ostoit joint à luy, et ce Pigoreau, en haine des syndiqs, prit pour enseigne : Au Doreur. C'était un homme qui poussait une dentelle sur un livre, et au bas il y avait : En dépit des envieux je pousse ma fortune.

A part cette enseigne satirique assez bien trouvée, que Pigoreau put très bien imaginer pour se venger du syndic et des adjoints qui l'avaient chicané fort injustement, il n'y a rion de vrai dans cette invention des doreurs de bottes. Pigoreau fut apprentif, compagnon, et se fit recevoir maître libraire-doreur, litre qui, contesté après qu'il l'eiit porté vingt ans et longtemps avant le règlement de 1618, fut ratifié parle Parlement.

Il forma des apprentifs qui, avec leurs brevets signés de lui, parvinrent eux aussi à la maîtrise et fut finalement enterré par la Confrérie des libraires, à laquelle il appartenait légalement. {Voy. p. 28.)

La dorure des bottes ne constituait pas une profession spéciale, et quand la mode fut d'en placer sur celles-ci, on s'adressait simplement aux doreurs sur cuir. Ensuite on mettait tant d'or sur les livres à partir de lo7o que, le nombre des doreurs de livres s'était très augmenté, et qu'ils n'auraient pas souO'ort que les soi-disant doreurs de bottes, n'étant pas de leur corporation, fussent employés par les relieurs.

PILLIO (Jean). Nous donnons ici son acte de réce[)tiou à titre de spécimen de ces sortes de brevet.

Ce jourd'huy, septième jour do juillet 1622, est comparu au bureau des Marchands liliraires, imprimeurs et relieurs de cette viUo de Paris Jehan Pillé, pour estro reccu maistre ; lequel nous ayant fait apparoistre de son ajipreutissage et qu'il a scrvy le temps porté par les réglemens. Nous avons receu et recevons maistre audit Estât d'imprimerie, librairie et relieure, à la charge do garder les statuts et réglemens dudit Estât. Et attendu qu'il a espousé la fille du sieur Lucas Bruneau, marchand libraire de cette ditte ville de Paris, n'a payé aucune chose, suivant l'article neuvième des dits statuts. Fait à Paris au Bureau dos marchands libraires et audit jour que dessus 1622.

Jean Pillé versa à la Confrérie 3 livres 4 sols.

Son premier apprenlif, qu'il engagea le 3 août 1622, peu après sa réception par conséquent, fut Jean Cusson, qui devint un des bons relieurs de son temps. Il fit ensuite, à notre connaissance, les apprentissages de son frère Lucien en 1628 et d'Elie Josset en 1646; mais celui-ci terminason temps chez Nicolas Portier.

Jean Pillé fut administrateur de la Confrérie de 1639 <à 1641 et signa la convention établie vers 1650 pour les prix des reliures des Usages.

Son frère Lucien resta compagnon et eut un fils nommé Jean, qui, compagnon lui aussi, fut condamné le 27 février 1671, en même temps que d'autres ouvriers relieurs qui entreprenaient des travaux pour leur compte.

Une lille de Jean Pillé, maître libraire relieur, nommée Catherine, épousa François Muguet, célèbre imprimeur, qui fut reçu en 1658 sous la recomniandalion du procureur général Fouquet.

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