Voir plus loin le chap, IX
qu'apparemment les orphelins étaient recueillis et élevés i)ar leurs parents ou, comme au xvii® siècle, placés dans des familles recommandables ^. S'ils ne fondèrent pas un refuge, c'est qu'apparemment les Magdeleines étaient rares dans les rangs du peuple. Si par contre ils instituèrent un hospice-hôpital, c'est que le régime de la répartition des vieillards, des malades et des impotents, aux frais du Consistoire, dans quatre ou oinq maisons particulières, comme au xvii^ siècle 2, ne parut plus suiïîsante i)oui- répondre à tous les besoins.
Jusqu'en 1789, les charges régulières de l'église, si elles furent lourdes, furent peu nombreuses et peu variées. Les fonctions d'Ancien étant -purement gratuites, les agents directs du Consistoire, secrétaire, collecteurs etc., n'étaient pas davantage rétribués, il n'y avait donc de traitements à servir qu'aux deux pasteurs. Le chantre et l'organiste n'apparaîtront qu'avec les années 1789 et 1796, qui inaugurent un renouveau dans l'organisation du culte. Cependant le personnel servant, l'institutenr et le catéchiste auxiliaire, recevaient une indemnité, d'ailleurs modeste. Par contre le chirurgien attaché à la maison de santé, un ou deux aides qui lui étaient adjoints, et le concierge, étaient également payés, ainsi que le concierge-fossoyeur du cimetière. On ne voit point que la communauté ait^été soumise à la moindre imposition publique avant la Révolution, en raison de ce fait qu'elle était censée inexistante aux yeux de la loi. Par contre elle eut à payer à certains moments la location de ses deux « maisons d'oraison ».
Les charges régulières n'étaient donc ni nombreuses, ni excessives. Cette remarque explique les générosités fréquentes dont l'église put se donner la joie à l'égard de ses deux pasteurs en dilTérentes occasions. Nous avons indiqué les unes et les autres en leur lieu.
Le grand fardeau financier ce fut celui de la bienfaisance envers les indigents de la communauté et de l'assistance occasionnelle que l'on prêtait à nombre de gens dans l'embarras.
Si la situation précaire de l'église au point de vue légal et l'ébran-
1 et 2. Voy. nos extraits du Cinquième registre consistorial, de 16G0 à 1670, passiin.
lement qu'elle ressentit des événements de 1757-60 retardèrent l'organisation de ses œuvres collectives, il est cependant avéré pour nous que, pendant les 35 années qui précédèrent la Révolution, l'esprit de charité chrétienne et de solidarité protestante se manifesta constamment sous diverses formes dans les délibérations des Anciens par le légitime souci, en beaucoup de cas, de réintroduire dans le cadre de l'église réformée nombre de besogneux qui autrement s'en fussent tenus éloignés. ^ La doctrine évangélique est prise par les dirigeants au sérieux; laquelle ne condamne pas la richesse en soi, mais seulement le mauvais emploi de la richesse et l'oubli des devoirs qu'elle engendre à l'égard des membres souffrants de l'église. Le préambule du règlement donné à la maison de charité en 1781 exprime même sur ce point un principe quelque peu outré : « L'opulence, est-il dit, est une véritable /n/omi>, quand elle n'est pas employée à fournir la nourriture et le vêtement à ceux qui en manquent )>. C'est oublier qu'il y a pour l'opulence vingt autres manières de se dépenser au profit d'autrui. En tout cas, le rappel qui est fait, à trois reprises, dans le Registre consislorialy du précepte de saint Pierre en cette matière, prouve que les Anciens avaient conscience de leur devoir, et plus encore le fait qu'ils ne tinrent, pour ainsi dire, pas une seule réunion sans y prendre des décisions fermes en faveur des coreligionnaires dans le besoin. En l'absence d'un diaconat étroitement organisé ^, ils en assumèrent les obligations et apportèrent à leur gestion un extrême discernement. En principe ils s'interdisaient toute aumône aux mendiants de profession^ et y substituaient, dans une mesure qui nous surprend parfois par son ampleur'^, des pensions régulièrement servies à titre temporaire ou viager aux infirmes ou aux vieillards, aux veuves chargées
1. Nous; n'irons pas jusqu'à dire qu'ils agissaient tons par souci de « l'émlnente di^j^nité des pauvres... rnend)res souffrants de J.-C. ». C'est là un sentiment assez rare et qui ne se rencontre guère qu'aux époques de grande ferveur religieuse. L'esprit de solidarité jirotestante l'emportait en ce temps-là : les pauvres étaient des unités (]ui faisaient noml)re dans l'église et renlorçaient d'autant son importance comme groupe social.
