GASSE. — GAUFFECOURT
GASSE (Anthoine), libraire-relieur en 1624. Il y eut beaucoup de libraires de ce nom au xvii'= siècle et plusieurs de ceux-ci durent exercer la reliure ; mais nous n'avons trouvé de preuves à cet égard que pour Anthoine.
GAUDREAU (Etienne), apprenti d'Adrien Dumas, reçu maître le 29 octobre 1649.
— (Pierre I"), reçu maître en i691, demeurait rue des Sepl- Voies; fut Garde de juillet 1706 à juillet 1708. Il mourut avant 171 ii.
— (Pierre II), reçu le 9 septembre 1706, élu Garde pour l'exercice de décembre 1730 à juin 1733.
— (Jean-Baptiste), reçu en 1713
ou 1714. était mort eu 17.S7.
— (Nicolas), reçu en 1721, remplitles fonclioasdeGarde demai 1741 à mai 1743. Administrateur de la Confrérie de la Vierge* de Saint- Hilaire en 172o, et marguillier de cette paroisse eu 1742, il mourut vers 17o0.
— (Pierre-Nicolas), reçu maître le ii février 1743, demeurait rue Ghartiére. Xoraraé Garde en 1766 et député en 1777, il avait été aussi administrateur de la Confrérie du Saint-Sacrement de Saint-Hilaire en 1750 et marguillier de cette paroisse en 1739. Il vivait encore en 1790.
— (Louis I'^"'), reçu le 13 novembre 1747, demeurait rue du Mont-Saint-Hilaire. Il ne paya pas le droit de réunion et vint habiter la rue de la Harpe en 1779.
— (François), reçu le 26 avril 17o6, demeurait rue des Sept-Voies près Sainte-Geneviève, fut élu Garde le 10 mai 1773, et paya le droit de réunion en 1776. L'Almanach Dauphin
de 1772 le nomme relieur ordinaire de M™"^ la Dauphine, et après la mort de Louis XV il s'intitula relieur de la Reine. On trouve des étiquettes de lui gravées en taille-douce dans lesquelles il se dit relieur de la Reine, de Madame et de M>"« la comtesse d'Artois. Il poussait aussi en or son nom et son titre dans la bordure intérieure de ses reliures, ou au dos et en queue. J'ai deux Livres d'église en maroquin rouge qui sont signés de cette dernière manière : ce sont de bonnes reliures courantes. François quitta la rue des Sept-Voies et vint demeurer rue de la Sorbonne, la troisième porte à droite en entrant par la rue des Mathurins.
GAUDREAU (Louis II), reçu le 22 septembre 1772, paya le droit de réunion en 1776 et demeurait rue Chartière. 11 fut administrateur de la Confrérie de la Vierge à Saint-Hilaire en 177o.
L'Almanach du Commerce de 1798 à 1803 indique deux Gaudreau sans prénoms, qui demeuraient, le premier, rue Chartière, et le second, rue de la Harpe. Un seul des deux est nommé comme habitant rue Saint- Jacques en 1821 et 1832.
GAUFFECOURT (Jean- Vincent Capronnier de'). Son père, Pietre-
1. Nous devons à M. Dufour, conservateur en chef de la Bibliothèque et des Archives de Genève, et à M. Claudin, libraire à Paris, des renseignements curieux sur notre personnage. Tous les deux ont eu l'amabilité de joindre à leurs informations personnelles deux coramunications très intéressantes que nous n'aurions pas connues sans eux : le premier nous a prêté quelques numéros de VAlIiance Libérale de Genève renfermant des documents récemment découverts par M. Eugène Ritter, et le second nous a mis à même de consulter une des curiosités de sa bibliothèque, un travail inédit de Gabriel Feignot sur notre amateur relieur et imprimeur. Nous leur offrons ici nos remerciement?; les plus sincères.
Peint par Nonnotte peintre du Roi
Gravé par DauUé, graveur du Roi. 17
Lxtus in prxsens ani7mts quod ultra est Oderit curare, et amare lento Temperet risu. . .
Hor. ad Grosphum. Carm. XVI
PORTRAIT DE J. V. CAPRONNIER DE GADFFECOURT
Exposé au Salon de 1753.
GAUFFECOUUT.
