‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 112 sur 166 · HISTOIRE EXTERNE DE LA COMMUNAUTÉ DES RELIGIO.NNAIRES · texte numérisé non relu

HISTOIRE EXTERNE DE LA COMMUNAUTÉ DES RELIGIO.NNAIRES

(iu(3lque temps au moins à Bordeaux, puisque Pierre-Paul Desclaux de Latanné fit épousin- uih^ de ses fdles à J. J. de Hethmanu, consul du Saint-Empire dans notre ville ^

;^ Le plus distingué de ces survivants de la grande tribulation ])rotestante ce fut André-Daniel Lalîon de Ladébat, écuyer, dont l(;s ancêtres avcient émigré en Hollande. Fils d'un riche armateur, il était né à Bordeaux, le 30 novembre 1746, acheva ses études à l'Université de Franeker en Frise 2, passa ensuite quoique temps en Angleterre, puis revint dans sa ville natale pour se mêler à la vie de son église et collaborer activement aux multiples entreprises de son pèn;. Doué de goûts artistiques et d'une instruction bien au-dessus de la moyenne, il fut l'un des fondateurs de l'Académie de peinture de Bordeaux, devint membre de notre Académie des sciences et plus tard de la Société royale d'agriculture de Paris ^. Vivant un peu à l'écart, il se retira sur une terre qu'il possédait aux environs de Bordeaux pour s'adonner, pratiquement autant que théoriquement, à l'étude d'une science qui se constituait alors par les physiocrates et les économistes. Dès 1773, il publiait un Mémoire sur la liberté de commerce de rinde; en 1778, un Discours sur F amour de Ihdililé publique ; en 1783, deux Discours prononcés à l'ouverture de l'assemblée publique de .l'Académie de peinture de Bordeaux ; en 1788, un autre Discours sur la nécessilé el les moyens de détruire V esclavage dans les colonies^. Il fut chargé en 1784 de mettre en sûreté la

1. Nous sommes i-odnvable de (luelquos-uiis des traits qui précèdent à l'obligeance de M""® V«^ Desclaux de Lacoste qui représente le dernier membre de la brandie Lacoste, destinée comme les deux autres à tomber en quenouille. — Nous avons vu dans son salon deux pastels du xviii*' siècle représentant l'un une jeune sœur tie Pieri-e Desclaux, l'autre un de ses frères, César, subrécargue dans la marine mai-chande.

2. Cette petite université sise près de Leeuwarden, avait été fondée en 1585. F.Ue fut supj)rimée par Napoléon en 1811.

3. Ce titre lui est donné dans un acte du 12 février 1788 du Regislre des baptêmes cl mariages protestants, GG. 814, aux Archives numicipales de Bordeaux.

4. Ces indications et la plupart des suivantes sont empruntées à la France protestante de llaag (l^re édition), qui cependant ignore le Mémoire de 1773 sur la liberté du commerce de V Inde, et le Journal de ma déportation., signalé plus loin. Cf. plus bas notre cha|iitre IX.

Dès 1637 le Synode national d'Alençon « exorte les fidèles de ne pas abuser de cette liberté (de pratiquer la traite des esclaves) d'une manière contraire aux règles de la charité chrétienne et de ne pas remettre ces infidèles au pouvoir des Barbares qui pourraient les traiter inhumainement, ni entre les mains de ceux qui sont cruels; mais de les donner à des chrétiens débonnaires et qui soient en état d'avoir principalement soin de leurs âmes précieuses et immortelles, en tâchant de les instruire dans la religion

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correspondance de Court de Gébelin ^, mais il sejnble que finalement ce soin lui ait été épargné. — Nous retrouverons Laffon de Ladébat plus actif et plus influent que jamais pendant la période révolutionnaire.

Marié en 1775 à M^^^ de Bacalan, il se mêla, en effet, activement au mouvement politique qui remplit les deux dernières années de l'Ancien régime. La Noblesse locale et le Parlement ayant proposé, à l'encontre des Assemblées provinciales que voulait le Ministère, de rétablir les Etats provinciaux de Guienne dans un dessein « qui n'avait de libéral que la façade, » il fit rejeter leur proposition et demanda que le nombre des députés du tiersétat aux Etats généraux fût proportionné au nombre de ceux qu'ils devaient représenter (29 nov. 1788) 2. « Il préconisait en outre un système d'une hardiesse extrême pour le temps : que, lors de l'assemblée de chaque corps d'arts et métiers, de chaque communauté rurale, tout membre de cette corporation ou de cette communauté déposât dans une urne la liste des 24 personnes qu'il souhaitait voir élues; que dans l'assemblée générale on fit le total des voix obtenues et qu'on déclarât élus ceux qui en auraient réuni le plus. "» M. Marion, qui raconte cet épisode, ajoute que LafTon

chrétienne » (Ayinon, N/yn. nat., II, p. 565). — Dans ([uelle mesnre les négociants bordelais s'inspirèrent-ils de ces exhortations au xviii" siècle, c'est ce que nous ne saurions dire.

L'abolition de la traite des nègres avait été réclamée dès 1696 par les Quakers ih; Pensylvanie; jilus énergiquenient encore par les Quakers anglais en 1783. C'est à ceux-ci évidemment que Laffon de Ladébat fait écho. — Ce discours tut prononcé devant l'Aca demie de Bordeaux lo 15 août 1788. Un an plu< tôt (25 août 1787) il avait répondu devant la môme Académie au di-cours de réception de l'abbé Sicard.

1. ' Notre confrère M. de Ladébat, directeur de l'Académie des arts de Bordeaux et qui est ici depuis (juinze jours, s'est chargé d'envoyer la lettre ci-jointe à l'un des i)heî zélés amis du défunt (Court de (lébelin) à Bordeaux (Olivier-Desmont, dit une note), et . qui doit assembler ses confrères pour la leur communiquer. iM, de Ladébat pense que

cette lettre pourroit devenir circulaire pour toutes les églises de France...

M. de Ladébat était chargé de mettre en sûreté la correspondance de vos frères avec

le défunt |)our tous leurs intérêts: mais nous y avons pourvu J'enverrai à Bordeaux

tout ce qui concerne la Guyenne, le Béarn etc. » (Lettre de l'abbé de Beaulieu, président du Musée de Paris, à Rabaut-Saint-litienne, Paris, 2 août 1784, dans Ch. Dardier, réc. cité, II, p. 414) — La lettre circulaire à laquelle il est fait allusion est de l'abbé de Beaulieu et a pour objet tle recommander aux églises réformées le soin d'achever la t' publication du Monde primitif de Court de Gébelin (V. ci-dessous, p. 268) — Le ms. du Monde primitif est signalé dans une liste des mss. de l'Académie de Bordeaux dressée en 1793. V. Couderc, Calai des mss. de la BibL miinicip. de Ex., p. XXXVIII.

2. Voy. M. Marion, Un épisode du mouvement de 1789 à Bordeaux (dans la Reu. dliist. mod., 1901, p. 739 et ss. ).

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