‹ Les relieurs françaisChapitre 86 sur 171 · DU VAL. — EVE · texte numérisé non relu

DU VAL. — EVE

et de désigner les reliures ainsi décorées en les disant simplement à encadrement intérieur avec fleurons cVangles? La description, plus longue il est vrai, aurait au moins le mérite d'être de la plus rigoureuse exactitude !

DU VAL (Thibaut), reçu avant

— (Jean I"), reçu de 1608 à

— (Jean II), reçu maître 29 juillet 1621 ; meurt en 1648.

— (Jean III), gendre de Guillaume Pelé, fut maître en 1644.

— (Laurent), reçu 1o mai 16b9 :

nous supposons que c'est lui qui sous le nom de Duval est qualifié libraire-doreur dans un mémoire de 1661.

il y eut dans la Communauté' d'autres Duval dont nous n'avons pas connu les professions.

DUVERGER (P.-A.), reçu en 1722. Sa veuve demeurait rue Richelieu en 1759, et rue des Amandiers de 1770 à 1776.

EMERY (Antoine), apprenlif de Pierre Vinay en 1641, reçu maître en 1651 comme gendre de Carré, relieur.

ESCHARD (André), exerçait la reliure en 1590. Rolet Boutonné, fondeur de caractères, avait épousé la fille d'André, Marie Eschard, qui mourut en 1632 eteutsonépitapheà Saint-Hilaire. ( Voy. La Caille, p. 232).

— (Claude 1'=''), fils d'André, reçu le 14 octobre 1627.

— (Sébastien I"), 2« lils d'An-

dré, reçu le 24 février 1028. Il était doreur et fut maître d'apprentissage de Simon Deslouviers.

ESCHARD (Sébastien II), flls de Sébastien P%reçu le o avril 10.)7, en même temps que son frère :

— (Claude II).

— (François), 3'^ fils de Sébastien I""", reçu le 20 août lO'i.'i.

Ces trois derniers Eschard furent certainement doreurs, comme leur père.

— (Jean), reçu maître en 1717.

ESNAULT (Jacques), liltraire, relieur de livres, fut expert en cette qualité dans l'inventaire fait, le 16 novembre 1557, après le décès de Jean Lecharon, marchand papetier.

EUDES. Voy. Heudes.

EUSSIENNE (Gilles), qualifié relieur aux ouvertures de boutique de 1610.

EUSTACHE (Guillaume), était établi, d'après Lottin, dès 1493. Il prenait le titre en 1514, sinon avant, de « libraire du Roy et relieur iuré de l'Université de Paris ». Il exerçait encore en 1333.

EVE. Il est vraiment impossible d'éto.blir la moindre concordance entre les dires de La Caille et de Lottin concernant la famille Eve :

leurs affirmations se contredisent, et ne s'accordent pas davantage avec les renseignements authentiques que nous avons pu nous procurer.

Nicolas Eve, qui, au dire de La Caille, eut plusieurs enfants de Jeanne Guereau, avait aussi, d'après le même auteur, un frère du nom de Clovis qui épousa Perrelte Brumen, fille de libraire, exerça en

Evi:

même temps que lui et fut relieur de Henri IV. Lottin, de son côté, cite comme travaillant sous Henri IV et Louis XIII deux Clovis Eve, l'un frère et l'autre Ois de Nicolas. La vérité est que nos recherches ne nous ont donné qu'un seul Clovis Eve, qui pratiqua la reliure de io9o environ à 163.3 et un second .Nicolas Eve, celui-ci inconnu de La Caille et Lottin. Nous n'aurons donc recours, pour la rédaction des notes qui vont suivre, qu'à nos seuls documents, quoique malheureusement ils soient encore bien insuffisants.

EVE (Nicolas l'^''), demeurait en 1578 au Clos Bruneau, rue Chartière, à l'enseigne d'Adam et Eve. Il ne fut pas imprimeur, ni l'associé non plus de Pierre Mettayer pour l'exercice de cette profession, comme La Caille l'a cru, en le confondant avec Clovis; mais il édita plusieurs ouvrages ' sur les titres desquels il se disait communément : Libraire de l'Université de Paris et Relieur du Roy. C'est en cette dernière qualité qu'il fut chargé de couvrir pour Henri III un certain nombre d'exemplaires du Livre des Statuts et Ordonnances de l'ordre du Saint- Esprit, paru à la fin de 1578 dans le formai in-i. L'un de ces exemplaires figure, sous le n° 426, parmi les reliures exposées à la Bibliothèque nationale, et son origine est attestée par l'extrait d'un compte de la maison du Roi que M.Thierry a reproduit dans le catalogue de cette exposition, où nous le copions textuellement :

