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t8o LES RELIGIEUSES FRANCISCAINES

g chapelle de son pèlerinage; c'est, pour les habitants de

Perrou la construction d'une belle église, d'un presbytère, d'une maison d'école; c'est l'érection de Perrou en paroisse, par décret impérial du 4 juin 1853 » ^'^st la fondation d'une congrégation de Franciscaines, d'un hospice, d'un orphelinat, etc. : en un mot, c'est la réunion, en moins de trente ans, de sommes suffisantes pour changer un désert en une délicieuse oasis, un pauvre village en un vaste ]^ refuge ouvert à toutes les misères. Celui qui a mené à

h bonne fin toutes ces œuvres commença par demander sim-

J' plement 100.000 francs à Sa Grandeur l'évêque de Séez.

€ Mettez-vous à genoux, l'abbé, répondit Monseigneur, je vais vous donner ma bénédiction, et Notre-Dame de Perrou ^ fera le reste. >

La bonne Vierge suscita, en effet, de pieux donateurs et de généreuses bienfaitrices. La première qui ouvrit la liste fut une pauvre fille de Saint -Bomer- les -Forges, f nommée Virginie Bulot. Entrée chez les Sœurs de charité

V de Caen, elle dut quitter le couvent, à cause de sa mau-

' vaise santé. Dieu lui inspira alors la pensée d'ouvrir une

école à Perrou. Pendant dix-huit ans, cette pieuse personne remplit avec un grand zèle les modestes fonctions d'institutrice des petits, des pauvres et des ignorants, et un jour elle vint déposer aux pieds du chapelain de Notre- Dame le fruit de ses économies, la somme de 5.000 francs qu'elle avait péniblement amassée. Cette fille généreuse se voua ensuite au service du curé de la paroisse, afin d'avoir un morceau de pain dans ses vieux jours !

Quand la chapelle du pèlerinage et l'église paroissiale furent édifiées, il fallut donner des servantes aux pauvres malades de Perrou et des communes environnantes. C'est alors que Notre-Dame de Pitié parla au séraphique Patriarche d'Assise. Celui-ci, vrai serviteur de la Reine du ciel, s'adressa à son tour aux filles de son Tiers-Ordre : € Allez chercher, leur dit- il, une paisible demeure dans la vallée Sainte-Marie, faites-y fleurir la vie monastique, soyez l'appui de l'orphelin et le bâton du vieillard, soulagez ceux qui souffrent, essuyez les larmes de ceux qui

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cette pensée qui, malgré lui, Tobsède jusqu*à la fin du saint sacrifice.

Après la messe, une personne vint lui demander s'il ne voudrait pas déjeuner avec une Sœur franciscaine de passage dans la ville. Il accepta ; mais malgré sa révélation, loin de demander cette religieuse pour sa fondation, il ne lui cacha pas qu'il allait à Argentan chercher Tautorisation définitive de Mgr Tévêque pour avoir des Sœurs du Cœur-Bleu. Cette fois, la réponse fut absolument négative. Le curé de Perron comprit alors la volonté du ciel, et il s'empressa de dire à Thumble fille de saint François : c Je ne voulais pas de vous, ma vénérable Mère ; maintenant je vous veux bien pour la fondation. Venez vous-même à Perron pour vous assurer si le local vous convient. Vous y trouverez une toute petite maison, un mobilier plus que modeste, quelques arpents de terre; c'est tout ce que je puis vous offrir. Si des commencements si humbles ne vous épouvantent pas,- vous disposerez votre Supérieure générale en ^otre faveur, et vous l'engagerez à accepter notre œuvre. >

La fondation ne fut faite qu'au bout d'un an, car le malin esprit, surnommé à bon droit le père du mensonge, dressa toutes ses batteries pour foudroyer l'œuvre naissante. II fut vaincu cependant et se retira honteusement du combat.

