‹ Les relieurs françaisChapitre 166 sur 171 · VENTE · texte numérisé non relu

VENTE

niation de son brevet de Relieur des Menus; puis on lui permettait

De vendre et débiter dans les enceintes des Comédies Françoise et Italienne tous les ouvrages de tliéâtre imprimés, détendant à toutes autres personnes de vendre ny débiter, faire vendre ny débiter aux dites Comédies aucuns des dits ouvrages de théâtre ny autres. Enjoignant aux comédiens de veiller à ce que Vente ne soit aucunement troublé dans l'exercice du privilège exclusif à lui accordé par ce brevet.

Cette fois les libraires furent moins endurants que les relieurs, et auraient réussi à faire annuler ce brevet, si le duc de Richelieu n'avait pas obtenu de M. de Malesherbes, directeur de la librairie au Conseil d'État, et du lieutenant de police, qui, tous les deux, penchaient pour les libraires, de laisser Vente jouir de son privilège, « sans tirer à conséquence». Les Comédiens Français et Italiens, quoique privés de la redevance que Lambert et Delormel leur payaient, pour vendre les pièces dans leurs théâtres avant ce brevet, obtempérèrent néanmoins au désir des premiers-gentilshommes, et les deux crieurs de Vente firent leur service pendant les entractes, vêtus du costume de la petite livrée du Roi, que les intendants des Menus avaient fournie.

Cependant les libraires continuaient à murmurer, et, comme son établissement prenait tous les jours plus d'importance, Vente comprit qu'il fallait absolument qu'il se fît recevoir maître libraire. Voici, à cet égard, ce que lui et ses protecteurs imaginèrent : Christophe-Jean-François Ballard, remplissant son rôle dans la comédie qui allait se jouer, l'engagea en qualité d'apprentif, par devant notaire, le 21 mars 1762.

Comme cet apprentif d'un nouveau genre était marié et chargé de famille, ce que les règlements ne

permettaient pas, le Chancelier donna un Bon ou Dispense pour passer outre; puis, le temps d'apprentissage étant réglementairement de quatre ans, alors qu'on était pressé, Messieurs les premiers gentilshommes iniluencèrent le Conseil d'État privé du Roi, qui s'empressa, le 16 avril 1764, de dispenser le vieil apprentif d'attendre aussi longtemps, et cela toujours « par grâce et sans tirer à conséquence >>. Enfin, le 16 mai suivant, le même Conseil, se servant toujours de la très commode formule, ordonna que Vente serait reçu à la maîtrise « nonobstant opposition ou autres empêchemens quelconques. Sa Majesté se réservant la connaissance de ceux qui interviendraient, en interdisant à toutes les cours et à tous les juges den connoitre ».

Il n'y avait plus qu'à s'incliner :

le favori des ducs reçut ses Lettres de maîtrise le lendemain, 17 mai 1764!

Vente fut un relieur très occupé; les travaux qu'il avait à effectuer pour les Menus-Plaisirs du Roi, assez considérables par eux-mêmes, lui avaient de plus valu une très belle clientèle. Il reliait pour les princesses filles de Louis XV (la musique principalement), et la quantité d'ouvrages richement reliés, portant à l'intérieur une de ses jolies étiquettes gravées qu'on trouve encore aujourd'hui, attestent, par les armes qui y sont dorées à l'extérieur, la haute position de ceux qui l'employaient. Les livres qu'il éditait, et qui avaient un caractère presque officiel, tels que l'État actuel de la Musique du Roi, très jolie collection assez recherchée aujourd'hui', plu-

l.Voy. dans le Moniteur du Bibliophile, vl' i, troisième année, 1880,1a description que nous

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