Vincent, né à Tours, s'établit à Paris, où il exerça la profession d'horloger. On ne sait d'où lui venait ce nom de Gauffecourt, qu'il ajoutait à celui de Capronnier '. Devenu, croit-on, secrétaire des commandements de la duchesse de Longueville, il mourut au commencement de 1749. Sa fille eut en partage, à sa succession, une maison sise à Paris, rue des Fossés, près Saint-Germain l'Auxerrois, évaluée vingt-quatre mille livres, mais nous ignorons quelle fut la part de son fils.
D'après une note trouvée par M. E. Ritter dans les papiers de J.-J. Rousseau conservés à la Bibliothèque de Neuchâtel, Jean-Vincent de Gauffecourt naquit à Paris le 19 novembre 1692. Son père lui fit apprendre l'état d'horloger, et c'est dans le but de se perfectionner dans cette profession qu'il partit pour la Suisse. Soit qu'il connût déjà le Résident de France, M. de la Clôsure, qui l'aurait même, dit-on, emmené avec lui, soit que leurs relations iraient commencé qu'à Genève, il est de fait que Gauffecourt, très bien accueilli chez le résident, y eut bientôt la table et le logement. Il ne tarda pas à quitter l'horlogerie pour devenir secrétaire de M. de la Clôsure, puis finalement obtint la charge de fournisseur général des sels pour toute la Suisse. L'exercice
1. Dans un acte notarié, passé à Genève, au sujet de son héritage, on lui donnait ces deux noms, de même qu'à son fils et à sa fille, qui signèrent tous les deux, en orthographiant CApco/wier, comme nous l'écrivons ici. (Acte cité par M. Eug. Ritter.)
Un GauflFecourt figure au xviie siècle dans ce couplet d'une chanson de "\'oiture :
Votre valet comme j'enteus Passe les plus beaux de ce teras
Laudrirette Monsieur de Gauffecourt l'a dit
Landriry.
de cette charge lui permit d'amasser une assez jolie fortune, évaluée, y compris son patrimoine qu'il avait placé en viager, de quinze à vingt mille livres de rentes.
Très répandu à Genève, Gauffecourt y jouissait de l'estime générale. « 11 s'intéressait au sort de la République; il connaissait les citoyens; il les aimait, il était aimé d'eux. '> (Bérexger, Histoire de Genève.) Aussi, quand, en 1737, M. de Lautrec fut envoyé en Suisse comme ambassadeur extraordinaire pour exercer conjointement avec les députés de Zurich et de Berne les fonctions de Médiateur entre l'aristocratie et la bourgeoisie, le cardinal de Fleury, sachant les services que Gauffecourt pouvait rendre en ce moment, le fit repartir pour Genève, quoiqu'il ne fût à Paris que depuis quelques heures. Celuici rejoignit M. de Lautrec, l'accompagna jusqu'à Lyon, et le Médiateur, <' parti de Paris avec l'intention de mettre les rebelles à la raison, changea entièrement de manière de voir sous l'influence de son compagnon de voyage ». L'opinion du résident fut certainement prise en considération, mais M. de Lautrec subit surtout les insinuations de Gauffecourt « par les yeux duquel il aurait beaucoup vu ». {Journal de Jean Cramer.)
Gauffecourt, qui, s'il ne fut pas le secrétaire de M. de Lautrec pendant les négociations, en remplit au moins les fonctions, espérait réussir à se faire nommer Résident de France, et succéder à M. de la Clôsure, désireux de se reposer après quarante ans de service; mais la place fut donnée, en 1739, à Lévesque de Champeaux.
Est-ce alors, comme il est vrai-
GAUFFECOURT
semblable, qu'il se décida à se retirer pour jouir tranquillement de sa fortune"? Nous ne savons au juste, quoi(iu'il soit certain que c'est au moins peu de temps après qu'il loua près de Genève une petite maison de campagne appelée Monbrillant où, pour utiliser ses loisirs, il se fit imprimeur-amateur.
Bien avant YÉmile de Rousseau, il était du meilleur ton parmi les gens du monde de se livrer à des occupations manuelles, d'apprendre et aussi d'exercer un état quelconque par pur agrément. Loin de faire abnégation des avantages de la naissance et de la fortune, on se piquait de valoir par un autre côté, et on se plaisait à montrer qu'on était capable de s'occuper et de manier plus ou moins habilement tel ou tel outil. Sans sortir de la société dans laquelle vivait Gautlecourt, l'ami de M™« d'Épinay, Dupin de Francueil, grand-père de George Sand, excellent musicien , bon violoniste, ne faisait-il pas lui-même ses violons, et même, dit-on, avec une certaine habileté? D'après sa petite-fille, il aurait encore été horloger, architecte, tourneur, peintre, serrurier, cuisinier, décorateur, poète, compositeur de musique, menuisier et brodeur de talent. C'est beaucoup!
