SŒURS FRANCISCAINES DE SAINTE-ELISABETH
Congrégation enseignante et contemplative, avec clôture. Maison unique a Paris, rue Turenne^ 60,
Au commencement du xvii^ siècle, TOrdre des Tertiaires réguliers prit une nouvelle vigueur en France, grâce à la Réforme connue sous le nom de Picpus, opérée par le P. Vincent Mussart.
Celui-ci réforma même les Sœurs franciscaines du Tiers- Ordre, qui comptaient dans le royaunie beaucoup de monastères. Les religieuses de Sainte-Elisabeth, appelées aussi Tiercelines, et fondées en 1604 par la Mère Françoise de Recy, de Besançon, à Salins, embrassèrent la Réforme en 1614.
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La Mère Claîte-Françoise, fille de la fondatrice, fut la première Supérieure du couvent de Paris, en 161 5. La reine Marie de Médicis, mère de Louis XIII, voulut assister à la clôture des religieuses, se déclarant dès lors leur fondatrice, conjointement avec le roi son fils.
La Mère passa douze années dans le monastère de Paris, placé, comme tous ceux du même Ordre, sous le vocable de Sainte-Elisabeth, et elle y mourut en odeur de sainteté le Jeudi Saint i®^ avril 1627 (i)*
Ce couvent, situé rue Saint-Louis, au Marais, fut Tun des établissements religieux les plus importants de Paris. Les Sœurs qui Thabitaient, au nombre d'environ quarante, sans compter les novices, furent toujours inviolablement soumises aux lois de l'Église et de l'institut. Aussi, lorsque la Révolution éclata, elles montrèrent un indomptable courage et un attachement héroïque à leur saint état. Elles firent auprès des autorités toutes les instances possibles pour ne point quitter leur monastère. Mais leurs démarches
I. Voici Tinscription de son tombeau : « Ci-gfît Mère en Dieu, Sr Claire Françoise de Recy, native de Besançon , de parents nobles et de la race de saint Bernard, mais plus illustre par ses propres vertus et mérites, car* elle fut en son vivant très dig^e relig-ieuse de notre S. P« S. François en son Tiers-Ordre de la Cong^régation de l'Etroite Observance, première mère et institutrice des moniales de ce royal monastère de Sainte-Elisabeth, à Paris, dudit Ordre et Congrég-ation et pareillement fondatrice et institu* trice avec feue sa mère, Marguerite Borrey, veuve, religieuse de très sainte mémoire, des religieuses des monastères de Verceil, Salins et Gray, puis après le décès de sa dite mère qui fut le 4 avril 1609, seule institutrice des premières religieuses de Dole, Lyon, Paris et Nancy, laquelle après avoir été 24 ans religieuse, 4 ans mère des novices, et 13 ans supérieure tant en ce couvent qu'en ceux de Salins et de Dole, d'où elle fut tirée par le T. R. P. Vincent de Paris, premier Père de l'Ordre, et lors Vicaire Général des Frères et Sœurs dudit Ordre et Congrégation, pour venir sous l'autorité et assistance de l'Ordre, instituer ce présent monastère. Enfin ayant atteint le comble de toutes les vertus par une très constante et invincible patience, consommée de travaux et de très grièves, longues et continuelles maladies, pleine de mérites, elle trépassa saintement en N.-S., le Jeudi Saint, i*' avril 1627, âgée de 39 ans ou environ... »
furent inutiles, et, sur un ordre formel du commissaire,. elles sortirent du couvent de Sainte-Elisabeth le 20 août 1793, ayant chacune pour tout moyen d'existence la somme de 30 francs. La plupart rentrèrent dans leurs familles. Six d'entre elles néanmoins se réunirent ensemble dans une même maison. Entreprise bien audacieuse : Robespierre vivait encore ! Elles furent dénoncées et condamnées à mort ; si elles ne montèrent pas sur l'échafaud, c'est que le tyran y porta lui-même sa tête en 1 794.
