‹ Les relieurs françaisChapitre 81 sur 171 · DUBUISSON · texte numérisé non relu

DUBUISSON

autrement quand il ornait des volumes en maroquin, d'après les données à peu près classiques admises pour la décoration des livres.

Ses compositions, il est vrai, ne sortent guère du style de son temps; à défaut d'originalité et de plus d'élévation, elles se distinguent cependant d'une façon très particulière de ce qui se faisait alors, et par une grande finesse d'exécution et par un cachet individuel assez reconnaissable.

Dubuisson était du reste un dessinateur habile et un homme de goût ; il composait et dessinait luimême ses étiquettes, qui sont vraiment charmantes, surtout au point de vue décoratif; mais comme à beaucoup d'ornemanistes, la figure humaine ne lui était pas familière, aussi le dessin des enfants, qui animent néanmoins très agréablement ces petites compositions, laisse-t-il tant soit peu à désirer.

Pierre - Paul Dubuisson fut un grand travailleur; comme son père il entreprenait des travaux pour ses confrères et eut lui aussi pour client et débiteur Antoine-Michel Padeloup, puisque celui-ci, à sa mort, lui devait encore o08 liv. 13 sols, résultat d'une condamnation prononcée par les juges-consuls en 1750 ou 1752. Outre l'exercice de son état de relieur-doreur, Dubuisson s'adonna à l'étude de l'art héraldique, se composa un cabinet très riche en documents sur la matière, et publia même deux volumes : Armoriai des principales maisons et familles du royaum,e, et particulièrement de celles de Paris et de l'Ile-de-France , etc.

Ouvrage enrichi de près de quatre mille écussons gravée en taille-douce.

Paris, 1757, 2 vol. in-12. Gastelierde la Tour avait été son collaborateur

pour cet ouvrage, encore très recherché aujourd'hui. Nous n'avons pas à étudier notre doreur en tant que généalogiste; cependant, ayant découvert sur lui et à ce sujet des renseignements qui nous paraissent fort peu connus, nous les donnons ci-après avec la pensée qu'ils ne seront pas trop mal placés à la fin de sa biographie.

Il mourut le 15 juin 1762, et eut pour successeur dans sa place de relieur du Roi Pi erre- Antoine Laferté.

La veuve de Dubuisson, restée dans une situation de fortune assez précaire, écrivit la lettre suivante à Madame la marquise de Pompadour :

Madame.

Élisabeth-Magdeleine Saillard, veuve de Pierre-Paul Dubuisson, seul relieur et doreur du Ro}', a l'honneur de représenter tr^s humblement à Votre Grandeur que le feu Dubuisson, son ma'-y, par une application continaelle et une étude depuis plus de vingt années dans l'Art héraldique, (''toit parvenu à acquérir des connaissances toutes particulières dans la science du blazon,qui hiy avoient mérité l'honneur d'être nommé généalogiste et seul doreur de Sa Majesté pour toutes les armoiries et autres ouvrages relatifs au blazon. avec une pension de cent livres.

Pierre-Paul Dubuisson, voulant augmenter ses connoissances, s'étoit formé depuis plusieurs années un cabinet héraldique des plus précieux : aussy la dépense consiiérable q'ie luv a occasionnée une collection des plus nombreuses a-t-elle dérangé sa fortune.

C'est dans cette circonstance que sa veuve, qui, en perdant son mary, a eu encore le malheur de perdre sa place, qui a été conférée au nommé Laferté, relieur, implore votre puissante protection pour la supplier de vouloir bien luy faire accorder la continuation de la pension de cent livres que Sa Majesté faisoit à son défunt mary.

N'étant pas en état de se servir du cabinet de son mary, elle prend la liberté d'en offrir l'acquisition au Roy comme une chose précieuse et rare. L'abrégé détail ci-joint pourra décider Sa Majesté à cet égard, et, dans le cas où il animeroit sa curiosité, la suppliante off're de faire voir ce cabinet, qui fournira encore plus d'éclaircissement. Elle ne cessera de faire des vœux pour la conservation de Votre Grandeur.

DUIUJISSON. — DUC.

La collection se composait de 6iG boîtes, cartons et portefeuilles remplis de cachets cire et autres, d'armoiries expliquées et coloriées, de notes sur les familles nobles de France et de l'étranger, de portraits, de mémoires généalogiques, de titres de toutes sortes (2 cartons contenaient les Drapeaux des régiments de France enluminés au nombre de plus de 200).

Tontes ces pièces étaient répertoriées dans 3 gros volumes in-folio.

Il y avait encore 200 volumes infolio, in-4", in-8° et in-12 de notes manuscrites et d'armoiries coloriées; 212 volumes imprimés, tous sur l'art héraldique, et enfin 122 Almanachs royaux et autres des plus rares et des plus précieux ^

Quelle réponse Madame de Pompadour fit-elle à la veuve de Pierre- Paul Dulmisson? Qu'est devenue cette superbe collection? A-t-elie été disséminée, ou fait-elle partie en entier d'un de nos grands dépôts publics?