Gauffecourt, se divisant infiniment moi ns, fi tvenii les caractères pour son imprimerie de Paris,etle premier livre qu'il composa et qui sortit de sa pi'esse fut un écrit de Lévesque de Pouilly, frère de Lévesque deChampeaux. Si, comme on l'a cru, l'amateur-imprimeur était parent des Lévesque, ce ne pouvait être en tout cas qu'à un d'ogre assez éloigné ; mais que ce soit celle considération qui fixa le choix de l'œuvre à imprimer, ou que cette préférence fut due à l'instigation du
Résident de France à Genève, c'est évidemment que l'ex- postulant à cette place n'avait pas gardé rancune à son heureux compétiteur.
L'imprimerie de Monbrillant mit donc au jour ce fameux volume, dont l'apparition dut combler de joie l'amateur convaincu, qui le tira sans doute lui-même de la première à la dernière feuille :
Réflexions sur les sentiments agréables, et sur le plaisir attaché à la rertu. A Monbrillant, MDCCXLIIL Avec permission. (In-8" de vu et 88 pages.) i.
Gauffecourt dédia son édition à un ami qu'il ne nomme pas malheureusement, mais qui, insensible à ses flatteries et à sou invite, ixe confia rien à sa presse.
L Imprimeur à son Ami.
C'est vous rendre compte d'un temps que je passe éloigné de vous, à ma Campagne, ô
1. Saint-Hyacinthe avait publié cet opuscule dans une petite compilation intitulée : Recueil de divers écrits sur l'amour et l'amitié. Paris, Pissot, 1736. in-12. Après l'édition de Monbrillant, Lévesque de Pouilly, suivant les conseils de ses amis, en publia une troisième édition, revue et augmentée, à Genève, en 1747, sous le titre de Théorie des sentiments agréables, petit in-8 ; une quatrième édition parut à Paris en 1748, et une cinquième, revue une seconde fois par l'auteur, en 1749, avec une dédicace au Roi. Enfin une si.Kième édition, la dernière, augmentée de deux discours et de l'explication d'un monument trouvé à Reims, fut publiée à Paris en 1774, avec une préface par Vernet et un éloge de l'auteur par l'abbé de Saulx. Le frontispice et deux en-têtes de chapitre dessinés par de Sève pour l'édition de 1749 furent reproduits en 1774, mais gravés par J, Robert, tandis que c'était Fessard qui les avait gravés pour la précédente édition.
Le premier jet de cet opuscule avait été adressé à lord Bolingbroke, qui dit à Pouilly dans une de ses lettres qu'il n'avait vu que trois hommes lui ayant paru mériter qu'on leur confiât le soin de gouverner des nations. .. Je vous dirai donc hardiment que ces trois hommes sont vous, Pope et moi. » Voltaire disait de son côté que M. do Pouilly « raisonnait aussi profondément que Bayle et écrivait aussi éloquemment que Bossuet ». Tout en faisant la part de l'exagération de ces deux jugements, la Throrie des sentiments agréables était digne du succès qu'elle obtint.
GAUFFECOURT
mon digne Ami, que de vous pr(5senter cette nouvelle édition, qui est mon premier essai dans ce genre d'amusement. Ce tribut de mon amitié vous étoit dû plus qu'à personne. On dira, si l'on vous connoît, que c'est di^dier un bon Ouvrage de peinture à un grand Peintre, et des Vers à l'Ami des Muses; car, qui sçait mieux sentir, et qui connoit mieux que vous tout le prix du sentiment ?
C'est aussi une agacerie de ma part pour obtenir de vous des ouvrages que vous recelés, et que vous feriez bien de confier à ma Presse. Vous devez cette complaisance à vos Amis, et des modèles à nos Auteurs de profession. Fac et vioes.
L'édition de Monbrillant, faite à vingt et un exemplaires seulement, est une curiosité bibliographique, très recherchée par conséquent.
Gauffecourt, qui, malgré les intérêts qu'il avait en Suisse, venait souvent à Paris, y revint encore et y faisait même, une fois retiré des affaires, des séjours assez prolongés.