2. U en est rarement question dan le Reçfistre consislorial. Voy. pourtant aux dates des 3 mars 1762, II février 1764, 2 juillet 1766, 25 octobre 1780.
3. On lit dans le procès-verbal d'un colloque du Bordelais « assemblé sous la croix » en décembre 1755, ce passage : « On exhortera les fidèles à ne pas ajouter foi aisément a\ix attestations des mendiants coureurs, qui §ont pour la plupart des fourbes, des fainéants et souvent nos ennemis » {Syn. du désert, II, p. 55, note, art. 4).
4. Ainsi en décembre 1776, ils prêtent 6.000 1. pour soutenir un procès; en juin 1779 2.000 1. à un simple particidier; en mai 1783, 8.000 1. à un autre particulier « sous l'orme dç rente viagère ».
d'enfants; — des secours aux proirsiaiils IVaneais vl (''|j-aug(M-s, qui demandaient à être rapatrias; — des subventions, sous forme de dons ou d'avances, pour l'éducation (^t l'instruction des enfants pauvres, pour la mise en a])prentissage des jeunes gens recommandables, ])our l'entretien de « proposants en théologie » \ pour l'acquisition d'instruments de travail ou de fonds de boutique, le paiment d'un loyer en souffrance, ou l'assistance « en justice)) réclamée par quelques coreligionnaires tombés sous le coup des édits royaux 2.
Grâce à ces sentiments de solidarité charitable, la richesse de quelques-uns se répartissait sur les membres pauvres dv, la tomïnunauté, permettant à ceux-ci de se soustraire aux effets déprimants de l'indigence et donc de songer plus souvent à leurs fins morales et religieuses. Ce n'est plus le socialisme juridique de l'Ancien Testament qui obligeait l'Israélite fidèle à. abandonner à l'Eternel la dîme du bien reçu de lui ^ ; c'est un socialisme d'essence chrétienne, où le devoir social est inclu dans le devoir religieux et moral : « Celui qui a les biens de ce monde et qui, voyant son frère dans le besoin, lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ? )) Nous trouvons là une première manifestation, déjà vigoureuse, de ce « protestantisme social )) qui, cent ans plus tard, à la suite du synode de Jarnac, prendra un nouvel élan. Dans la diversité des formes que montre la charité de nos Religionnaires au xviii^ siècle apparaissent en germe toutes les œuvres ecclésiastiques du protestantisme bordelais au xix^ siècle.
Les larges et intelligentes pratiques que nous venons de constater pendant les trente-cinq années qui précédèrent la Révolution, supposent des ressources proportionnelles aux besoins existants. S'il y avait nécessité absolue pour le Consistoire de recueillir les
L En septembre 1760 le Consistoire promit une subvention au petit sc^minairo (jne les protestants de la Saintonge se proposaient d'établir. Mais il ne parait nulle part qu'il ait été donné suite à ce projet. Par contre il est souvent question do la subvention que le Consistoire de 13ordeaux servait depuis 1756 au séminaire de Lausanne.
2. En mai 1767 le Consistoire participe aux frais de rédaction et d'impression d'un mémoire que doit dresser un avocat de Paris pour obtenir «la légitimation des mariages de protestants, laits au désert ». A partir de 1775. il contribue ù la [)ension (pie diverses églises servent au célèbre Court de Gébelin pour les services (pi'il leur retul à Paris par ses démarches incessantes. Lui mort, la pension est continuée h sa s(eur.