La veuve de Dubuisson vivait encore en 1777 et demeurait rue Montorgueil.

DUBUISSON (Nicolas), que nous croyons de la même famille, était établi libraire-relieur à Versailles. Lui et sa femme Louise-Catherine Lescuyer se compromirent gravement, en 1745, dans une afîaire de livres erotiques dont voici le résumé :

Marie -Madelaine - Josèphe Bonafons, femme de cliambre de M"^" la princesse de Montauban, fit imprimera Rouen chez la veuve Ferrand, et par l'intermédiaiie de Dubuisson, son conte allégorique : Tanitstcf^,

1. (lu tronv<'ni le diHiiil do tmitos les richesses lu'i-aliliiiues amassées par Dulmissdii dans le Roeueil de la Bihliotlu'^iiue Nationale, section des nuuuiserits Fr. 22 118.

qui même aurait été écrit chez lu ainsi que la Touricre des Carmélites.

La demoiselle Bonafons, dans la note du temps à laquelle nous empruntons ces renseignements, est encore signalée comme l'auteur du Destin, comédie, des Mémoires du baron de ***, « de diverses pièces également indécentes sur MM. de Chàtillon et de Kichelieu, sur le Roi et ses ministres. » La veuve Ferrand, ses filles, ses ouvriers furent arrêtés. Jean-Henry Fournier (voy. ce nom), libraire-relieur à Versailles, fut aussi mêlé à l'affaire avec nombre de gens.

.Nicolas Dubuisson et sa femme entrèrent à la Bastille le 24 août 1745, et n'en sortirent que le 25 février 1747. J.-H. Fournier y entra le même jour, mais il en sortit le 15 septembre suivant. M"'- Bonafons resta à la Bastille du 29 août 1745 au 25 décembre 1746, pour être transférée aux Religieuses Bernardines de Moulins, où elle était encore au mois d'août 1757. {Bibl. Nat, Ms. Nouvelles acquisitions françaises, n° 1891.) Mais l'auteur du Tanastès s'amenda et finit par être mise en liberté en janvier 1759, avec une pension de .300 livres que le Roi lui accorda. Sous la recommandation delà Supérieure, M"= Bonafons se réfugia d'abord chez la marquise de Lamotte, propriétaire d'un château dans le voisinage.

Une veuve Dubuisson, demeuraut (Ml 177! au coin de la rue du Plâtre, chez l'épiciei", était connue [)0ur broclier des livres défendus.

DUBUISSON (Marie -Marguerite), obtint sa maîtrise le K) octobre 1777 et demeurait rue Saint- Jac(iues.

DUC (Louis), ce nom n'existe

DUCARDONAY. — DUCHESXE.

pas parmi les relieurs du Roi, quoiqu'il flgure comme tel sur le registre de la Cour des Aydes de 1598.

L'erreur vient de ce que le copiste a lu Louis Duc au lieu de lire Clovis Eve, écrit en caractères cursifs prêtant à l'erreur. [Voy. Clovis Eve.)

DUCARDONAY (François), apprentif de Nie. Fremiot, fut reçu en février 1638. Il vivait encore en 1683 et fut un des opposants à l'édit de cette année.

DUCASTIN (Robert), s'engagea comme apprentif en i6'2b chez François Musier, qualifié relieurdoreur; reçu maître, 29 oct. 1649.

Il adhéra à la convention passée vers 1650, pour le tarif des reliures des livres dits Usages en s'engageant à ne pas travailler pour la clientèle de ses confrères-signataires de cette convention. Lors de la séparation des deux Communautés, il opta pour la librairie, mais persistait à vouloir relier et dorer cliez lui.

— (François), son fils aîné, se fit recevoir le 8 juillet 1666; le cadet, Etienne embrassa la librairie.

— (Georges), neveu de Robert, entré en apprentissage chez son oncle en 1655, se fit libraire.

Nous avons encore trouvé au svii* siècle un Guy Ducastin apprentif de Jean Nyon en 1636 et deux Ducastin cousins en 1692. Nous ne savons s'ils parvinrent à la maîtrise.

— (Alexis - Hubert), reçu le d4 avril 1710, élu Garde de décembre 1"34 à août 1736; il avait été nommé marguillier de Sainl- Hilaire en 1732. Voici son billet d'enterrement.que nous avons trouvé collé sur un tableau des relieurs que M. le baron Pichon nous avait obligeamment prêté :

Vous êtes prié d'assister au convoy, ser-

vice et enterrement de Monsieur Alexis Hubert Ducastin, maître relieur et doreur de livres en l'Université de Paris, ancien garde de sa Communauté, sous-doyen de Messieurs les Marguilliers de Saint-Hilaire, et bourgeois de Paris, décédé en la maison de Monsieur son fils, rue du Mont-Saint-IIilaire, qui se fera ce jourd'huy mercredi, 8 février 1764, à dix heures du matin, en l'église paroissiale de Saint-IIilaire-du-Mont, sa paroisse où il sera inhumé.