Cette première réunion était dans la tus Saint-Joseph, mais le nombre des religieuses augmentant toujours, elles durent s'établir dans la rue des Francs- Bourgeois, où elles furent assistées, pour les besoins spirituels et temporels, par le P. Guinain, religieux de Picpus. Ce fut dans celte maison qu'elles reprirent l'éducation des jeunes personnes. Cette vie de' l'enseignement n'avait élé adoptée par la communauté qu'une quarantaine d'années après sa fondation, sous la supériorité de la Mère Saint-Charles, baronne de Neuilly. Elles admirent aussi quelques externes des enfants du peuple ; cette mesure, qui est en dehors de leur Règle primitive, était nécessaire pour qu'elles fussent tolérées du gouvernement impérial.
L'année 1805 fut pour les religieuses de Sainte-Elisabeth une année de faveurs et de bénédictions. Elles purent louer l'hôtel d'Osier, situé rue Vieille -du -Temple, et dans cette demeure elles eurent le bonheur de quitter l'habit séculier qu'elles avaient gardé jusqu'alors, et de revêtir les saintes livrées de la religion; en même temps elles reprirent les principaux points des Constitutions qu'un travail assidu et les fatigues de l'enseignement pouvaient permettre.
De nouveaux sujets se présentèrent et renouvelèrent presque la communauté, qui se trouva en état d'acheter la maison qu'elle occupe actuellement dans la rue Turenne, au n" 60. C'est l'ancien hôtel des veneurs de Louis XIV, grand et spacieux et d'un très bel aspect. Après avoir franchi le grand portail et pénétré dans le parloir, on se croirait dans un monastère du xvii° siècle. Un beau jardin complète la demeure ; la chapelle pour le public ne con-
tient que quelques chaises ; mais le chœur des religieuses et des pensionnaires est assez vaste.
Les religieuses entrèrent dans cette maison le 12 octobre 1823, et la clôture fut -établie Tannée suivante par Mgr de Quélen, archevêque de Paris.
L'ancienne église de la communauté, avant la Révolution, fut rendue au culte au commencement de ce siècle : c'est aujourd'hui l'église paroissiale de Sainte-Elisabeth.
Le 8 janvier 1877, le monastère entra en possession d'un pieux trésor : les restes vénérés de la Mère Françoise de Besançon, fondatrice de la congrégation.
La Mère Marie de l'Ange Gardien, supérieure du couvent à cette époque, s'occupait depuis cinq ans, avec une ardeur incroyable, à rechercher des documents sur l'histoire de la congrégation. A mesure qu'elle admirait les héroïques vertus et la sainteté des premières religieuses et surtout de la Mère Françoise, un désir ardent s'élevait dans son cœur, celui de découvrir l'endroit où reposaient ses restes sacrés. Elle se trouvait dans ces pensées, lorsqu'elle apprit par une lettre du ciuré de Salins (Jura), qu'il avait l'insigne honneur de posséder ce trésor dans une partie retirée du clocher de l'église paroissiale, trésor légué, en 1839, au curé de cette paroisse, par la Sœur Marie- Ursule Bourgeois, qui l'avait emporté du monastère en 1792, lors des expulsions par les révolutionnaires.
Le R. P. Clausade, restaurateur en France des Tertiaires réguliers, de passage à Paris, fut député par les Sœurs de Sainte-Elisabeth auprès du curé de Salins, pour obtenir en leur faveur la cession des précieux restes. Ce qui se réalisa moyennant l'offrande d'un ornement complet pour son église paroissiale.