Il avait su se créer de très nombreuses relations et était accueilli partout avec la plus grande sympathie. Jean-Jacques Rousseau, avec lequel il se lia très intimement, a laissé de lui, dans ses Confession>i, un portrait des plus flatteurs, qui fait comprendre qu'il ait eu des succès dans le monde :
Il étoit impossible, dit-il, de le voir sans l'aimer, et de vivre avec lui sans s'y attacher tout à fait. Je n'ai vu do ma vie une physionomie plus ouverte, plus caressante, qui eût plus de sérénité, qui marquât plus de sentiment et d'esprit, qui inspirât plus de confiance... Le son de sa voix étoit net, plein, bien timbré, une belle voix de basse, étofi'ée et mordante, qui reniplissoit l'oreille et sonnoit au cœur. Il est impossible d'avoir une gaieté plus égale et plus douce, des grâces plus vraies et plus simples, des talents plus agréables et cultivés avec plus de goût... Ce qu'il y eut de plus honorable pour lui fut qu'ayant des liaisons dans tous les états, il fut partout chéri, recherché de tout le monde, sans jamais être envié ni ha'i de personne: et je crois qu'il est mort sans avoir eu do sa vie un seul ennemi. Heureux homme!
Mais, ne pouvant nous étendre dans cet article au delà de certaines
limites, le lecteur pourra recourii' aux Confe&sions de Rousseau, à la Correspondance de Grimm, à celle de Voltaire et aux Mémoires deM™<^ d'Épinay. Il y trouvera, pour peu que le personnage l'intéresse en dehors de sa qualité de relieur-amateur, des détails sur cette physionomie, assez curieuse, ma foi ! sur ce type bien de son siècle et très digne d'être étudié. Le pour et le contre se présenteront à lui indistinctement; ce dernier, par exemple, sous la forme de cette réflexion de l'aigre M"e d'Ette, qui l'adressait à son amant, le non moins aigre chevalier de Valois, à propos de ce qui se passait à la Chevrette, chez Mme d'Épinay : « Gauffecourt, disaitelle, ce basset sexagénaire, fait le doucereux auprès de l'indolente de Jully, qui le persifle... C'est un vrai basset. Je ne puis me faire à respecter un homme de son état qui joue la comédie et qui n'a que quatre pieds de haut ^ » Rousseau, lui aussi, aimait trop les confidences scabreuses pour se résoudre à tenir caché le revers de la jolie médaille qu'il avait frappée à l'honneur de son ami; il nous le montre, avec l'impudeur dans laquelle il se complaisait, tâchant de séduire sa Thérèse par des moyens répugnants et des manœuvres « plus dignes, dit-il, d'un bouc ou d'un satyre que d'un honnête homme ». [Confessions.)
En janvier 1757, le bon papa Gauffecourt, ainsi qu'on l'appelait familièrement, eut une attaque d'apoplexie qui mit ses jours en danger et dont la guérison fut longue.
M™e d'Épinay, Rousseau et ses amis l'entourèrent de soins ; mais à la
1. Quand on jouait la comédie à la Chevrette, Gauffecourt remplissait les rôles des pères pathétiques.
CAL'FFECOUIiT.
suite de celte violente secousse il semble s'être décidé à quitter Paris pour toujours. Ce n'est pas toutefois à Monhrillant qu'il se rendit, car il alla demeurer dans la même maison qu'habitait alors à Genève M"""" d'Épinay, rue du Grand-Mezel, au coin de la rue des Granges.
Son imprimerie aurait donc été retirée de Monbrillant et installée au rez-de-chaussée de cette maison, où, pendant une de ses absences, M™" d'Épinay fit imprimer, en 17o8, avec les caractères et sous la presse de son ami qui les lui avait confiés, deux opuscules dont on tira même une seconde édition en i7b9. Nous ne connaissons que ces derniers tirages, dont voici les titres : « Lettres à mon Fils. Faccundam faciebat amor. Ovid. A Genève. De mon imprimerie, nii'.t; — Mes Moments heureux. Sollicita jucunda oblime vita*.
Horat. A Genève. De mon imprimerie. 17o9. » M™'' d'Épinay imprima encore cette même année une série de lettres singulières d'un certain Gaudon, à la fois chanoine et marchand de vins; mais on ignore si le sermon des Cinquante de Voltaire, dont il est question dans ses lettres, sortit réellement de cette imprimerie de poche, comme il l'appelait si drôlement.
