‹ Les relieurs françaisChapitre 54 sur 171 · Vie du comte d'Boym. Paris, 1880, 2 vol. in · texte numérisé non relu

Vie du comte d'Boym. Paris, 1880, 2 vol. in

ROYET.

Une noie manuscril»' du temps sur un catnlo^iue de la vente d'Hoym possédé par son bio;,'iaphe et qu'il nous a montrée avec son obligeance accoulumée indique les auleurs in uswn delphini tous uniformes en maroquin rouge et les auteurs variorum répandus dans tout le catalogue également en maroquin rouge, mais « dessus et dedans », comme ayant été reliés par Boyet. Un de ces volumes, avec les armes du comte, serait donc un spécimen du travail de notre artiste. M. Pichon nous a encore communiqué un compte original de 1711 pour des reliures ou plutôt des cartonnages faits par Boyet, d'ordre de M. de Pontchartrain, d'nn Mémoire de pièces justificatives concernant Port-Royal des Champs. II s'agit de six exemplaires reliés en papier marbré Eole tin, dorés sur tranche, à 10 sols et de 492 autres exemplaires pareils, mais la tranche non dorée à a sols. Enfin je possède dans ma collection un mémoire de Boyet du 16 juillet 1723 visé par Anisson et par De Cotte pour V Histoire des Médailles de Louis XIV, in-fol. ^rand papier, dont voici le détail :

1. Relié pour le Roj» en maroquin du Levant violet, dessus, le dedans rouge, avec des grandes bordures d'or dessus et dedans. 901iv.

1. Idem pour Monseigneur le duc d"Orléans, relié de même dont on m'a fourni la peau de maroquin violet 60 "

321. En maroquin rouge du Levant dorez à trois filets Ijord et bordure, les armes et chisfres du Roy à 35 livres le volume, prix fait avec détunt M. Rigaud et M. Anisson, aujourd'huy directeur de l'Imprimerie royale. . . 11340 »

141. Reliez en veau dorez et marbrez sur tranche et dessus commo oeux en maroquin k

)5 livres 2115 »

Four ijuatrc caisses pour por-

-•l reporter. . ISGOôliv.

li'-port. . . . 1360.51iv.

ter les premiers cinquante à Versailles ^5 o

Pour quatre rames de grand papier i)our envelopper les 467 volumes et la ficelle . . . •. 60 »

Pour les crocheteurs et caresses quand il a fait mauvais pour porter les livres à l'Hôtel ... 65 »

13 785liv.

Nous avons vu à la Bibliothèque Nationale deux exemplaires en maroquin rouge de cette fourniture ; ce sont des reliures d'une solidité à toute épreuve. Nous aimerions mieux, pour nous faire une opinion sur le talent du maître, avoir à le juger sur des spécimens d'un format plus maniable, des in-4, des in-8 ou des in-12. Mais jusqu'à présent, on ne connaît aucune reliure de format courant qui soit de lui authentiquement.

On croit généralement que Boyet relia beaucoup de livres sans dorure ou n'en ayant que très peu, ce qu'on appelle le irenre janséniste; cela est d'autant plus possible que, nous le savons à présent, il n'était pas doreur.

Nous analysons ici l'acte d'un emprunt hypothécaire effectué par Boyet mais non sans remercier premièrement M. Lucien Faucon, l'érudit directeur de V Intermédiaire, qui a bien voulu le relever pour nous chez un notaire de Paris.

Cette obligation datée du 19 août 1730 et pour laquelle son tîls et sa bru s'engageaient solidairement, fut faite en faveur de Jean Beauvais bourgeois de Paris demeurant rue de Grenelle; celui-ci prêtait 6000 livres « pour employer au payement du restant des ouvrages de maçonneries, de serrureries et autres faits en une maison que le sieur Boyet avait fait construire et récdiffier de ses deniers sise près le puils Cer-

BOYET.

tain. » La garantie se composait de tous ses biens et spécialement de la dite maison, plus une autre maison sise rue >'euve-Saint-Paul et de 638 livres de rente sur l'Hôtel de Ville. L'acte indique la demeure de Boyet à cette date, rue des Sept- Voies; mais il déménagea peu après pour venir habiter la maison « à petite porte carrée » rue du Mont- Saint-Hilaire, dont il était propriétaire et pour la construction de laquelle il avait déjà fait un emprunt en 1728, à un nommé Dalbinet.

C'est dans cette maison érigée par ses soins, qu'il rendit l'àme le dimanche 22 février 1733 à M heures du matin en l'absence de son fils, alors à Vienne chez le prince Eugène. Suivant les probabilités et en admettant que Boyet avait vingt-cinq ans quand il parvint à la maîtrise, il serait donc mort âgé d'environ soixante-quinze ans.

