DURAND
DUSELIL.
reliure de 1 608 à 1 G 1 0 ; mort en 1 62 j .
DURAND (Rémy), relieur, reçu vers 1610.
— (Baptiste), relieur, exerçait en 1618.
— (Sébastien), fils de Georges, fut reçu maître le 30 avril 1626.
Il y eut un libraire, du nom de Martin Durand, qui fut adjoint en 1633; nous croyons qu'on faisait la reliure chez lui. Le nom de sa veuve figure en 16ol sur l'Aumosne chrétienne de Saint-Cyran avec celui de Jean Le Mire. (Voy. ce nom.)
DURAND (Antoine), reçu maître le 21 octobre 1765, paya le droit de réunion en 1776. Dans son Essai historique sur lu bibliothèque du roi, Paris, 1782, Leprince écrit, p. xxj :
« Relieur des livres de la bibliothèque : M. Durand, relieur du Clergé de France, rue du Mont-Saint-Hilaire, vis-à-vis le puits Certain. »
Nous possédons dans notre collection six comptes de Durand pour environ 600 volumes, qu'il relia d'ordre de M. Ronami pour la Ville de Paris, de février 1767 à 1768. Ce sont des reliures en veau avec les armes de la Ville sur le dos et en queue. Les in-folio sont comptés
4 livres 10 sols; les in-4, 2 livres
5 sols, et les in-8° et les in-l2 le prix uniforme de 16 sols.
Répondant à un décret de la Convention, on proposa divers moyens pour enlever l'or des livres des bibliothèques publiques. Durand fut au nombre des soumissionnaires, et
nous nous permettrons d'emprunter à M. Gruel, auquel M. Germain Bapst l'avait communiquée et qui Fa publiée pour la première fois, la très curieuse lettre que reçut la Convention à cet égard :
Aux Citoyens de la Commission des Arts. Citoyens,
Comme il est question de chercher les moyens de faire disparaître tous les titres de la féodalité et qu'il s'en trouve un grand nombre à la Bibliothèque nationale, le citoyen Durand, relieur de cette Bibliothèque depuis 28 ans, connoit parfaitement tout ce qui dépend de son art. Il a sçu dans les tems apposer des armes sur les livres. Il sçaura dans ce moment les enlever sans dégrader les ouvratses précieux renfermés dans ce célèbre monument. Le citoyen Durand a déjà son atelier à la Bibliothèque... Il est tout prêt d'exécuter les ordres qu'on lui donnera et est très jaloux de servir la République dans cette partie, étant attaché de père en fils depuis quatre-vingts ans ' comme relieur pour cette Bibliothèque. — Les citoyens gardes de la Bibliothèque nationale peuvent attester que le citoyen Durand a la capacité et les connoissances de son état pour conserver les livres les plus précieux à la nation par la manière et les procédés qu'il se propose d'employer. — Il présente un essai qu'il prie d'examiner. { Voyez Bazin et Padeloup, ad finem.)
DUSEUIL (Augustin). Le 16 mars 1880, M. Mons, maire de Méounes, arrondissement de Bri gnôles, département du Var, m'envoyait très obligeamment, sur ma demande, ce dont je le remercie sincèrement ici, l'acte de baptême de Duseuil, relevé par lui sur le registre de la paroisse, et que je transcris très exactement :
Augustin Dussueil, fils d'Honoré et d'Isabeau Billonne, a été baptisé le 2 septembre 1673. Le parrain Louis Dussueil, la marraine Anne .Jauffroy du lieu de Signe. Par moi.
Signé : Barry, vicaire, H. Dussueil et Dussueil L«.
L Quoique nous n'ayons trouvé q\i'Antoine Durand parmi les relieurs de la Bibliothèque royale, il est fort possible qu'il dise vrai. Il parlait peut-être de ses ancêtres maternels, ou bien encore de ses père et grand-père travaillant en qualité de compagnons chez des relieurs du Roi.
DUSEUIL.
La date de la naissance de notre artiste bien établie, nous allons passer maintenant aux renseignements fournis par Jal. Il ignorait, et nous ne sommes malheureusement pas mieux renseigné que lui à cet égard, comment Duseuil vint à Paris et où il fit son apprentissage; mais il était amené à croire que ce fut chez Philippe 1" Padeloup, parce que, le 23 novembre 1699, à Saint- Séverin, il en épousait la fille nommée Françoise et alors âgée de vingtcinq ans. Ce mariage impliquerait tout au plus que Duseuil travaillait comme compagnon chez le père de sa future; quant au nom du maître dont il fut l'élève, le seul registre des apprentissages qui nous ait été conservé ne mentionnant, à partir de 1677, que les apprentifs libraires et imprimeurs, nous avons dû renoncer à le trouver. Si le registre pour les relieurs existe encore, il est regrettable qu'on ne sache pas où il est.
Les époux Duseuil-Padeloup eurent sept enfants : 1° 14 janvier 1700, Marie-Anne; 2° 18 janvier 1702, Philippe-Augustin (il mourut en 1705); 3° 28 décembre 1703, Jeanne- Fraiiçoise;i°2 décembre il Oi, Angélique, ■ b" 2 juillet 170G, Marie; 6° 31 janvier 1708, Philippe- Augustin 11; 7» 9 avril 1709, Pierre.