M"" Denis, écrivait \'oltaire à M"" d'Épinaj-, est un gros cochon qui prétend ne pouvoir écrire parce qu'il t'ait trop chaud; et moi, malgré mon apoplexie, j'écris comme Gautt'ecourt. Je brave les saisons et je boude mou philosophe, qui ne veut point de nous, qui n'aime que Genève, qui ne veut point venir avec nous parler de l'infâme! Je me ferai dévot, et les dévotes viendront me donner des laveniouts puisque ma philosophie et mon prophète m'abandonnent... Certain sermon salé est-il copié'?... Si Dieu vous a inspin-e, si vous .Tvez fait usage de votre imprimerie do poche, vous avez fait une action très méritoire : il faut extirper l'iufàmc du moins chez les honnêtes gens.
Enfin, vers 17G0,GaulTecourt quitta
la Suisse pour venir se fixer dans les environs de Lyon. Il y loua une maison de campagne appelée La Motte et se disposa à reprendre ses travaux d'imprimerie, en y joignant cette fois une étude approfondie de l'art de la reliure. Une note du Registre du Conseil de Genève, du 14 mars 17(31, parlant « de prendre des précautions au sujet d'une petite imprimerie qu'avait le sieur de Gaufîecourt et qu'on savait avoir été remise au sieur Duvillard », indique qu'à cette date le matériel d'imprimerie n'était pas encore à Lyon, mais qu'il ne devait pas tarder à y arriver. En attendant, le vieil apprentif relieur apprenait pratiquement et théoriquement la reliure sous la direction d'un des bons relieurs de Lyon, nommé Prudhomme.
Comme nous le verrons un peu plus loin, Gaufîecourt prétendait avoir rassemblé, depuis vingt-cinq ans, de quoi composer un traité de la reliure : la chose était possible; cependant il est certain aussi que jusqu'à ce moment il ne fit nullement acte de relieur, comme pratiquant s'entend, et que ses notes, si elles existaient réellement, durent lui sembler bien insuffisantes, puisqu'il crut devoir y joindre lapratiqueetqu'ilprit un maître àcetefïet.
11 n'eut pas la main heureuse dans le choix de son professeur, qui, au dire d'Adamoli, bibliophile lyonnais et son contemporain, « l'instruisit fort mal, lui cacha les procédés les plus faciles et les meilleurs de son métier, alors que l'élève ne se méfiait pas de ce fourbe qui le trompait. M. Molière, très hauile relieur et plus honnête homme, lui aurait découvert loyalement tous les secrets de sa profession. » {Voy.
Pri:dhomme, Molière et Be.xu.)
GAUFFECOURT
Quand GaufTecourt se crut assez instruit dans son nouveau métier, il écrivit son Manuel, en fit la composition de ses propres mains, le mit aussi lui-même sous presse, et finalement le Traité de la lielieure des Livres, sans nom de lieu ni date, tiré à vingt-cinq exemplaires seulement, parut à Lyon vers le mois d'avril 1763.
Au verso du titre se trouve, en italique, la dédicace suivante, avec un blanc en tête, destiné peut-être à recevoir les noms manuscrits des personnes auxquelles l'auteur se proposait d'offrir son œuvre, ou seulement les noms de Bruysset père et fils, libraires à Lyon, ainsi que Gabriel Peignot les a vus « en mauvaise écriture » sur un exemplaire ^ :
Il y a environ vingt-cinq ans. Messieurs, que j'avois rassemblé de quoi composer cette Brochure : Aujourd'hui je l'imprime pour faire usage de mon heureuse oisiveté. La vieillesse, comme l'enfance, a ses joujoux et en ont besoin. Vous vous êtes prêtés, Messieurs, avec bonté aux amusements d'un vieillard. Trouvez bon que je vous le dédie comme à mes Maîtres et à mes amis. Quand on ne peut être architecte, il faut du moins savoir porter l'oiseau^.
Adieu, vivons innocemment. Lseti in prsesens animi, et aimons-nous, s'il se peut, très long-tems.
Je suis avec un sincère attachement votre très humble et très obéissant serviteur.
DE GAUFFECOURT
D'après cette seconde épitre, digne pendant de la premit'n-e et mettant à part son goût déréglé pour les citations latines, nous voulons croire que l'amateur imprimeur et relieur n'avait aucune prétention littéraire !
Ce traité, malgré le dire de Dudin, n'a guère de valeur au point de vue pratique ; il est fort succinct, très insuffisant, et, quoiqu'il touche à