‹ Les relieurs françaisChapitre 84 sur 171 · I. .\rchives Nationales : Registre du secrétariat O', n · texte numérisé non relu

I. .\rchives Nationales : Registre du secrétariat O', n

DUSEUIL.

dissait cliaque jour, et ses reliures allaient être bientôt fort recherchées à l'étranger, par suite d'une circonstance due évidemment àlanotoriété dont il jouissait à Paris.

La bibliothèque de Louis-Henry de Loménie de Brienne était devenue la propriété de son parent Françoisde Loménie de Brienne, évêque de Coutances, qui l'augmenta, dit-on, quelque peu. A la mort de celui-ci, on allait procéder à la vente de ses livres, quand le cardinal Dubois s'y opposa et la fit interdire par un arrêt du Conseil d'État du 23 avril 1723. La mort du cardinal arrivée le 10 août suivant, le chapitre de Coutances, qui avait besoin d'argent pour les réparations de la cathédrale, se dépêcha de vendre en bloc la bibliothèque épiscopale aux libraires anglais James Woodman et David Lyon, qui l'emportèrent à Londres.

Le catalogue de cette collection, assez curieux au point de vue historique et littéraire ', ne nous intéresse que par rapport à la reliure, et spécialement, comme on va le voir à celle de Duseuil : M. le baron Pichon, qui s'intitule par modestie un Catalogomane endurci, le possède et a bien voulu nous le communiquer avec son amabilité habituelle, ce dont nous avons encore à le remercier une fois de plus.

C'est probablement en vue de la première vente projetée que l'on avait fait relier à nouveau un grand nombre de«volumes, et c'est Duseuil

1. 11 y est (lit que <''ét:ut le P(''re Simon, bibliophile tri^s énidit de son temps, qui avait formé cette bil)liotliè<iuc et que de plus il avait été le professeur et l'ami intime do l'évêque de Coutances. Tout cela est sujet à caution, car on affirme encore dans ce catalogue que Louis-Henry do Loménie était le pfere de cet évéque, qu'il avait été ambassadeur à Rome, etc., etc.

qui avait été chargé de ce travail.

Il ne relia pas moins de 400 volumes, dont 140 in-folio, 1.3.) in-4° et 145 in-S" et in-12i.

Les libraires anglais annoncèrent dans leur catalogue que la vente commencerait dans leur magasin, Russel S'.,-Covent-Garden, le mardi 28 avril 1724; que les livres seraient vendus très bon marché, If prix marque sur chaque volume. Mais, outre rénumération des richesses de toutes sortes de cette bibliothèque, ils appuyèrent avec force sur cette particularité qu'elle renfermait des livres en très belle condition, nouvellement et très joliment (nicely) couverts, dessus et dedans, en maroquin, par le fameux Abbé Duseuil. Le nom de notre artiste accouplé au titre d'abbé est promené de page en page dans tout le catalogue : Bound in Moroco hy the Abbé Duseuil; Compactum Corio turcico per Abbatem Buseuil; Relié en nKirociuain par Vabbé Duseuil, doré et marbré sur tranches, etc., etc.

Voilà d'où vient cette absurde légende sur laquelle on a tant dis • serté ! Si Nodier se demandait à quel diocèse l'abbé relieur avait bien pu appartenir. Ed. Fournier prenait son menton entre l'index et le pouce, réfle'cliissait, et opinait gravement pour le diocèse de Paris. Les divagations se succédaient et le pauvre Duseuil, gratifié de la tonsure, passait à l'état de simple amateur! Cependant ce que nous avons raconté de sa vie jusqu'ici ne s'oppose-t-il pas à ce qu'on s'arrête même un instant devant une semblable plaisanterie? La cause provenait sans

L Le comte do Loménie, qui mourut eu 1698, n'était plus en possession do sa bibliothèque depuis euviron dix ans; ce no fut tlonc pas lui qui avait fait relier ses livres par Duseuil, âgé de quinze ans en 1088 :

DUSELIL.

cloute toiil bonnement d'un peu trop de précipitation de la part de l'anglais, rédacteur du catalogue :

voyant le prénom de Duseuil écrit par un seul A ou par Au, les deux jambages de I'm un peu longs et légèrement arrondis, ce qui les faisait ressembler à deux 66, il aura lu Abb, dont il fit abbé ?

Entîn le nom de Duseuil était désormais célèbre en Angleterre.

Soit qu'il ait vu trop d'exagération dans cet engouement, soit que la mise en vedette, inusitée jusqu'alors du nom d'un relieur lui ait paru excessive. Pope, dans sa Quatrième Épftre morale, où il critique les maniaques riches collectionnant par pure vanité, à prix d'or et sans discernement, des merveilles qu'ils ne comprennent pas, donnait comme le comble de la gloriole, chez ces singuliers amateurs, de posséder dans leur bibliothèque, non de bons ouvrages, mais des livres imprimés par Aide et avant tout des volumes reliés par Duseuil!

Louis-Joseph Dubois étant mort, sa place fut accordée quelques jours après à Duseuil, par ce nouveau brevet :

Aujourd'hui 15 février 1728, le Roy estant à Versailles, bien informé de la capacité d'Augustin de Seuil et de sa fidélité et affection à son service. Sa Majesté l'a retenu et retient en la charge de l'un des relieurs de sa maison, vacante par le déceds de Louis du Bois, dernier possesseur d'icelle ; pour le àitde Sueil l'avoir et e.xercer, en jouir et user, aux honneurs, autorités, privilèges, franchises, libertés, gages, droits, fruits, profits, revenus et esmolumens accoutumés et }• appartenants tels et semblables qu'en a jouy ou dfi jouir ledit du Bois, et tant qu'il plaira à Sa Majesté, etc., etc.'

Nous constatons cette seconde nomination sans chercher àl'expliquer.

Duseuil compta dans sa clientèle presque tous les bibliophiles de son

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