Mais ici nous devons ouvrir une parenthèse au sujet de la date de naissance du premier de ces enfants, laquelle, si elle est exacte et sans qu'il soit nécessaire d'avoir l'esprit très inventif, fait entrevoir tout un roman au milieu des cousoirs et des presses, en plein atelier du père Padeloup. En elfet, cet enfant qui vient au monde sept semaines après le mariage, ne démontre-t-il pas que cet acte fut une simple réparation? Mais il ne faut pas oublier
que Jal a remué t.int de dates qu'il a bien pu s'y perdre quebiuefois et se tromper d'un chiffre. .\'a-t-il pas fait une erreur analogue en disant que la mort de Jacques-Antoine Derome arriva en 1761, alors que la vraie date est 1760? Ici, lui ou le compositeur ne put-il pas meltre 1700 au lieu de 1701? C'rst d'aufant plus possible que la date de naissance du second enfant ne s'y oppose nullement : aussi, quoique le dénouement du roman ait été absolument irréprochable, puisque les deux amants reçurent la bénédiction nuptiale, paraissent avoir été heureux et eurent, comme on l'a vu, beaucoup d'enfants, nous aimons cependant mieux croire à une simple erreur d'un chiffre plutôt qu'à un oubli de ses devoirs de la pari d'une sœur du prêtre Claude-Philippe Padeloup. Marie-Anne Duseuil serait donc née le 14 janvier 1701, et la vertu de sa mère doit rester intacte devant la postérité.
On ne sait à quelle date Duseuil se fit recevoir maître. On voit bien sur les registres de la Confrérie que les Gardes relieurs payèrent, en 171o, sa cotisation d'entrée enmème temps que celles d'autres nouveaux maîtres; mais ces registres, tenus par les libraires, ne l'étaient pas très exactement à l'égard des relieurs depuis la séparation; puis, Jal l'a constaté, il se disait déjà, à la naissance de ses enfants, i^elieur ou niaitre relieur. A partir de I7lb, jusqu'au jour où les relieurs se retirèrent de la Confrérie de Saint-Jean Porte-Latine (1730), ses cotisations annuelles sont régulièrement mentionnées.
.M"»" Duseuil mourut le 10 février 1714, rue Saint-Jacques, et ses obsèques furent célébrées le lende- 3.J
DUSELIL.
main à Saint-Séverin. Ce qui prouverait encore que Duseuil portait bien le titre de maître depuis quelque temps, c'est que l'acte de décès de sa femme le qualifiait : relieur de Monseigneur et de ^1™"= la duchesse de Berry '.
Il faut doue croire que beaucoup de volumes ayant fait partie de la bibliothèque de cette princesse et portant les Armes de France, à la bordure engrélée de gueule, qui est de Berry, accolées d'Orléans, et au dos les lettres M L entrelacées, ont été reliés par Duseuil. Jusqu'à présent nous n'avons eu l'occasion de ne voir qu'un seul de ces volumes, que possède le baron Pichon : c'est un livre de prières relié en maroquin citron, doublé en maroquin rouge avec dentelles; les armes de la duchesse y sont frappées à froid, entourées de la cordelière de veuve.
Sans tenir compte des relieurs suivant lacour, nommés par le grandprévôt et dont le rang était inférieur à celui des relieurs ordinaires nommés par le Roi, ceux-ci ne furent presque toujours qu'au nombre de deux à la fois. A cette époque, Luc- Antoine Boyet et Louis-Joseph Dubois en portaient le titre; mais par exception et alors qu'aucune vacance ne s'était produite, la duchesse de Berry obtint du Régent, son père, que Duseuil serait nommé relieur ordinaire du Roi, ce qui se fit par le présent brevet :
Aujourd'hui 26 février 1717. le Roy estant à Paris, avant esgartl aux témoignages avantageux qui lui ont esté rendus de la probité et capacité d'Augustin de Sueil, maistre relieur à Paris, et voulant en cette considération le traitter favorablement. Sa Majesté. de l'avis de M. le Duc d'Orléans, son oncle Régent, a retenu et retient le dit de Sueil en la charge de l'un de ses relieurs ordinaires
1. Mariés en 1710, le duc mourut en mai 1714 et la duchesse en 1719.
pour par luy en faire les fonctions, en jouir et user aux mesmes honneurs, prérogatives et privilèges dont jouissent les autres relieurs de Sa Majesté, aoec le pouvoir dfi mettre au fJeooiit de sa boutique un tapis chargé de!: armes et panoncpaïuv de Sa Majesté. Et pour assurance de Sa volonté. Elle ma commandé d'expédier au dit de Sueil le présent brevet qu'F.Ue a signé de sa main, et fait contresigner par nioy conseiller, secrétaire d'Estat, etc., etc. '
Nous avions remarqué cette dernière autorisation accordée à des imprimeurs ou à des libraires ro3'aux, notamment sous Louis XIII. à René Baiidry, « qui.pouvoit mettre sur sa boutique un tapis décoré des armes de Sa Majesté »; mais c'est peutêtre ici la seule fois qu'elle est mentionnée dans un brevet de relieur de la cour. Il est plus que probable, d'ailleurs, que le titre entraînait avec lui le droit à cette décoration.
Dans tous les cas, Duseuil ne dut pas la négliger, et sa boutique, c'est certain, en fut ornée à partir de 1717.
D'après Richelet, le mot panonceau n'avait pas à cette époque la signification qu'il a aujourd'hui. Ce n'était, en somme, qu'une affiche aux armes du roi qu'on posait à la porte d'une maison où se faisait une vente par autorité de justice. iNe confondant pas avec les panonceaux dorés des notaires ou autres officiers ministériels d'à présent, on restera strictement dans le vrai en se représentant la boutique de notre relieur, toujours rue Saint- Jacques, décorée d'un tapis plus ou moins richement brodé, sur lequel les armes de France surmontées de la couronne royale ressortaient avec élégance. Peut-être y ajoutait il un second tapis aux armes de la duchesse de Berry.
La réputation de Duseuil gran-