Le jour même de la mort du maître, à deux heures, le commissaire appelé par la bru qui demeurait avec son beau-père, passa devant le corps du défunt « étendu sur un lit dans une chambre au premier étaire ayant vue tant sur la dite rue Saint- Hilaire que sur la place de Cambray »

et procéda à l'apposition des scellés.

Dans la boutique sur la rue, au rezde-chaussée, il trouva :

Deux grandes presses garnies de leurs hays, trois tables et quatre porte-presses , deux pierres à battre, quatre petites presses avec leurs ustensiles qui en dépendent, un poêle de fonte avec son tuyau de taulle. une grande table et quatre tablettes, une pandulle. Se sont encore trouvez dans lad. boutique, plusieurs imprimez donnez à relier aud. deffunt. tant pour le Roy que pour plusieurs particuliers dont led. deffunt a esté chargé par des mémoires qui ont esté l'ournys et au travail de la reliure desquels imprimez on travaille journellement et continuellement, pourquoi, à la réquisition de lad. demoiselle Boyet, n'en a esté fait aucune description n^' apposé aucun scellé sur lad. boutique, afftn

de ne point cmposcher ledit travail qui requiert célérité.

La description des gros meubles, cabinets, commodes, coffres et armoires, n'est pas détaillée dans le procès-verbal sur lequel cependant nous copions encore les paragraphes suivants :

Dans la chambre du premier étage sVst trouvé un lit à la duchesse... (où reposait sans doute le corps de Boyet?; Dans une petite salle attenant, deux tables servant à la reliure, un portrait, représentant M. le prince Eugène, dans sa bordure de bois doré, quatre petites estampes dans leurs bordures dorées.

N'avons apposé aucuns scellés sur une petite cassette de bois blanc qui appartient à un jeune étranger allemand actuellement malade dans lad. maison.

Se sont trouvés dans led. cabinet plu'^ieurs imprimés de livres à relier que le Roy a donné à Monsieur l'évesque de Soissons. qui sont contenus dans un mémoire que lad. demoiselle Boyet nous a représenté et à elle rendu, au bas duquel est un certificat du S. Anisson, directeur de Tlmprimerie rojalle. en datte du jour d'hier, et lesquels imprimés ont esté laissés en lad. maison, attendu qu'il convient à travailler, à les relier, travail qui ne peut estre retardé estant pour le service du Roy.

Dans une chambre au premier étage, s'est trouvé unze cuillieres. unze fourchettes, une poivrière, une sallière, trois gondoUes (?), un grand goblet et une écuelle à oreille, le tout d'argent, poinçon de Paris. Une boiste en forme d'étuy à chapeau de bois de sapin non fermée à clef, mais seulement à un petit crochet de fer, dans laquelle boiste sont renfermés des papiers appartenant audit deffunt.

Des oppositions fuirent formées par onze marchands fournisseurs sans que les sommes qui leur étaient dues fussent spécifiées, puis par Jean de Beauvais pour ses 6 000 livres; par Dalbinet pour une somme de 8000 livres 1 et 400 livres d'intérêts échus et par d'autres créanciers, dont l'un pour 1 200 livres dus par Etienne Boyet fils. Le tout montait à 18 400 livres, soit avec les intérêts

1. Cet emprunt avait été fait le 16 août 17-28, pendant la construction de la maison où l'emprunteur devait mourir un peu plus de quatre ans après. Le procès-verbal le dit formellement.

nOYET.

Rue des Carmes

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Rue Saiat-IIilairei.

1. A part l'église et le puits qui n'existent plus, la rue Saint-Iiilaire, aujourd'hui rue Lanneau, est encore exactement ce qu'elle était au xviii" siècle. Comme on peut s'en rendre compte, les lotissements des propriétés sont restés les mêmes et les ravalements faits successivement n'ont certainement rien changé à l'aspect général de la rue; c'est ainsi que l'on y voit toujours l'immeuble à cinq étages au coin de la rue d'Ecosse et sur lequel s'appuyait l'église. La maison Boyet existe donc encore et il faut la chercher prés do l'emplacement où se trouvait le p'iits Certain. Si nous n'avons pas réussi à la découvrir avec certitude, nos recherches nous ont toutefois fait connaître au même endroit um? vieille renommée parisienne d'un tout autre genre, dont notre relieur, à n'en pas douter, était très proche voisin. C'est un étal)li*isement fondé en 1669, ayant pour enseigne ; An Puits Certain, jouissant d'une grande réputatiou culinaire

