III. Œuvres et maisons de la ci
Humble dans son origine, étonnac la congrégation des Petites Sœurs de la fondation des Petites Sœurs des Pi du reste, en quelque sorte, l'admirât Petites Sceurs des Pauvres reçoivent, le vieillard abandonné, pour le prépai Petites Sœurs de Jésus recueillent 1 laissé, pour lui apprendre à bien em vice de Dieu,
Cet institut est l'œuvre de deux si
■ commencèrent, en 1847, à recueillir â
propre maison de l'une d'elles de pa
Nous ne pouvons mieux faire C' Sœurs de Jésus, qu'en publiant la :
I. Voir U notice précédente, sur la c< issue de celle de Saint-Sorlin. Plusieurs Se ésalement contribué à la fondation de la ciscaines de la Devèze (Cantal).
Pie IX par la Supérieure générale pour obtenir du Saint- Siège l'approbation de la congrégation :
c Très Saint-Père,
c La Supérieure générale des Petites Sœurs de Jésus du Tiers-Ordre de Saint-François d'Assise, établies à Saint- Sorlin, dans le diocèse de Lyon, très humblement prosternée aux pieds de Votre Sainteté, vient avec la plus grande confiance solliciter, en son nom et au nom de toutes ses Sœurs, l'approbation apostolique pour sa petite congrégation, é
< Notre but, très Saint-Père, et la fin de notre humble institut, est de recueillir des petites filles orphelines pauvres et d'autres petites filles abandonnées, et de leur servir de mères. Nous les admettons dès Tâge le plus tendre, comme à un âge plus avancé. Nous leur apprenons à connaître Dieu et à le servir chrétiennement. Nous leur donnons quelques leçons de lecture et d'écriture, de. couture et d'autres travaux propres aux personnes de leur condition. Après qu'elles ont été admises à la première communion, nous les plaçons, pendant l'été seulement, en qualité de domestiques, chez de bons habitants de la campagne. Nous les visitons firéquempaent pour les encourager, les maintenir dans la vertu, et même pourvoir à leurs besoins matériels, s'il y a lieu. Pendant l'hiver, nous les rappelons dans notre communauté pour continuer leur instruction religieuse, les perfectionner dans les connaissances qui leur sont nécessaires, et surtout pour les fortifier contre les dangers du monde et les prémunir contre tous les obstacles qu'elles y rencontrent pour leur salut. Nous les conduisons ainsi jusqu'à la majorité, et jusqu'à ce qu'elles aient fait choix de l'état de vie auquel Dieu les appelle.
« L'origine de notre humble congrégation remonte à peine à dix ans. Deux d'entre nous avaient déjà le bonheur d'appartenir au Tiers-Ordre séculier de notre Père saint François. Touchées de compassion pour tant de petites filles pauvres qui se trouvent exposées à de grands dangers pour le corps et pour l'âme, elles en reçurent d'abord deux ou
LES RELIGIEUSES FRANCISCj
trois dans leur maison; puis cinq, dix nombre, suivant les ressources qu'elles | curer par leur travail do chaque jour et de quelques personnes charitables. Le S envoyé quelques compagnes animées > ments, elles formèrent le projet de viv sous la Kègle du Tiers-Ordre, et de rev le saint habit de la pénitence. Leur pro premier pasteur de ce diocèse. Il l'accuç veillauce qu'il accorde toujours aux bon nous donna avec bonté son approbati< nouvelles Sœurs se joignirent à nous, petites filles s'accroissant sans cesse, la ■ nous envoya des secours proportionnés, treint, que nous avions occupé jusque-l; et nous prîmes possession de celui que i tuellement. Nous avons pu alors recev noinbre de Sœurs et d'enfants, établir i suivre avec plus d'exactitude les exercici régulière.
t De plus, nous avons eu la consolatic œuvre une autre bonne œuvre, que nou; agréable à Dieu. Nous avons donné asJl vres idiotes qui étaient exposées dans espèce de misères. Nous avons l'espéra davantage un jour.
• En ce moment, très Saint-Père, i principale se compose de soixante Sœur fesses, de près de deux cents petites o vingtaine de pauvres idiotes. Nous n'a sources que les aumônes que nous soHii porte de la charité des fidèles. Toujours sistauce a pourvu abondamment à nos 1 Providence veille sur nous, et notre saint François nous protège.
