Rivière fut enfin reçu libraire le lo juin
affichée esdits lieux ». Il s'agissait de la condamnation à 3 livres d'amende de Pierre Aiivray, Bernard Bernache, Jean Bernache, Luc-Antoine Boyet, Denis Dangerville, la veuve Delatour, N. Fournier et Vincent Robert chez lequels les commissaires Delamarre et Dubois avaient saisi, dans leur visite du lo février: « plusieurs exemplaires de livres défendus, contraires aux bonnes mœurs et aux interestz de l'Etat, concernant des matières que les lois du royaume ne permettent pas de traiter et dont le souvenir pourroit encore troubler la charité chrestienne et réveiller d'anciennes contestations heureusement assoupies; tous lesquels livres sont apportez des provinces ou des pays estrangers et entrent à Paris par des voyes détournées, etc. ». L'ordonnance rappelait les défenses faites dans rEditdel686 de relier des livres contraires à la religion, à l'Etat, etc.
Les livres saisis furent mis au pilon et les gardes eurent ordre de lire cette ordonnance à une assemblée convoquée dans la huitaine, puis de l'enregistrer sur le registre de la communauté afin qu'elle soit lue à chaque élection de nouveaux gardes.
Ce registre ne fut ouvert que le 14 avril 1698 ; il portait donc cette ordonnance sur l'une de ses premières pages '.
Les démêlés avec l'autorité ne furent pas les seuls qui devaient agiter la nouvelle corporation des relieurs ; nous avons été témoins de leur lutte contre les libraires, nous allons les trouver maintenant en querelle entre eux et y mettant quelque peu d'acharnement.
On se souvient que par l'Edit de 1686, le roi avait nommé quatre Gardes pour trois ans, dont les successeurs seraient élus à la pluralité des voix; ces quatre premiers Gardes étaient Eloy Levasseur, Guillaume Cavelicr, Denis Nyon et Marin Maugras, qui, près de douze ans après, soit au commencement de 1698, se trouvaient encore en charge, sauf Denis Nyon, qui, décédé, avait été remplacé [)ar son frère Geoffroy. Par exception, cet Edit permettait encore de recevoir, pendant trois mois seulement, douze
\. On ipnore malhoureusomcnt ce qu'est dcvcmi ce livre qui nous serait si utile aujoui'd'hui et auquel nous n'avons pu suppléer que par quelques tableaux ofliciels des membres de la communauté.
HISTOIRE DE l,A COMMUNAUTÉ
nouveaux maîtres, tandis qu'après ce temps écoulé il ne serait nommé à la maîtrise, chaque année, qu'un seul compagnon en dehors des fils et gendres de maîtres. Les gardes furent dénoncés au lieutenant de police, le 24 mars 1698. par quarantesept anciens maîtres, Michel Sauvage, Bernard Bernache et Luc- Antoine Boyet en tète ', pour avoir reçu plus de trente maîtres dont le plus grand nombre n'avaient pas satisfait aux exigences imposées par le règlement à l'égard des apprentissages. Les plaignants accusaient encore les gardes de ne pas faire exécuter les règlements par rapport aux libraires dont beaucoup continuaient à faire de la reliure et à avoir boutique ouverte de reliure; « le tout, ajoutaient-ils, par la collusion desdits gardes qui causeront la ruine de la communauté par leur malversation et leur négligence ». Ils demandaient en conséquence l'annulation des nouvelles réceptions et la condamnation des gardes « en tels dommages, interests et amende qu'il plaira au lieutenant de police d'arbitrer ».
Sur leur requête, les gardes furent admis, par sentence du 6 juin, à faire valoir leurs moyens de défense et ils envoyèrent au greffe vingt-six pièces différentes pour justifier les droits à la maîtrise de ceux qu'ils y avaient nommés ; mais les plaideurs contestèrent la validité de ces pièces, une à une, dans un très long mémoire.
Quatorze des nouveaux maîtres intervinrent collectivement, et un autre, Jean Bernache, le fit isolément'.