Mgr l'évêque de Séez fixa au 5 février 1868 la bénédiction de ce nouveau couvent et l'installation solennelle des premières religieuses. Depuis ce jour, les Sœurs fi"anciscaines n'ont cessé de s'occuper, avec un ^èle au-dessus de tout éloge, du soin des malades. Plusieurs d'entre elles ont même acquis un véritable talent pour panser les plaies.

Le 18 février 1868, Monseigneur donna à l'institut la première approbation canonique. Elle est conçue en ces termes :

c Nous, Charles-Frédéric Rousselet, par la miséricorde divine et l'autorité du Saint-Siège apostolique, évêque de

Séez :

€ Vu la demande qui nous a été faite par M. Lemoine, curé de Perron, d'autoriser, dans sa paroisse, l'établisse-

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ment d*une communauté du Tiers-Or(^re régulier de Saint- François, dont le but serait de secourir les malades; vu les règlements de la dite communauté qui nous ont été soumis par Mme la Supérieure; considérant que la paroisse de Perron et les paroisses des environs n'ont pas de Sœurs gardes-malades ou hospitalières, avons autorisé et autorisons, par ces présentes, la fondation d'une communauté du Tiers-Ordre régulier de Saint-François, dans la paroisse de Perron. »

Monseigneur voulut que la nouvelle maison eut un noviciat et fut indépendante.

Le Gouvernement reconnut à son tour la nouvelle communauté par le décret suivant :

€ Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, empereur des Français, à tous présent et à venir, salut :

€ Sur le rapport de notre Garde des sceaux, notre Conseil d'État entendu, avons décrété et décrétons ce qui suit :

€ Article premier. — L'Association des religieuses franciscaines existant de fait à Perron, section de la commune de Lucé (Orne), est autorisée comme congrégation hospitalière à Supérieure générale diocésaine exclusivement propre au diocèse de Séez, à la charge par les membres de cette Association de se conformer aux statuts approuvés par ordonnance royale du 3 janvier 1827, et par notre décret du 18 juillet 1868, pour la congrégation des Sœurs du divin Rédempteur à Niederbronn (Bas-Rhin), et que la dite Association a déclaré adopter.

« Art. 2. — Notre Garde des sceaux et notre Ministre secrétaire d'Etat sont chargés de l'exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des lois. Fait au palais des Tuileries, le 22 décembre 1869. » .

Quelques mois après la signature de ce décret, la néfaste guerre franco-allemande éclatait comme un coup de foudre. A la fin de l'année 1870, le monastère de Perron était environné de quarante mille soldats : une bataille était imminente dans la forêt d'Andaine. Les Sœurs préparent acdvement de la charpie, des bandages, du linge pour les

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I tout à coup, l'armée se retire et laisse une e soldats à demi-morts dans la neige épaisse a terre. Les religieuses donnent leurs soins à rtunés. D'autres, poursuivis de près par un fort, arrivent aussi au monastère, en grand mes et sans chaussures. Les filles de saint iennent encore les anges de la charité pour leureux enfants de la patrie. Us écoutent vo- )aseils des Sœurs, se confessent, communient l'ambulance monastique, heureux d'avoir re- [é de l'âme avec celle du corps. — Un jeune rou, M, Charles Débondé, aâreusement mu- :lat d'obus, est soigné et guéri par les Franelque temps après, il est nommé maire de la ■end des services signalés au couvent.

:tait terminée ; mais que de ruines amoncelées ; ! Qui dira le nombre d'enfants qui eurent à rt de leur père ? La communauté de Perron s sanglots, ouvrit un orphelinat et se dévoua

des pauvres petits garçons et des pauvres délaissés. Un grand nombre d'infirmes et de înt aussi légués au monastère. Ils apportaient on les richesses de la terre, du moins les bé-

Ciel.