Messieurs et dames s'y trouveront s'il leur plaît.

Et aux messes qui se diront depuis huit heures du matin jusqu'à midi.

Un Be profuiidis.' De la part do M. Ducastin, son fils.

DUCASTIN (Nicolas-Alexis, fils) du précédent, reçu maître le 21 juillet 1732, demeura rue du Mont- Saint-Hilaire. Elu Garde de mai 1747 à mai 1749. Administrateur de la Confrérie de la Vierge de Saint- Hilaire, il fut nommé marguillier de cette paroisse en 1748, puis doyen des marguilliers en 1779, date à laquelle il était aussi député en exercice dans la Communauté des Relieurs et Papetiers. Son nom ne figure plus sur les tableaux des marguilliers de Saint-Hilaire après 1786. Il avait deux fils, dont l'un au moins fut relieur sous le nom de

— (Alexis- Jacques), reçu le 24 janvier 1778, élu marguillier de Saint-Hilaire en 1787, et demeurant rue du Mont-Saint-Hilaire. Il avait épousé une fille de Jean-Raptiste P"" Duplanil.

Il y eut un Ducastin père et un Ducastin fils sous la Restauration ; le fils exerça sous Louis-Philippe, et demeurait rue de Savoie.

Un descendant des Ducastin fut artiste peintre, et habitait ces temps derniers dans l'île Saint-Louis.

DUCHESNE (Abraham), exerçait en 1611 ; sa veuve est nommée dans une liste 1622-1624. {Voy. Abr.aham, relieur de l'Etoile.)

DUCROQ. — DUMAS.

DUCROQ (Pierre), condamné à fermer sa boutique en 1019 parce qu'il n'avait ses lettres de maîtrise que de la Confrérie (1008 à 1010), et non des syndic et adjoints de la Communauté, ainsi que l'ordonnait le règlement de 1018.

Dl'DI.N, fut chargé par l'Académie des Sciences de Paris de rédiger un traité de la reliure pour la Description des Arts et Métiers, dont cette Académie avait entrepris la publication. L'Art du relieur-doreur de livres parM. Dudin, approuvé en 1771 par deux académiciens, Duhamel et Pingre, parut en 1772 dans le format grand in-f°. Ce volume de 112 pages était accompagné de 13 planches gravées par Ransonette, à l'exception des planches vin, x et xi, exécutées par Louis Simonneau en 1094 et 1697. Ces dernières devaient accompagner un ouvrage projeté sur la reliure à la fin du xvn^ siècle et resté inédit, puis le Traité de Jaugeon, que la même Académie voulait publier au commencement du xvni" siècle et qui ne parut pas davantage.

Dudin reconnaît que Jean-Charles- Henri Lemonnier dit le Jeune, relieur du duc d'Orléans, l'a aidé dans son travail en faisant faire devant lui toutes les opérations par lesquelles doit passer une reliure avant d'être entièrement terminée.

Le libraire Moronval, acquéreur de la collection de la Description des Arts et Métiers, a publié une nouvelle édition de ce volume avec des observations de J.-E. Bertrand. (Voy.

ce nom et celui de Jaugkox.)

DL'EILE (Jean de), relieur, cité dans une ordonnance de Charles V du 0 novembre 1308 concernant les suppôts de l'Université.

DUFAYE (Pierre), reçu maître en 1692.

DUFEY fils, relieur à Nancy en

DUFLO (Claude), apprentif de Guillaume Michon, gendre de Jean Guillain, fut reçu maître le 21 août

DUFOSSÉ. Vny. Dksfossés.

DUFOZET (Pierre). Sa veuve, Madelaine Croiseau, épousa, avant 1716, François Sureau, qui devint relieur du Roi.

DUFRESNE (Abraham), exerçait en 1610. (Voy. Abhaham, relieur de l'Étoile.)

DUHAMEL (Claude), relieur, figure sur les listes de la Confrérie avant 1610; il fut le maître d'appi-entissage, en 1633, de Gilles Prévost.

— (Jean 1'=''), était libraire-relieur vers 1610 et publia différents ouvrages; il reçut 6 sols cette année-là pour avoir réparé les livres de la Confrérie. Maître d'apprentissage de Nicolas Poirion. 11 figure parmi les confrères décédés entre 1634 et 1637 pour lesquels on célébra des services mortuaires. Beau -père de Jean Lerond.

— (Antoine), fils de Jean P% fut

reçu en 1643.

— (Jean II), fils d'Antoine, reçu en 1663. 11 figure sur les listes de 1093. Une veuve Duhamel, sa femme probablement, se laissa poursuivre en 1706 avec Varangues, pour paiement de la taxe de 1704, qui était de 0 livres 12 sols, plus la moitié en plus pour retard, 3 livres 6 sols.

DUMAS (Adrien), apprentif d'Adrien Laudy, fut reçu maître le

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