‹ Les relieurs françaisChapitre 53 sur 171 · BOY ET · texte numérisé non relu

BOY ET

Le nom d'Etienne imprimé sur les listes (if In ronfn'Tie est biffé à pavtir di' ['r^i), ce i|ui peut donner à penser qu'il était mort à cette date.

Il demeura rue d'Ecosse.

BOYER (Bertrand), son fds ; la date de sa réception nous est inconnue, il est cité dans les listes de la confrérie de 17lo à 1724, mais vivait encore en 1727.

— (Jean-Bertrand), reçu maitre en 171o ; signataire de la délibération de 1727 ratifiée par le Parlement et d'après laquelle on ne devait pas faire d'apprentifs pendant cinq ans.

— (Jean-François), nous est connu par cette même délibération, qu'il signa lui aussi.

Le tableau des relieurs 17b9-1760 nomme deux veuves Boyer sans prénoms; l'une demeurait rue Chartière, l'autre rue Saint-Jean-de- Beauvais.

BOYET (Luc-Antoine). A l'accusation portée contre lui, dans le procès de 1698, à l'égard de sa maîtrise, qu'on lui reprochait d'avoir obtenu par faveur, Boyet faisait répondre :

Qu'il avoit été reçu en vertu d'un arrêt du Conseil d'État du Roi, que c'ëtoit un effet de son mérite et que ceux qui l'attaquoieut n'avoient pas raison de lui envier cet avantage qu'il avoit eu par-dessus d'eux, puisque s'il avoit voulu suivre leur mesme voj'e, il auroit pu parvenir à la maîtrise comme eux ; mais prévoyant qu'elle ne seroit pas valable et qu'elle lui soroit uu jour contestée, il s'étoit pourvu pour se faire recevoir comme il l'avoit fait.

En effet l'arrêt du 17 février 1667 interdisant de recevoir de nouveaux maîtres, Boy(;t réussit à se faire nommer par le Conseil d'État. Si nous ignorons la date de cette nominal ion, nous savons par l'Etat et partition de la ville de Paris de HiSi, qu'à celte date il y avait rue des

Sept-Voies « dans le commencement à main droite en descendant de la rue des Amandiers, une maison du collège des Grassins occupée parle sieur Luc-Antoine Boyet ». Ce serait donc en 1684 ou un peu avant, qu'il obtint ses lettres de maîtrise. En 1692 sa demeure est indiquée Cour d'Albret.

Une visite de police faite le 15 février 1698, chez lui et chez ses confrères Bernard Bernache, Vincent Robert, Denis Dangerville, Jean Bernache, la veuve Delatour, Auvray et Fournier, ayant amené la découverte de livres défendus, ils furent condamnés à .3 livres d'amende par sentence du 21 février, lue et affichée dans Paris.

Cette même année 1698, Boyet fut un des principaux opposants à la nomination de plusieurs maîtres reçus par les gardes en charge sans avoir les qualités requises ; mais le lieutenant de police maintint les nominations faites.

C'est encore en 1698, que notre artiste devint relieur du roi.

Aujourd'hui, 23 novembre 1698. le Roy estant à Versailles, bien informé de la capacité et expérience de Luc-.A.nloine Boyet, relieur à Paris, et de sa fidélité et artection au service de Sa Majesté, Elle l'a retenu et retient en lestât et charge de l'un de ses relieurs de livres, vacante par le décès de Claude Le Mire, dernier possesseur d'icclle, pour en jouir aux honneurs, fonctions, prérogatives, privilèges et autres avantages qui y appartiennent. Tels et semblables qu'en a jouy ou dcub jouir le dit Le Mire et ce tant qu'il plaira à Sa Majesté, laquelle m':i à cet effet commandé d'expédier au dit Boyet le présent brevet qu'EUe a signé de sa main, etc., etc. i.

Boyet était simplement relieur et ne dorait pas les livres que sa nombreuse clientèle lui donnait àhabil-

1. i^Arch. imt., O' i2. p. 210.) Le registre de la cour dos Aydes de liW4 portant Antoiuo Boyer comme relieur du roi ù cette date est erroné, comme du reste le sont beaucoup do CCS registres refaits au xviii» siècle

BOYET.

1er. Ce fait, qui étonnera beaucoup de personnes, n'est cependant pas extraordinaire ; relier un livre et le couvrir, puis le dorer, ce sont là deux états parfaitement distincts et dans lesquels il a toujours été rare de voir le même individu acquérir une habileté é;-'ale. Nous ne parlons pas de la dorure sur tranche qui constitue un travail à part presque toujours pratiqué par des ouvriers spéciaux. C'est en lisant dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris (juillet et août 1884) le procèsverbal de l'apposition des scellés faite après le décès de notre artiste et dont la découverte est due cà M. Guifîrey, que nous avons appris cette particularité intéressante à connaître. En effet ce procès-verbal, espèce d'inventaire quelque peu détaillé n'indique pas qu'il existât le moindre outil de doreur dans la boutique du défunt, et l'on sait que ces outils très variés et tenant beaucoup de place n'auraient pu être oubliés par le commissaire *.

Voilà donc une nouvelle énigme qui vient s'ajouter à celle déjà passablement difficile à deviner : la paternité des œuvres de Boyet ! il ne marquait pas ses reliures et n'y mettait aucune étiquette ; du moins on n'en connaitpas jusqu'à présent.

Ce n'est donc que par des comptes, des factures qu'on pourra acquérir la certitude que tels ou tels volumes ont été reliés par lui. Puis on aura encore à se demander quel fut l'artiste qui en exécuta la dorure ?

Le problème devient donc insoluble, car combien de doreurs travaillèrent

1. Le procès-verbal de Tapposition des scellés chez .\ntoiiie-Michel Padeloup, publié aussi par M. Guitfrey, éiiumère longuement les outils de doreurs, }' compris les deux lourneaux à dorer, qui se trouvaient dans l'atelier.

pour lui pendant sa longue carrière ?

L'amateur fort, qui, tranchant du connaisseur, déciderait qu'une reliure est de Boyet d'après des dessins de fers et de roulettes soi-disant appartenant à cet artiste, et prétendrait reconnaître sa manière dans l'art de pousser les ors, risquerait donc de faire rire de lui.

Quoiqu'il en soit, Boyet fut un relieur en vogue et par conséquent très occupé. Outre les nombreux travaux qu'il exécuta pour la maison du roi, il travailla pour presque tous les grands amateurs de son temps. Il n'y a pas à attacher d'importance àl'orthographe de son nom, ni à s'arrêter à la plaisante distinction de Fournier; qu'il soit écrit avec un t ou avec un r, (juand on parle du fameux, du célèbre Boyet, ce n'est pas de son homonyme qu'on veut parler. Si celui-ci , Etienne Boyer, avait eu de la réputation, et il n'en avait pas, on n'aurait pas manqué de les distinguer l'un de l'autre par l'addition de leur prénom.

Luc-Antoine Boyet relia donc pour Du Fay, de Selle, l'abbé Rothelin, Bellanger, Fléchier et le comte d' Hoyni, d'après les catalogues des bibliothèques de ces célèbres bibliophiles, la correspondance de Fléchier et les comptes d Hoym publiés par M. le baron Pichon '.

Si par hasard Fournier a dit vrai, Boyet travailla aussi pour Longepierre. Il passe aussi généralement pour avoir été le relieur de Ponchartrain et de la marquise de Chamillart, mais nous ne savons si cette dernière affirmation repose sur une preuve authentique.

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