‹ Les Religieuses FranciscainesChapitre 39 sur 105 · I>ES ANGES · texte numérisé non relu

I>ES ANGES

Adoratrices et Missionnaires.

Maison-Généralice à Angers^

L Origine de l'institut. — II. Notre-Dame-sous-Terre. — III. But et accroissement de Tinstltut. — IV. Missions.

L'illustre évêque tertiaire que l'Église de France pleure encore, Mgr Freppel, avait fait son entrée solennelle dans sa ville épiscopale le 27 juillet 1870. Sa brillante renommée l'avait précédé dans le diocèse. Angers lui fit une réception triomphale ; une foule immense, accourue d€ tous les points de T Anjou, se pressait sur le parcours du cortège. Ce fut au milieu des acclamations les plus enthousiastes que le nouvel évêque parvint à la cathédrale, où il prononça une chaleureuse allocution au cours de laquelle il parla avec émotion et de l'Église et de la France. La guerre, en effet, venait d'être déclarée : il annonça qu'il allait le jour même prescrire des prières publiques pour le succès de nos armes.

Mais les nouvelles de nos désastres ne tardèrent pas à être connues, avec elles aussi les blessés arrivèrent en foule. Mgr Freppel convertit son séminaire en ambulance, tous les établisseitients religieux de la ville imitèrent cet exemple. Mais bientôt les défaites de Forbach, Reischoffen,

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Metz, Sedan se succédèrent avec une rapidité eÉfrayante, éclatant comme autant de coups de foudre. La France est envahie; l'ennemi s'avance à marches forcéi des bataillons de résistance se forment sur te pour repousser l'envahisseur.

Le grand évêque, qui a déjà tant fait pc fera encore davantage. Ce n'est pas assez q soit dans les ambulances à soigner les blessé au pays ses jeunes séminaristes : ceux qui ne ; les Ordres iront se battre, les autres se rei champs de bataille secourir les blessés.

Un jour, une dame, appartenant à l'une des familles de l'Anjou, vint trouver Mgr Freppi seigneur, lui dit-elle, si des pères meurent que deviendront les enfants? — Eh bien! pondit le prélat, nous fonderons l'oeuvre des la guerre, ce sera un nouveau joyau dans i charité. » Le 24 janvier 1871, l'évèque ad clergé une lettre-circulaire commençant par touchantes paroles :

« Parmi toutes les situations créées par n'en est pas de plus douloureuse que cell< frappées dans leur chef. Nos cceurs se brii deuil d'un père ou d'une mère auxquels une vient d'enlever en un clin d'oeil un fils do leur avait coûté vingt années de peines, de sacrifices. Nous mêlons nos larmes à celles 1 de la sœur atteintes par la mort du soldat, da tiens les plus chères et les plus intimes. Ma ne verra plus son père, tombé sur le champ 1 qui, seul désormais, sans guide ni soutien, si à l'âge même où sa faiblesse réclamerait le ph l'orphelin, en un mot, ah! qu'y a-l-il de f compassion sur la terre, et quelle infortun< comparée à la sienne ?

« 11 appartient à la religion de venir en aid malheurs, et d'adopter, comme une second que la mort a privés de leurs protecteurs as

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commencement de la guerre, j'ai dû me préoccuper du sort des enfants qu'elle laisserait dépourvus de toutes ressources, et j'ai le bonheur de pouvoir vous annoncer que toutes mes mesures sont prises pour qu'aucune de ces pauvres victimes ne demeure abandonnée. »

La charité des fidèles ne fit point défaut au fondateur. Un Bénédictin, le R. P. dom Leduc, offrit sa maison paternelle à Angers même, et le 5 août, le modeste asile s'ouvrait pour recevoir les premiers enfants qu'on avait pu recueillir. Le R. P. Monsabré y prononça un émouvant discours qu'il termina par ces mots adressés aux orphelines élevées par les religieuses de Notre-Dame des Anges : c Demandez à Dieu qu'il venge, par la régénération de notre pays, le sang de vos pères. Demandez surtout pour celui qui s'est fait votre père ici une grâce sans laquelle il n'y a pas de paix pour son cœur : l'ennemi lui a ravi sa mère, que sa mère lui soit bientôt rendue, que bientôt il puisse dire en voyant sa chère Alsace : — C'est toujours ma patrie, c'est ma France tant aimée ! >

L'œuvre fut confiée à des Sœurs franciscaines qui prirent le titre de Religieuses de Sainte-Marie des Anges,

Dieu bénit leurs premiers commencements d'une manière qu'on pourrait appeler miraculeuse, et après bien des tribulations de tout genre, suscitées par l'enfer, la nouvelle congrégation fut mise en possession d'un magnifique immeuble où se trouvait autrefois le prieuré bénédictin de Saint-Sauveur-de-l'Evière. L'enclos renfermait la vieille chapelle en ruine de Notre-Dame-sous-Terre, vénérée pendant près de cinq siècles, dans la ville d'Angers. Les religieuses reçurent ce cadeau de la munificence vraiment princière de Mme Sophie de Jourdan, comtesse de la Grandière, appartenant à l'une des plus nobles et des plus religieuses familles de l'Anjou.