« Le R. P. Clausade, écrit une des religieuses, porta luimême le précieux fardeau de Salins à Paris, en chemin de fer, d'une manière qui nous parut tout à fait merveilleuse. Dire notre étonnement, notre joie et notre émotion, est chose impossible ; nous ne pouvions croire à tant de bonheur 1 Le Révérend Père passa par la grille du chœur le précieux coffre. Il fut reçu, avec un profond respect et une
sainte joie, par la Révérende Mère Supérieure et la Vénérable Mère Vicaire, qui le placèrent le plus honorablement possible, mais en silence, dans la chapelle intérieure, près de la statue de la très sainte Vierge. — Le R. P. Clausade, après nous avoir adressé quelques paroles, non sans émotion, sur la manière dont il avait pu obtenir ce précieux dépôt, offrit le saint sacrifice de la messe en actions de grâces, pendant que nous chantions le Magnificat y le Quïd rétribuant Domino ^ et le Laudate Dominum, — Depuis ce jour, la consolation remplit nos cœurs et leur inspire la douce espérance de voir un jour notre illustre Mère recevoir des hommages plus dignes de ses vertus. »
L'identité des ossements de la Mère Françoise fut constatée par le docteur Legros, en présence de M. Caron, vicaire général du diocèse de Paris et Supérieur de la communauté, de M. de Perretti, chanoine de la cathédrale, de l'aumônier et des Mères du conseil de la communauté.
Le coffre, en bois de noyer, mesure 75 centimètres de long sur 31 de haut et 25 de large, et porte cette inscription : « Ici sont les ossements de la Révérende Mère Françoise de Besançon, première religieuse de la Réforme de Sainte-Elisabeth, fondatrice de ce monastère et autres de la congrégation de France, laquelle, après avoir vécu saintement en rOrdre, quatre ans, huit jours, décéda le 4 avril 1609, et fut ensevelie dans le cloître et tirée avec permission de notre T. R. Père Provincial, le 5 avril 1686, par le R. P. Antoine de Lisle, directeur de Salins (i). »
L*esprit du monastère de Sainte-Elisabeth de Paris est vraiment Tesprit de saint François. Là se forment et se développent des vertus dignes des grands exemples donnés par celle qui y sert toujours de modèle. On y mène une vie retirée et pauvre, le silence est presque continuel. Les
I. Voir Revue Franciscaine y mars 1877, et Vie de Marguerite Borrey, veuve de noble Claude de Recy, en religion Françoise de Besançon f fondatrice du Tiers-Ordre réformé de Saint- François dit de la Stricte Observance, par M. l'abbé Dallojr, curé de Notre-Dame, à Salins. — Besançon, imprimerie Dodivers et Cie, 87, Grande-Rue, 1881, un vol. in-8, 114 pages.
c quatre jours par semaine, et observent deux carêmes dans le cours de l'année. Elles couchenl habillées sur une paillasse, se lèvent à minuit pour dire Matines, et récitent le grand office selon le rite roman o-séraphique.
Le monastère de Sainte- Elisabeth est, suivant les lois, soumis à l'Ordinaire, l'archevêque de Paris. C'est lui, par un délégué qui est le dépositaire des vœux des religieuses, qui nomme les confesseurs et les aumôniers, qui confirme et munit d'obédience la Supérieure élue pour trois ans, ainsi que le discrétoire élu par la communauté et qui doit former son conseil.
Les religieuses portent un costume noir : robe, voile, corde, de couleur noire ; la guimpe est blanche. Elles sont au nombre d'environ quarante.
Le pensionnat se compose d'une centaine d'élèves, pensionnaires ou demi-pensionnaires.
La maison de Paris a fondé une autre communauté à Monsoult, dans le diocèse de Versailles, maïs elle est indépendante. Il y a une quinzaine de religieuses et une vingtaine d'élèves pensionnaires.
11 existe encore à Lyon une communauté de Franciscaines de Saînle-Etisabeth qui suivent aussi la même Règle, mais dont les Constitutions différent un peu de celles de Paris. Les religieuses ont entre elles de fréquents rapports spirituels.
Nous parlerons plus loin de ce monastère.