.■\ Nicolas Eve, laveur et relieur des livres et libraire du Roy, 17 cscus et dcmy pour avoir lavé, doré et réglé sur tranche 12 livres

1. Hiitrc autres: Le Traitti: des Mésaventures (/e^ pers'onnagps signalez, traduit du latin de Boccace par Claude Vitart. 1578, ia-8.

des Statuts et Ordonnances de l'ordre, reliez et couverts de maroquin orenge du Levant, enrichis d'un costé des armoiries de Sa Majesté pleines dorées, de l'autre de France et de Pologne, et aux quatre coins des chitfres, et le reste, de flammes, avec leurs fermoirs de ruban oronge et bleu, suivant l'ordonnance de M. le chancelier du 26 et quittance du 27 décembre 1579, cy XL Vil escus et demi.

(Bibl. nat., Ms. Clairambault, 1231, fol. 91 et 108.)

C'est la seule reliure connue jus qu'à ce jour qui soit bien l'œuvre de Nicolas Eve. Comme on le voit, il s'agit ici d'un simple semis de fleurs de lis alternant avec des flammes, plus quatre fois l'emblème du Saint-Esprit, et les chiffres couronnés et entrelacés de Henri III et de Louise de Lorraine aux quatre coins. Sur l'un des plats, ainsi qu'il est expliqué dans le compte, se trouvent les armes de France et sur l'autre les mêmes armes accolées à celles de Pologne.

Cette ornementation ne se rapporte en rien à celle des célèbres reliures à entrelacs avec feuillages, fleurons variés et spirales fleuries, dont, sans l'ombre d'une preuve quelconque et fort arbitrairement par conséquent, on a attribué la paternité à Nicolas Eve. Son titre seul de relieur du Hoi et l'ignorance dans laquelle on se trouvait à l'égard des noms des artistes qui exerçaient à cette époque sont les raisons, croyons-nous, qui l'ont fait bénéficier du mérite d'avoir créé un style dans lequel il n'exécuta peut-être jamais la moindre reliure.

Les Desfossés, les Gilles, les Hilaire et les Jean Le Bouc, les Musnier, les Clopejau, les Giffart, les Gueflier, les Dumay et tant d'autres, dont la liste serait trop longue à donner ici, avaient une notoriété au moins égale à celle de Nicolas Eve ; et comme il n'est pas absolument in-

EVE

dispensable, pour désigner un style, dont l'invention d'ailleurs pourrait bien avoir été collective, de le baptiser d'un nom propre, attendons du moins, pour le faire à coup sûr, la découverte d'une preuve authentique.

EVE (Clovis) .Si nous sommes dans l'incertitude à l'égard de sa parenté avec les deux Nicolas Eve, et si nous ignorons la date de son entrée dans la corporation, nous savons par un volume : le Thrésor des Prières, Oraisons et Instructions Chresiiennes pour invoquer Dieu en tout temps, etc., paru en 1596 et portant sa rubrique, soit : A Paris, pour Clovis Eve, relieur ordinaire du Roy au Mont Saiîit-Hylaire, qu'il exerçait déjà sa profession à cette date. Le premier re^'istre de VEtat des officiers de la maison du Roy que nous ayons pu consulte)- est celui de lo98, et il s'y trouve désigné « parmy les gens de mestier ;>, comme relieur du Roi; mais, on vient de le voir, il en avait le titre depuis quelques années déjà. La même qualité lui est donnée dans ces Etats annuels jusqu'en 1633.

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Clovis remplit les fonctions de maître, c'est-à-dire d'administrateur de la Confrérie, de 1602 à 1604, et fut un des membres les plus assidus aux assemblées de la corporation, signant très souvent les délibérations ou les réceptions des nouveaux maîtres. L'uniformité constante de cette signature et

l'absence pendant plus de trente ans sur les registres de ces mêmes nom et prénom, écrits par une autre main, nous ont semblé des indices suffisants pour croire, qu'il s'agisse d'un frère ou d'un fils de Nicolas I'''", qu'il n'y eut à cette époque qu'un seul et même individu pouvant signer Clovis Eve.

Comme éditeur, il publia les tragédies deCh. Bauter, dit Mélitrlosse, sous le titre suivant : la Rodomontade, Mort de Roger, tragédies, et Amours de Catherine. De Méliglosse.

Paris, Clovis Eve, relieur ordinaire du Roy, 160o, in-8. Frontispice gravé par Léonard Gaultier. Mais il semble s'être adonné plus particulièrement à l'édition des livre religieux. Outre le Thrésor des Prières, cité plus haut, on connaît aussi Officium beatse Mariœ Virg inis ad usum romanum. P. Mettayer et Clovis Eve, relieur ordinaire du Roy, 1608, et l'Office de la Semaine saincte scion le Rréiiaire et Missel réformé suivant le décret du concile de Trente, etc., qui parut en 1619 avec son adresse, rue .Saint-Jacques, au Lion d'argent.