remontant, on le voit, assez loin et dont une spécialité, celle des tètes de veau farcies, est encore très célèbre, avons-nous appris, parmi les gourmets d'alentour. Cette maison fut dirigée au xviii' siècle par un nommé Vachette, a'ieul ou bisaïeul du fondateur du restaurant de ce nom, qui eut Brébant pour successeur. Enfin, s'il se trouve parmi nos lecteursbibliophiles quelques parisistes désireux de voir le quartier des relieurs sous son aspect d'autrefois, nous les engageons à aller visiter cette rue, avaut qu'elle no soit transfigurée, ce qui ne tardera [irobablement pas. Pour peu qu'à l'amour des belles reliures et du vieux Paris ils joignent encore un tantinet de goût pour lu bonne chère, ils pourront s'assurer au Puits Certain, que, si on ne fait plus dans la vieille rue Saint- Hilairo d'aussi bonnes reliures que du temps de Boyet. on y a du moins toujours cuisiné avec art depuis 1669. Une célébrité de deux siècles passés, cela compte !

BOYET.

et ce qui pouvait être dû aux fournisseurs, un passif d'environ 20 à 21 000 livres. Il est certain que la liquidation faite, Luc-Antoine Boyet, qui nous l'avons vu possédait maisons et rentes sur l'Hôtel de Ville, laissa à son fils un assez joli héritage, ce qui dans le monde des relieurs de ce temps, est une si rare exception qu'elle est vraiment digne de remarque. Son testament déposé chez un notaire en 1731 instituait exécuteur testamentaire Antoine de Jussieu de l'Académie des Sciences et frère de Bernard de Jussieu.

La garde des scellés fut confiée à la bru et à Pierre Laban, apothicaire rue des Deux-Ponts et les ouvrages inachevés furent terminés par Michel Daragon, ou au moins sous sa direction, car ce relieur est désigné dans le procès-verbal comme « ayant le soing et gouvernant la boutique du défunt. » C'est lui du reste qui « avait esté nommé et convenu par les parties pour donner son avis à l'huissier sur la prisée des outils de relieur. »

Luc-Antoine Boyet figure sur toutes les listes de la confrérie de Saint- Jean Porte-Latine et paya toujours régulièrement sa cotisation.

BOYET (Etienne), fils unique de Luc-Antoine, eut sa maîtrise en 1709.

Il avait épousé Anne-Marguerite Boireau. On savait qu'il avait été relieur du prince Eugène de Savoie, mais une lettre de M. d'Argenson, publiée par M. Henri Stein dans le Courrier de

l'Art du 26 décembre 1884, a le mérite de nous apprendre à quelle époque notre relieur parisien quitta la France pour aller se fixer à Vienne.

Voici cette lettre datée de Paris 13 décembre 1713 et adressée à Monsieur de Torcy.

Monsieur.

Je viens d'apprciiilro que le nommé Boyer {■lie), maître relieur, fils du sieur Boyer, relieur du Roy, est parti pour se rendre auprès du prince Eugène en Allemagne, et que M. le baron d'Hœndorff qui arriva en cette ville au mois d'août dernier et y est encore, luy a fait prendre ce party dont les principalles conditions sont : qu'il aura une ;pension do 1500 livres et un logement convenable, outre le payement de ses ouvrages de reliure : j'ay envoyé chercher le sieur Boyer père, qui m'a assuré que M. le baron d'Hœndortf avoit obtenu de vous la permission d'emmener le sieur Boyer, son fils; j'ay vérifié aussi que M. le baron d'Hœndorff est muny de deux passeports du Roi signez de vous, l'un du ^B* juillet et l'autre du 25 octobre 1713; mais je nay pu seavoir si le maître relieur qu'il emmène est compris dans celuy qu'il a deub obtenir pour son retour.

Je suis toujours avec le plus parfait attachement et le plus prof.jnd respect. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

M. d'argenson.

{Mijiist. des aff. étr. — Archives, fonds de Vienne, vol. 94, fol. 97.)

Comme le fait remarquer M. Stein cette lettre nous apprend sinon le mois et le jour, mais au moins l'année où Etienne Boyet partit pour Vienne avec la promesse d'une situation fort enviable. En effet, 1 300 livres, le logement, plus le paiement de son travail c'était, à l'époque, une fortune inespérée pour notre relieur qui y trouvait encore la satisfaction de son amour propre en prenant le titre de Bibliothécaire du prince Eugène.

A la mort de son père, Etienne revint à Paris, en juin 1733, pour les formalités de la succession, mais il retourna à Vienne où il était encore en septembre 1733. A partir de

HOZERIAN.

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