€ Daignez, très Saint-Père, ne point n signe que les dernières de vos filles < votre paternelle bonté. Nous sommes <
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pauvres instruments; Tapprobation de Votre Sainteté sera notre force et la plus ferme garantie de notre œuvre pour le présent et pour l'avenir. Nous continuerons, très Saint- Père, à offrir au Seigneur nos prières les plus ferventes pour la sainte Église, et pour la conservation de Votre Sainteté, dont nous implorons à genoux la bénédiction apostolique. >
Dans l'audience qu'il accorda, le 1 6 juin 1865, au prosecrétaire de la Sacrée Congrégation des Evêques et Réguliers, Pie IX loua et approuva la fondation de ce nouvel institut. Il accorda aux Sœurs la permission d'émettre les vœux simples, changea pour elles l'obligation de l'office des Pater en celle de la récitation du Rosaire, et renouvela, en leur faveur, la concession de toutes les indulgences, privilèges et autres grâces spirituelles accordées au Tiers-Ordre régulier de Saint-François.
Un décret du 31 juillet 1865 résuma les faits exposés dans la supplique ci-dessus et constata cet acte de la bienveillance pontificale, qui constitue l'existence canonique des Petites Sœurs de Jésus (i).
Ainsi que nous l'avons dit, la congrégation des Petites Sœurs fut fondée par deux jeunes ouvrières. L'une d'elles surtout mérite le titre de fondatrice : c'est la Révérende Mère Marie-François d'Assise, grande et sainte religieuse, véritable mère pour sa famille spirituelle qu'elle embauma du parfum suave de ses vertus.
Elle naquit le 25 novembre 1828 au hameau de Saint- Loup, près Tarare (Rhône), à l'ombre de la petite chapelle
I. Voir Annales Franciscaities, septembre 1866. — Le placement des orphelines après leur première communion, comme domestiques, chez des habitants de la campagne, dont il est parlé dans la supplique, n^ayant pas donné de bons résultats, a été abandonné. Elles sont gardées à Torphelinat jusqu'à quinze ans et placées ensuite comme apprenties chez des ouvrières très chrétiennes.
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de Vindry, où elle vint souvent offrir à la Reine des vierges ses prières d'enfant et de jeune fiUe, Par une faveur bien touchante du Ciel, ce fut le toit paternel qui devint le berceau de l'institut des Petites Sœurs franciscaines.
Révérende Mère Marie -François.
Là, en effet, furent recueillies les premières petites orphelines ; là, furent revêtues des livrées séraphiquea les premières religieuses, qui bientôt, il est vrai, s'établirent à Saint-Sorlin.
Les épreuves ne manquèrent pas à la nouvelle fondation ; personne ne les ressentait aussi douloureusement que
la Mère Marie-François. Elle comprenait que des bases vraiment solides et une organisation forte manquaient encore à l'institut. Le 27 mai 1868, le premier chapitre général se réunit pour remédier à cet état de choses et procéder à la nomination d'une Supérieure générale. A l'unanimité, moins une voix, la Mère Marie-François fut élue. A dater de ce jour, une vie nouvelle commença pour sa chère congrégation et pendant les neuf années de son premier supériorat, elle ne cessa de se consumer de travail et de tendresse pour ses enfants bien-aimées.
Deux choses furent l'objet constant de ses préoccupations et de ses soins les plus assidus : la perfection religieuse de ses Sœurs et le bonheur de ses petites orphelines. Sa direction consistait surtout, comme celle de la plupart des saints, à encourager, à consoler, à montrer et à faire goûter les charmes de U vertu, à parler avec une douce effusion du bonheur et des joies de la vie religieuse pratiquée dans sa perfection. Il fallait qu'elle se fit une violence extrême pour adresser une réprimande. C'est par le cœur qu'elle gouvernait sa congrégation et qu'elle réussit à y établir le véritable esprit de famille qui fait le plus doux charme des maisons religieuses.
Si une de ses enfants venait à tomber malade ou à mourir, elle en ressentait une vive douleur. Sa consolation était ensuite d'aller prier souvent sur la tombe des chères défuntes et de s'entretenir des pieux souvenirs qu'elles avaient laissés. Les orphelines trouvaient en elle une affection et une tendresse plus que maternelle.
Le 28 août 1877, la Révérende Mère Marie-François fut réélue Supérieure générale pour une nouvelle série de neuf années. Elle se remit donc à l'œuvre avec le même courage, sinon avec les mêmes forces physiques. On ne tarda pas à s'apercevoir qu'en devenant une seconde fois la Mère de sa chère congrégation, le Cœur du divin Maître avait multiplié en elle les dons de son amour.
