Archives nationales : Registre du Secrétariat, O', n
temps, mais on sait plus particulièrement qu'il travailla pour l'abbé de Rotbelin, pour de Selle et pour le comte d'Hoym ^ Dreux du Radier parlait de lui dans le Journal de Verdun de décembre 1763, et disait :
J'aurais joint ici les noms des célèbres relieurs, si je les avais connus ; mais, à l'exception de Deseuil, dont les reliures sont encore recherchées dans les ventes et du sieur Laferté... je n'en connois pas qui mérite place dans la bibliologic.
Son nom devait traverser les années et être toujours accompagné des plus pompeux éloges; on vante la perfection de ses corps d'ouvrage, la délicatesse de sa couvrure, la qualité de ses maroquins, l'élégance et le fini de ses dorures, sans qu'on sache seulement s'il était relieur et doreur, s'iln'étaitque l'un ou l'autre.
Quels sont les volumes portant son nom, sa marque ou un indice quelconque assurant à coup sûr qu'il les avait reliés ou dorés? On n'en connaît pas un seul! Et cependant l'admiration pour ses oeuvres est toujours non moins intarissable qu'unanime.
Duseuil, il faut en convenir, eut trop de réputation pour n'avoir pas été réellement un relieur de talent, mais on doit s'en tenir là. Quant à décrire sa manière, expliquer ses qualités d'exécution, comme les amateurs de son temps pouvaient le faire en connaissance de cause, voilà ce qui est absolument refusé à l'historien, n'ayant aucun volume à citer comme une œuvre authentique véritablement sortie de ses mains. On n'aura de certitude à cet égard qu'au moyen de reliures justifiées comme son œuvre par des comptes émanant de sources incontestables, à moins que ce ne soit par
1. Voy. Vie de Ch.-H. comte de Hoym, par le baron Pichon, T. 1, p. 268 et suivantes.
DUSEUIL.
des volumes aux armes de Loménie décrits au catalogue de 1724 sous son nom. Le connaisseur initié sur son genre de travail par des spécimens non douteux, reconnaîtra ensuite dans les livres aux armes de la duchesse de Berry, d'Hoym et de Rotbelin, qui employèrent plusieurs relieurs, ceux dont la façon pourra lui être attribuée.
-Nous ne connaissons jusqu'à présent qu'un mémoire de Duseuil pouides reliures fournies au Roi, que M. Deschamps a publié dans le premier volume des Miscellanées de M. Rouveyre. Malheureusement il s'agit de volumes in-folio et in-4'' appartenant à des collections telles que celles des Ordonnances, des Mémoires de r Académie, des Catalogues de la Bibliothèque royale, etc., etc.
Ils sont aujourd'hui mêlés à d'autres volumes de ces mêmes collections reliés pareils par divers relieurs et par conséquent impossibles à reconnaître ^ Il faut donc attendre la découverte de comptes plus spéciaux, où les volumes y figurant seraient désignés soit par les armes du propriétaire ou par tout autre signe non douteux; car, ce qui est bien certain, c'est qu'on n'a pas encore trouvé un volume signé de lui ou portant une étiquette à son nom.
Il ne nous reste plus qu'une remarque à faire concernant la biographie de notre relieur: c'est qu'il ne fut pas élu Garde de sa communauté, malgré sa grande réputation et sa qualité de relieur du Roi. Il n'assistait pas aux assemblées, et son nom ne se voit jamais, à côté de
1. Les volumes en maroquin, in-fol. avec armes et filets sont cotés 30 liv., mais réduits par Anisson Dupcrron à 25 liv. ; les iu-4« marqui'-s II liv. nimenésà 10 liv., et, le croirait-on? 24 vol. iii-ls portés 3 liv. réglés à 2 liv. 1,12 Pliidre et 12 Horacf.)
ceux de ses confrères, au bas des délibérations prises dans ces réunions. C'est évidemment qu'il n'aimait pas les honneurs.
Augustin Duseuil mourut en février 1746, et ce fut Pierre Anguerrand qui lui succéda à la cour par brevet du 27 février.
Il nous est impossible de terminer notre article sans relever une erreur qui, répétée chaque jour dans tous les catalogues, finit par devenir irritante. Il s'agit de cet encadrement intérieur, avec fleurons d'angles en dehors, dit à la Duseuil. Cet ornement se faisait très souvent dès le XVI'' siècle. A partir de 1620 environ on le reproduisait beaucoup plus encore, mais avec quelques changements ; les filets de l'encadrement étaient toujours à trois filets :
deux rapprochés, le troisième un peu espacé, et se croisant aux angles les uns sur les autres. (Voy. pi. XVI.) Le fleuron d'angle, au lieu d"être dans le style des Aide comme au siècle précédent était généralement poussé aux petits fers fins ou au pointillé, et quelquefois remplacé par un motif héraldique, une fleur de lys par exemple, ou un monogramme.
On ne cessa de l'employer jusqu'à la fin du xvn* siècle, juste à l'époque où Duseuil s'établit. La période pendant laquelle il s'en fit le plus va de 1630 à 1680, ainsi qu'il est facile de le reconnaître par la couleur de l'or dont on usait alors, qui était, comme on sait, de l'or vert. Si, ce qui est encore possible, Duseuil se servit quelquefois de cet ornement, on ne voit pas pourquoi on lui donnerait son nom, puisqu'on le pratiquait très couramment fort longtemps avant sa naissance. Ne serait-il pas préférable d'abandonner cet anachronisme par trop routinier.