le Ministre général de l'Ordre vint pour la i visiter les œuvres de Perron et encourager

sa nouvelle famille. > Si vous éprouvez une lation, dit-il aux Sœurs, de voir le représen- ! bien indigne, de notre séraphique Père saint i aussi, je suis content de vous connaître, et de Pitié aussi. C'est une joie pour moî de sas ce coin de terre, au milieu de la forêt, il y évouées à Notre-Seigneur, des Franciscaines t à le faire aimer, à soulager les malades et à luvres orphelins. Oui, je suis bien content Je crois et j'espère que vous avez toutes l'esin. Mais savez-vous bien, mes Filles, ce que prit îiranciscain ? — C'est essentiellement l'es-

prit du sacrifice. Oui, l'esprit de sacrifice, d* détachement, de mortificatioii, de charité, d( de cordialité... Eh bien! pénétrez-vous bien et TOUS serez vraiment les filles de notre sa François. ■ . Avant de partir, le Eévérendissime Père 1; latin la bénédiction suivante :

« En visitant le vénérable institut de Ni Pitié, mon cœur a été rempli d'une grande j' lement à cause des excellentes institutions ( dées, mais surtout parce que j'ai vu que l'esj Seigneur Jésus- Christ et desaint François y t en vigueur. C'est pourquoi je supplie, par les prières, le Dieu tout-puissant, qu'il daigne l'excellent fi^ndateur, le curé de Perron, et si ses plus amples bénédictiorks ; je prie aussi ei les pieux bienfaiteurs de tendre une main se( s qui commencent. ■

Comme on le pense bien, il a été nécessai; beaucoup et souvent à la charité des fidèles p les orphelinats et les refuges, et nourrir les Les religieuses se sont faites Sœurs quêteu; Le vénérable Père fondateur a parcouru lu rentes villes, Paris surtout, pour recueillir qu nés en faveur de ses établissements. Son zèh souvent couronné de succès. Parmi ses avec teur, nous allons en rapporter deux. On poi la première : La Dame blanche. On dirait fée:

« Un jour, — c'est M, l'abbé Lemoine i j'entraià Paris dans un hôtel d'apparence anti tenté de croire qu'il avait été bâti plusieurs Louis XIV. Dans la vaste salle d'attente, où un vieux domestique, il y avait de ces me qu'on estime tant aujourd'hui. Je fus longtï

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un peu amateur de vieilleries, je fis avec plaisir Tinventaire des vieux fauteuils, des vieux bahuts et des antiquités remarquables, qui étaient fort bien groupées dans cette salle. Je me serais cru dans un salon du moyen âge. Mais une porte s'ouvrit et fit cesser mes curieuses investigations. C'était la douairière de céans, Mme la comtesse deR... Vous avez vu quelquefois, cher lecteur, de ces portraits antiques où l'artiste a su peindre avec tant d'art ces belles figures de châtelaines aux traits pleins de dignité et de noblesse. La comtesse de R... était un de ces portraits vivants. Sa jeunesse était déjà loin, et je pense qu'elle comptait bien près de quatre-vingts printemps... N'importe ! cette dame était grande, droite, bien faite. Sa figure était osseuse, ses traits expressifs, et ses yeux n'avaient pas encore perdu toute la vivacité du jeune âge. Elle s'avance avec dignité et lenteur, ce qui me permet de vous donner tous ces détails. — En la voyant entrer, j'avais cru, mais à tort, que Mme la comtesse avait encore sa toilette du matin. Non, c'était une mise soignée et qui devait lui être habituelle.

€ Elle portait une longue robe blanche, attachée avec une ceinture de même couleur. Sur sa poitrine brillait une croix d'or, suspendue à son cou par une chaîne de même métal. Arrivée près de moi, elle me fait un profond salut, sans dire une seule parole. Elle ne m'invite pas à m'asseoir, et écoute, debout, mon humble supplique. Quand j'eus cessé de parler, elle ouvrit un tiroir, me remit une pièce d'or, puis me fit un nouveau salut, aussi profond que le premier, sans même ouvrir la bouche, elle rentra majestueusement dans ses appartements. J'étais vraiment interdit, et je restai à ma place, les yeux fixés sur cette apparition qui se dissipait lentement. Ma surprise augmente encore, quand je vis flotter sur ses épaules une chevelure blanche comme la neige, tombant presque jusqu'aux pieds de cette comtesse originale. »