Il y avait dans l'exercice de son zèle et de sa sollicitude quelque chose de plus tendre et de plus pressant encore qu'on n'avait jamais vu à un tel degré. Ses paroles, ses
LES BELlGIKi
avis, ses rcconimaDdatioQ lettres respiraient le feu s Elle insistait surtoirt sur 1 grande uniti- d'esprit et di On eut dit qu'elle presser quer, tellement elle étail énergique et forte dans si
Le 12 avril 1879, elle c la congrégation (les Pet l'aimaient' tant. Jamais de vive : les sanglots sorta larmes coulaient de tous présidées par M. l'abbé Lyon et Supérieur depuis nauté de Saint-Sorlin (1)
Ce vénérable prêtre p Griffon, comme le fondai taurateur de la coagréga des œuvres qu'il lui dont
L'abbé Reuil était né :
famille d'ouvriers. 11 devi au petit séminaire de Sai curé de l'Annoaciation et à Lyon. Ces deux cures d'une église, d'un presby école de Frères, d'une éc d'un externat de jeunes Jamais curé ne fut plus a lique. Un jour il pouvait roissiens : « Depuis quej million et demi pour ^ ouvrait son cœur à ton
I. Voir Nolice sur la Ré sise. Supérieure générale i caines à SaialSorlin, par encore aumànier de la ma rue Condé, 30, Lyon. — 1875
ts^Jl'iWXT:
Pour les Petites Sœurs de Saiut-Sorlia il fut un véritable père. C*est lui qui leur donna cette règle de conduite : « Lorsque deux orphelines sont présentées, et que, cependant, il n*y a qu'une place à donner, si l'une peut offrir quelque chose tandis que l'autre est dénuée de toute ressource, prenez toujours celle qui n'a rien. » Admirable parole que les religieuses mettent toujours en pratique et qui attire sur elles la bénédiction de Celui qui est la Providence des orphelines, des pauvres et des abandonnés.
M. l'abbé Reuil mourut le 14 février 1884, laissant pour toute fortune deux soutanes usées. Son corps repose dans l'humble cimetière de Saint-Sorlin (i).
L'humble famille a grandi et prospéré, malgré les épreuves que Dieu lui a ménagées, et peut-être même à cause de ces épreuves ; car notre divin Sauveur, qui a voulu opérer notre salut par ses souffrances, veut'aussi que les âmes et les institutions vouées au salut du prochain ne réussissent à le procurer qu'au prix de douleurs semblables aux siennes.
Le noviciat des Petites Sœurs se trouve à Saint-Sorlin, second berceau de la congrégation. Il y a là encore un orphelinat très prospère, où cent cinquante petites filles sont élevées depuis l'âge de trois ans jusqu'à quinze ans. A quinze ans, elles sont placées jusqu'à vingt et un ans dans divers ateliers, ou dans des maisons d'ouvriers bien connues, et toujours sous la surveillance des Religieuses.
L'institut a fondé successivement six autres maisons : à Beauponty Ferneyy Aromas, Veyrey Auxerre, Merrïs.
XBeaupont^ canton de Coligny (Ain), est établi un or-
I. Voir V Éloge funèbre de M, Vabbé Reuil, curé de Sainte- Croix, par les abbés Lém^ann, — Imprimerie catholique, rue Coudé, 30, Lyon. — Les deux célèbres abbés Lémann furent convertis du judaïsme au catholicisme par M. Reuil. Ils sont affiliés au Tiers- Ordre de Saint-François.
^ "-^^'ju.
LES RBLIGIBUSBS FRANC1SCAI3
phelinat pour cent petits garçons qui reçc des Sœurs, jusqu'à l'époque de la premii les mêmes soins qui sont donnés aux petit
A Ferney, près Genève, se trouve un laire, pour cinquante orphelins.
Les idiotes, si souvent abandonnées dan le long des haies, où Uistement elles dema sont devenues, à leur tour, l'objet de l'aÉfi vouées servantes des plus pauvres. Elfe asile pour elles à Aromas, canton d'Arini plus de deux cents pauvres filles Idiotes re que le dévouement catholique, porté jusqu't seul inspirer pour ces êtres si disgraciés, il y a presque toujours quelque chose de
Ces autres déshéritées de la terre, les n'ont pas été oubliées. Les Petites Sœurs cueillent à Veyre (Puy-de-Dôme), au m Elles s'efforcent d'adoucir le malheur de 1 les aimant comme des mères, et en leur a gage des signes qui permet à ces pauvres veloppant leur intelligence, de goûter les la foi chrédenne, et d'avoir les rapports a nécessaires avec leur famille et la société ainsi retrouver leur place. Elles enseîgnei ticulé à celles qui en sont capables.