De plus, nous savons qu'ayant obtenu avec Pierre Mettayer le renouvellement de privilèges pour des « Messels, Bréviaires, Diurnaux et autres livres coiicernans l'usage du Concil », ils se virent poursuivis devant le Conseil d'Etat du Roi par le syndic et les gardes des libraires, auxquels s'étaient joints le clergé et l'Université. Un arrêt du Conseil du 23 décembre 1611, s'appuyant sur un arrêt précédent de 1003, leur défendit, ainsi qu'à tous libraires et imprimeurs, « de poursuivre à l'avenir aucune prolongation ou nouveaux privilèges d'imprimer lesdits Messels, Bréviaires, etc. »

EVE

Pierre Mettayer, qui fut ici l'associé de Clovis Eve, sinon même son simple imprimeur, put d'autant moins avoir été l'associé de Nicolas 1*='", ainsi que le croyait La Caille, qu'il fut reçu maître imprimeur seulement en 1602.

iNoiis avons encore trouvé, dans les comptes de la maison de (iaston d'Orléans, la mention suivante d'une fourniture de livres religieux qui fut faite à ce prince par Cluvis Eve, avec le détail de la reliure qui couvrait au moins l'un de ces livres :

A Clovis Evo, libraire ordinaire du Roy, la somme de trente-trois livres pour avoir par luj' fourni un Missel et des Heures reliées (sic) de maroquin de Levant incarnat semées (sic) de fleurs de lis pour servir à la chapelle de raondit seigneur, laquelle somme luy a estée pavëe par sa quittance du XVII juin 1628. C.v XXXIII liv.

(Bibl. Arsenal, Ms. 4209.)

Si l'exemplaire de VOffice de la Semaine saincte de 1619 que possède M. Gruel est bien une reliure de Clovis Eve, ainsi qu'il a raison de le croire, puisque son ornementation faite d'un semis d'L couronnés indique sans contestation possible un exemplaire destiné à la cour, n'est-il pas juste de remarquer que ces trois volumes : les Statuts de l'ordre du Saint-Esprit, les Offices de 1619 et les Heures de Gaston d'Orléans, c'est-à-dire les seules reliures authentiquement reconnues comme sortant de chez les Eve, aussi bien de chez Nicolas P' que de chez Clovis, étaient de simples semis? La conséquence de cette particularité ne va pas jusqu'à dire qu'il faille en conclure que les Eve ne produisirent jamais que des reliures à semis, que c'était là une sorte de spécialité dans la famille; mais, franchement, ne serait-on pas autorisé à émettre semblable proposi-

tion, plutôt qu'à s'obstiner, sans le moindre fondement, à vouloir appeler ces riches ornements à entrelacs, feuillages et spirales fleuries dont nous avons parlé (c le style des Eve 1 » ?

Le seul apprentif qui, à notre connaissance, ait appris son état chez Clovis Eve, était sans doute un filleul à lui, du nom de Clovis Cottard.

Clovis Eve mourut fin de 16.34 ou commencement de 16.3a. Ses obsèques, célébrées par la Confrérie de Saint-Jean-Porte-Latine, coûtèrent 40 livres. Ce fut Macé Ruette qui lui succéda comme relieur du roi, si toutefois le registre de la Cour des aides de 163.^ est plus exact que celui de 1633. En effet, lorsque nous publiâmes, il y a quelques années, le résultat de nos recherches sur les relieurs du Roi, nous avions cru pouvoir dire, d'après ce registre, que Clovis Eve avait à sa mort, comme survivancier de sa place, un fils du nom de Robert, tandis que l'écrivain, par une simple erreur de ligne, avait donné à notre relieur une paternité qui appartenait à Pierre Ballard -.

Nous rectifierons aussi une autre erreur de ces mêmes registres d'après laquelle le relieur du roi, en lo98, se serait appelé Louis Duc, alors qu'il s'agissait bel et bien de Clovis Eve, ainsi que nous l'avons établi plus haut. Jal s'y était trompé comme nous, et nommait même ce

1. Il est vrai qu'on les qualifie parfois de style à la Fanfare, mais la raison sur laquelle on s'appuie pour le faire est le comble do l'anachronisme et ne saurait vraiment se discuter un instant. (V. la note p. 1 14.)

2. Le registre porte: <■ Pierre Ballard, Clovis Eve, relieur et Robert sou fils cnSsiirvivance ". tandis qu'il devrait y avoir : .. Pierre Hal!:irdct Roljort son fils en survivance. Clovis Eve, relieur. »

EVE

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