Ainsi naissaient à l'ombre d'un sanctuaire consacré à la Mère de Dieu ces nouvelles Sœurs tertiaires du séraphique François qui avait tenu par-dessus tout à fonder son Ordre sous la protection de la sainte Vierge à Sainte-Marie des Anges de la Portîoncule,

Avant de dire les progrès de l'institut, racontons l'origine et les gloires du pèlerinage de Notre-Daine-sous- Terre (i).

Du haut de la colline ou butte de l'Evière suspendue sur le cours de la Maine, au sud de la ville d'Angers, se déroule, aux yeux ravis du spectateur, l'un des plus beaux sites de l'Anjou. On aperçoit, au nord, le haut des tours du château féodal que dépassent dans le lointain les flèches élancées de la cathédrale Saint-Maurice, image de cette puissance spirituelle qui triomphe de toutes les puissances temporelles et de toutes les oppressions ; de l'autre côté de la Maine, ce sont les vastes bâtiments de l'abbaye de Saint-Nicolas, puis une gracieuse ligne de coteaux couverts de verdure qui s'étendent jusqu'aux rochers de la Baumette et font ressembler la rivière à un vaste lac. Tout

ce paysage, dit l'historien du pèlerinage de l'Evière, à la fois rempli de calme et de vie, de grâce et de maj^té, captive le regard et transporte l'âme au-dessus des agitations et des intérêts terrestres.

C'est là que le comte d'Anjou Geoffroy Martel, fils de Foulques Nerra, résolut de bâtir un monastère, sous le titre de Saint-Sauveur (1047) ; car, après avoir mené à bonne fin ses entreprises guerrières, et terrassé dans un dernier combat Guillaume, duc d'Aquitaine, il sentit la nécessité de faire quelque bonne œuvre, tant pour le repos de l'âme de son père, que pour expier de nombreuses années passées dans les combats et les pillages. Il mit le couvent sous la protection des rois de France et sous la juridiction immédiate du Saint-Siège, avec obligation pour l'abbé et les moines de donner annuellement douze sols pour l'entretien des lampes qui brûlent jour et nuit, comme une brillante couronne, autour du tombeau des saints apôtres Pierre

I. D'après la brochure : Le Pèlerînag'e de Notre-Dame-sous- Terre, au monastère de l'ÉvierCy à Angers, par le R. P. Chrysostome, capucin. Angers, imprimerie Lachèse, 1873.

et Paul. Quant au culte spécial rendu à l'Ev sainte Vierge, des auleurs sérieux conjecturen gieux bénédictins envoyés de Vendôme pour apportèrent avec eux une image de la Mère souvenir du culte fameux qu'on lui rendait di mère, et qu'ils la placèrent dans une petite cr l'usage assez communément reçu à cette époq Quoi qu'il en soit, le premier qui en parle t est le chroniqueur Bourdigné, chanoine d'Anj contemporain du fait qu'il raconte, fait qui s dans la ville même, et dont il avait pu dan recueillir le récit de témoins oculaires, fait outre par l'érection de l'oratoire et de la Notre-Dame- sous-Terre. Vers l'an 1400, di Yolande, épouse de Louis II, comte d'Anjou, et de Jérusalem, et mère du roi René, étant u de sou château par la porte des champs, diri avec une suite de gentilshommes et de nobles le prieuré de l'Évière. Charmée de la beauté ses fraîches brises qui venaient de la Maine, 1 face des bâtiments et des vieilles ruines qu'i ces lieux : son r^ard distrait suivait les éb; ou cinq petits épagneuls, que, selon la moc elle menait avec elle. Ceux-ci aboyaient br sans désemparer autour d'un buisson qui pou: épineuses à travers un monceau de décombrt dèrent pas à eu faire saillir un lapin sauvage, ques bonds, échappant à ses adversaires, vit sur les genoux de la reine ébahie, l^s chiens plus belle, mais lui, comme s'il se fût trouv< assuré, ne donnait plus signe de sa nature sau sait caresser et ne paraissait pas disposé à s'enf croyant voir en cela un indice de quelque s de la Providence, et poussée peut-être aussi [ ration divine, donna des ordres pour abattri le buisson et fouiller le terrain d'où le lapi Quel ne fut pas sou étonnement quand les ou mis à découvert une petite voûte sous laquell

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g une statuette en albâtre de la Vierge Marie tenant en ses

mains Tenfant Jésus ? Tout auprès était une lampe en verre î qui n^était pas brisée. D*où pouvait provenir cette Vierge

enfouie sous les décombres? Ne provenait-elle pas du monastère de Geoffroy Martel? Cette lampe, placée à ses pieds, ne montrait-elle pas qu'on lui avait rendu un culte [: . spécial dans les temps passés? La reine, toute joyeuse de

rj sa découverte et pleine de ces pensées, fit aussitôt cons-

i truire sur le lieu même un petit oratoire : bientôt la dévo-

^-,j tion populaire s'y porta, les pèlerinages s'organisèrent et

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