Dans le diocèse de Sens, à Auxerre, a par le dévouement de nos Petites Sœurs, garçons, un asile où sont recueillis et éle quante pauvres orphelins.
Enfin, depuis quelques années, dans le brai, à Merrts, canton de Bailleul, arron zebrouck, a été fondé un hospice qui peut cent pauvres idiotes et un certain nombre
A Paris, rue Tournefort, i6.
Plusieurs fois, d'autres œuvres decharil
au dévouement des Petites Sœurs. Il leur a été impossible de les accepter. Les vocations religieuses n'arrivent plus en assez grand nombre pour donner des mères adoptives à tous les pauvres et chers délaissés qui en demandent.
Ne pouvant pas recueillir les petites orphelines qui leur tendent les bras, elles laissent s'échapper ce cri de leur douleur, comme autrefois le prophète : Parvuli peiieruni panent^ et non erai qui frangeret eis : les petits enfants demandent du pain et nous ne pouvons plus suffire pour les recueillir et les empêcher de mourir de faim.
Pour subvenir aux œuvres qu'elles dirigent, les Petites Sœurs ont recours à la charité publique, elles se confient dans la divine Providence. Jamais elle ne leur a fait défaut, souvent elle est venue à leur secours d'une manière admirable et inattendue. Lisez plutôt, ami lecteur, le trait suivant :
Deux Sœurs quêtaient dans la paroisse de Saint-Jean de Touslas, au diocèse de Lyon. Elles s'étaient mises sous la protection de saint Joseph, c'était pendant son mois, un mercredi.
« Depuis le matin on vaquait, on allait de ci, de là. on frappait aux huis, et le silence seul répondait aux sollicitations, e II n'y avait pas de quoi être contentes de saint Jo- € seph », disait naïvement une des Sœurs, aussi le gourmandait-on avec un sans-gêne, qu'aime le bon Saint, du reste. Non, en vérité, ça n'allait pas. Et pourtant, le Saint savait bien que ce n'était point pour leur plaisir qu'elles erraient de la sorte; surtout, il connaissait la pénurie de leur maison, les besoins des orphelines. »
Il n'est pas amusant, cependant, même au mois de mars, de mendier, surtout quand on ne trouve rien, surtout quand on est à jeun depuis le matin, et que saint Joseph, c malgré qu'on le gronde », continue à faire la sourde oreille.
Il était 4 heures du soir. Toutes les maisons du village avaient été heurtées à peu près en vain, et la jeune Sœur disait à l'ancienne que c'était inutile d'aller plus loin, qu'il était bon de s'assurer d'un gîte pour la nuit, etc. c Mais pourtant, répliqua la plus âgée, il y a encore cette maison »,
et du doigt elle montrait au fond d'une cour pleioed'herbe,
une vieille habitation : • Mais elle n
le voyez bien? — Qui sait! » dit la î
traversèrent la cour ; l'escalier coodui
lui aussi, couvert d'herbe, t Vous le
personne », répétait encore la novict
l'autre Sœur qui avait aperçu, comme
paysan, des saucissons appendus au
dent de quelque hôte pour les conso
une première fois. Silence complet, E
croit entendre un bruissement, et pem
demeurait craintive au pied de l'esc.
trouve tout à coup en face d'un homn
à la tournure ressemblant assez à t
Elle crut voir, du reste, quelques ou
une pièce voisine. A cela rien d'insoli
fut saisie. Elle ne pouvait détacher 1
lard, qu'elle croyait d'ailleurs se re
Sosurs de Saint-Sorlin, dit-il; ah!
besoin en ce moment! » Ce qu'il ajoi
quêteuse ne sut le répéter. Elle se r;
ce « brave homme • connaissait le n<
pour qui elle quémandait.
Tout en lui parlant, le vieillard lu enveloppée de papier, et la Sœur d joindre sa compagne à laquelle, tout qtii venait de se passer, c Oui, reprît I homme vous a peut-être remis deux s plutôt que c'est 5 francs •, répartit la papier et on y trouve une pièce en or
Nous ne dirons pas ce qui se passa solliciteuses. Cela ne saurait s'expri fait l'office de l'apôtre Thomas crut l'autre entonna dans son cœur un fan connaissance à saint Joseph et tout' verser de douces larmes! (i).