Une autre fois, M. le curé de Perron fut introduit chez une vieille dame que l'infortunée reine Marie-Antoinette avait tenue sur les fonts baptismaux. Il fut très bien ac-

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cueilli, on lui servit même un bon déjeuner. repas, Madame sortit ; puis, tout à coup, au bout d'heure, trois ou quatre portes s'ouvrirent en n sur un long corridor : des voix pures et fraîches les litanies de la sainte Vierge. Puis parut une i fille portant une bannière ; ensuite quatre autre! iants qui tenaient des oriflammes. La bonne livre à la main, fermait la procession. La port en faisant le tour de la table où éuit assis M déposa, en passant, un louis de 20 francs dî siette à dessert ; chacun des membres de la pn fit autant ; et les gendls enfants s'en retournère: tant un pieux cantique.

Voilà assurément une charmante façon de fair qu'on ne trouve pas souvent. Tout le monde sa combien la vie de quêteur est pénible, et com recueillir d'affronts avant d'avoir recueilli une 1

Les établissements de Perron, élevés aux fra reux bienfaiteurs, où les maisons ont été changé de petits hospices, abritent maintenant environ enfants et cent trente malades ou infirmes ; qi cinq rehgieuses habitent le monastère. On ne pendant dans le village proprement dit que deu habitants. En outre, huit autres fondations ont à La Ferrière-aux-Ètangs, à Fiers et à Bag. l'Orne ; à Villedieu et à Cherbourg, dans la Charlres, à Chinon et à RicAelieu, dans la Dans ces diverses maisons, il y a environ cen religieuses s'occupant des malades ou des or fondatrice, la Révérende Mère Elisabeth du S vit encore; mais le vénérable fondateur, M. moine, est mort le 20 février 1896, au milieu dt ses religieuses et des habitants du pays, qu' comme un père et le vénéraient comme un sa moine fut vraiment grand par le cœur, par 1; zèle et par les œuvres. Pour reconnaître k Mgr Trégaro l'avait nommé, dès la première ai épiscopai, chanoine honoraire de sa cathédi

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1886, rAcadémie française, répondant au vœu de M. le comte de Falloux, lui décernait le prix Montyon (i).

Sa mémoire et son œuvre survivront toujours à Perron.

Les Franciscaines de Notre-Dame de Pitié s'occupent tout spécialement des orphelins et des vieillards, mais elles visitent aussi les malades et reçoivent des dames pensionnaires. Elles vivent en communauté et récitent Toffice de la sainte Vierge en chœur. Elles jeûnent tous les vendredis et font abstinence les mercredis et samedis de Tannée. La ■dot demandée, à moins de dispense, est ordinairement de 5000 francs. *

Le vêtement des Sœurs est simple et pauvre, de couleur brune et d^étoffe grossière ; il consiste en deux tuniques, l'une pour la nuit et l'autre pour le jour, en un scapulaire et un manteau bruns, une guimpe et un bandeau blancs. Elles se ceignent d'une corde de laine blanche, à laquelle est attachée la couronne franciscaine, et portent, suspendue par un cordon rouge^ une croix de bois avec un christ en métal, et au doigt un anneau d'argent,

Les Sœurs Franciscaines de Deauyille (Calvados),

N<> 17 bis.

Cette communauté, fondée en 1877 par les Sœurs de Perron, est maintenant indépendante y par la volonté de Mgr l'évêque de Bayeux, mais reste toujours unie par le cœur à la maison d'origine. Voilà pourquoi nous la rattachons ici à la congrégation de Perron.

Il y a là un orphelinat fondé spécialement, mais non exclusivement, pour les orphelines de la marine : admission de trois à sept ans, sortie à vingt et un ans, 200 francs par an jusqu'à seize ans.

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