1, Voir Année Franciscaine, p. 93, i83i
Le costume des Petites Sœurs se compose de la robe noire^ du voile ooir sous le voile blanc, d'une pèlerine blanche^ descendant jusqu'à la taille, de la corde de laine pour ceinture ; sur la poitrine elles portent un crucifix en métal blanc.
Les Petites Sœurs de Jésus franciscaines sont au nombre de deux cents.
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Fidèle à ses principes, il obtint des religieuses réformées et cloîtrées de Salins, et le jour des Rois 1617, sept postulantes reçurent le saint habit à Lyon.
Les religieuses de Sainte -Elisabeth prirent possession de leur monastère nouvellement bâti, au quartier Bellecour, le 17 septembre 16 19. La Mère Madeleine de Saint- François en fut la première supérieure.
Peu de temps après, Mgr de Marquemont invitait saint François de Sales à venir donner le saint habit à douze postulantes qui s'étaient présentées pour peupler le nouveau monastère. Croissez et mulHpliez-vous ^ petit ir-oupeau y leur dit le doux et saint évêque en les bénissant. Ces paroles prophétiques de saint François de Sales ne tardèrent pas à se réaliser. Bientôt de nouveaux essaims quittèrent la maison- mère et allèrent successivement fonder les monastères de Roanne, 1632, de Marseille, 1654, de Vaise à Lyon, 1657.
Ces divers établissements avaient hérité de la maisonmère la régularité et la ferveur dans lesquelles ils se soutinrent jusqu'en 1792, époque où l'impiété révolutionnaire arracha ces dignes Mères à leur douce retraite et s'empara de leurs monastères. Quoique dispersées, les filles de sainte Elisabeth pratiquaient de leur mieux leurs exercices, et nourrissaient l'espoir de se réunir un jour. Le Ciel cependant demeura longtemps sourd à leurs vœux ardents. Ce né fut qu'en 181 5, qu'elles virent le terme de leur séparation si pénible. Le i®"" mai de cette même année, les religieuses des monastères de Lyon, qui avaient survécu à ces temps de terreur et de calamités, se réunirent pour ne former qu'une seule maison. Leur première habitation fut dans l'enclos dit des Chartreux. Le Seigneur bénit ce petit établissement qui s'accrut promptement, et bientôt le local se trouva trop étroit. Alors, en 1830, sous les auspices de Mgr l'archevêque Gaston de Pins, elles firent l'acquisition d'une maison à la Croix-Rousse, rue Saint-Pothin ; et, après les réparations et constructions nécessaires, elles vinrent s'y établir au nombre de trente-deux, le i*^^ décembre 1 83 1 . C'est là que les humbles filles de sainte Éli-
sabeth s'appliquent à mener la vie cachée et leur illustre patronne leur a donné lemodèlf pellentavec bonheur des ^exemples de ver» donné leurs devancières et surtout la Mère ^ Louis de Gonzague et la Mère Cécile des A
Cette dernière devint une des premières S monastère après la tourmente révolutionnai le Ciel l'avait armée pour les grands comba
Sœur Cécile des Anges Demarest était néi famille dont la vertu était le plus bel ornem' sœur aînée, Mère Hélène du Cœur dejéi monde pour aller s'enfermer à Sainte-Élis saintement jalouse d'une telle faveur et à l'obtint. C'était en 1788.
La digne religieuse s'appliqua à l'amour !a choisit pour son partage. Le Seigneur la aux épreuves de l'exil et l'élevait à la hau fices qu'il allait exiger d'elle. La Révolutio. avoir inutilement cherché un asile, la Sœur C' parvint à atteindre la Suisse. Là, elle sollic sion dans un couvent de religieuses franci fut admise à la condition de recommence Mais, hélas ! l'orage qui désolait notre pair les vieux chênes de l'Helvétie, et, deux a prononcé ses vœux, Cécile vit sa nouvel persée, à son tour, condamnée à errer sans sources. Telle était le sort des maisons reli; où apparaissaient les armées françaises à époque.
Comme un jour elle s'enfuyait de Lyc et confiante, elle rencontra une ancienn Mme de Fenouil, qui l'accueillit avec tendri ses bons offices pour lui procurer l'entn maison religieuse. Mais ce ne fut qu'après p de voyages, de fatigues, de privations et c tout genre qu'elle put découvrir ce qu'elle : commimauté de Padoue, dite des Dix-Mi besoin pour son pensionnat d'une personne
278 LBS RELIGIEUSES FRANCISCAINES
langue française et la broderie, Mme de Fenouil proposa Cécile des Anges et la fit agréer. Là, Texcellente Sœur gagna vite les sympathies de ses nouvelles compagnes par son humilité, son zèle et sa douceur, et elle fut de leur part Tobjet des plus tendres attentions ; elles prirent à tâche de lui faire oublier qu'elle était étrangère et exilée.
Mais le souvenir de sa chère maison de Sainte-Elisabeth vivait en son cœur ; elle se demandait si Dieu ne prendrait pas en pitié sa pauvre famille dispersée par la tempête, s'il n*en recueillerait pas les restes sous un même loit. Elle priait le Ciel de hâter ce jour heureux. La vieille communauté recouvra, en effet, une vie nouvelle ; les saintes religieuses relevèrent les murs de la maison du Seigneur, elles reprirent leurs pieux exercices et à leur tête placèrent Hélène du Cœur de Jésus, la sœur aînée de Cécile, la confidente de ses premiers désirs, le soutien de ses premières épreuves.
Quand cette nouvelle bénie fut portée au couvent de Padoue, Cécile ressentit en son âme une allégresse ineffable ; comme le vieux Jacob, elle s'écria qu'avant de mourir elle irait et verrait celles qu'elle avait aimées : c'en était assez pour elle. Elle repasserait les montagnes, elle saluerait encore une fois la ville des martyrs, sa chère cité de Lyon, elle s'abriterait encore à l'ombre des cloîtres silencieux de cette maison bénie, d'où elle était bannie depuis vingt-cinq ans, elle y répandrait son âme devant le Seigneur, elle y rendrait le dernier soupir. En vain les dignes religieuses au milieu desquelles elle avait passé les plus heureux jours de son exil, s'unirent pour la détourner d'une telle résolution ; elle fut inébranlable. Elle écrivit à sa sœur pour lui faire part de ses désirs, et la prier de lui venir en aide. Bientôt elle vit arriver à Padoue un de ses frères, chargé de la reconduire en France. Mais le moment semblait peu propice : depuis deux mois la pauvre religieuse voyait sa santé dépérir sous l'action d'une fièvre brûlante ; elle était peu en état de soutenir un long voyage. Cette considération ne l'arrêta pas, c'est à peine si elle voulut accorder quelques jours à un repos indispensable ; puis elle
Seigneur par une longue suite d'adversités, elle ne se troubla pas en face des derniers adieux. Sa patience, son humilité, son esprit d'abnégation, raccompagnèrent jusqu'à la fin. Une des infirmières, sachant qu'autrefois elle avait beaucoup aimé les fleurs, lui apporta une rose ; elle la prit avec un doux sourire, la regarda une minute, puis la rendit en disant : « Ma fille, je suis religieuse, et j'ai voué une règle de pénitence. >
Vers les derniers jours, elle éprouva cette frayeur des jugements de Dieu dont le souvenir a fait trembler bien des saints : c Priez, priez beaucoup pour moi » , murmuraitelle d'une voix défaillante. Le Supérieur de la communauté lui rappela ces paroles de l'Apôtre : Dieu esi charitéy la charité bannit la crainte. Ces mots suffirent pour lui rendre le calme. « Allons, mes Sœurs, s'écriait-elle, pourquoi tarder davantage, puisque le bon Dieu nous appelle. Oh ! qu'il me fait de grâces ! qu'il est bon ! Oui, j'ai espéré en lui et je ne serai point confondue. » Un instant après, elle ajoutait : « Je remets mon âme entre ses mains. » Et elle s'endormait dans la paix du Seigneur, en présence de sa communauté, dans les bras de sa sœur bien-aimée. Elle était dans sa cinquante-huitième année, et en avait passé plus de trente-cinq dans la vie religieuse, dont cinq depuis son retour de l'exil (i).
Consignons encore ici le nom d'une autre de ces femmes fortes qui traversèrent intrépidement les épreuves de la Révolution. La Mère Agathe de Saint-François Chappuz était née à Lyon en 1725 ; elle vivait à Sainte-Elisabeth depuis quarante-six ans, quand la tourmente éclata. Déjà vieille et peu agile, elle ne put quitter la ville et fut réduite à se cacher dans un grenier, où bientôt les hommes de désordre la découvrirent, l'accablèrent d'insultes, pour la traîner ensuite en prison. Là, elle se trouva avec une quarantaine de religieuses de diverses communautés. Agathe était digne de leur être associée et de partager leurs tourments. Ces filles courageuses vivaient de pain et d'eau,