HISTOIRE EXTEF\NE DE LA COMMUNAUTE DES RELIGIONNAIRES
de Ladébat était alors U'. chef incontesté do la fraction libérale de la noblesse de Guienne ^.
Dans les rangs de la bourginiisic bordelaise on rencontrait beaucoup de noms protestants, dont ])lusieurs sont restés liés à l'histoire de l'église réformée de Bordeaux, jus(ju'au xix^ siècle inclusivement : les Rabaud ■■^, ' les Alai'et, les (Jloutiu-icr (de Nérac), puis les Balguerie (veiuis d'Agen), les Gressier, h^s Baux, les Ferrière (sortis de St-Antoine du Breuil), les Jaccjues Boud(;t, les Duthil, les Sageran — puis les Dussumier, les Boyer, les Géraud, les Buréte, les Gouderc et les Boucherie (venus tous six de Bergerac à des dates fort différentes)^, les Gentillot, les Bavssollance, I s Guestier (originaires de la Bretagne armoricaine).
A cette liste déjà longue, il faut ajouter les Poyen (revenus de l'exil par la Guadeloupe) ^, les Bonnaffé (originaires de Lacaune en Albigeois), les Nairac et les Baour (venus de Castres), les Corbière, les Sigal, les Fabre, les Desmond, les Lafîargue, les Jauge, les Castaing, les Sers, les Bujac (natifs de Castelmoron), les Truchasson, les Tarteyron (originaires de Ganges), les Barthès, les Broca (de Poujols près Gensac) ^, les Clamageran, etc.^. La faci-
1. Il i)ublia à cotte occasion des Obserualions sur la représenlalion du Tiers-Elat aux Assemblées naiionales fl788) — et un appel Aux communes de Guyenne (1789 ?) Pour la suite de sa carrière publique, voir le chap. IX.
2. Le Heijistre consislurial nous apprend, au 12 juin 1788, (jue Philippe Rabaud, ancien de l'église, quitte Bordeaux et retourne en Haut-Languedoc « sa patrie ».
3. Une note que nous devons à la grande obligeance de M. le vicomte de Pelleport-Burète, nous apprend que des alliances matrimoniales (mtre les Boucherie, les Couderc, les Burète, les Lafïon de Ladébat, les Desclaux de Latané, les de Ferron et les de Bacalan, apparentaient ces diverses familles les unes aux autres.
4. « Le 17 août 1753, la dame Verdier, veuv^c Poyen, obtint le rétablissement de la savonnerie que feu son mari avait montée aux Gliartrons en 1713. On n'a pas vu depuis de pareille entreprise ». (Bernadau, Annales). — La rue Poyenne perpétue aux Gliartrons le souvenir de cette famille, dont la branche protestante, qui a pour chef le marquis de Poyen, s'est transportée à Clairac, tandis que la branche catholique a continué d'habiter le Bordelais.
5. Broca, négociant, était le père de ce Jean Broca qui fut arrêté pour cause de religion en 1773, étant pasteur à Nanteuil près Meaux (V. Gh. Dardier, rec. cité, II, 137.)
6. On trouvera sur quelques-unes de ces familles, des indications biographiques dans les nombreuses publications du généalogiste Pierre Meller : Les anciennes familles de la Gironde (1895-96, 3 vol.), où figurent les familles Baour, de Bacalan, Nairac, de Sarrau, Perrière, Balguerie, Bayssellance; — Essais généalogistes, recueil factice d'articles publiés dans la Vie bordelaise de 1894 à 1901, où sont représentées les familles Balguerie, Baour , Desclaux, Duret, Nairac, Perrière; — Familles protestantes de Bordeaux... avant 1793 (V. une note de la page suivante), où se retrouvent la plupart des noms que nous citons; — Elat-ciuil des familles bordelaises avant la Révolution (1909) où des familles protestantes se trouvent mêlées à des milliers de familles catholiques.
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lité avec laquelle ils dressèrent le premier budget de leur église et l'enflèrent toujours plus prouve qu'ils avaient réussi dans leurs affaires depuis leur établissement à Bordeaux.
Quelques détails plus précis ne paraîtront sans doute pas superflus.
Paul Larroque (+ 1791), mathématicien et astronome, membre de notre Académie des sciences depuis 1761, détermina à cette date et de nouveau en 1769 le passage de Vénus sur le disque du. soleil ^. Nous pouvons bien croire qu'il enseignait le système de Galilée de préférence à celui que la congrégation du Saint-Office " ' faisait prévaloir depuis 1633.
Jean Tarteyron, né à Ganges vers 1733, négociant, officier^ municipal sous la Révolution, avait épousé en 1 765 Marthe-Madeleine|§ Boucherie. Bien avant 1789, la famille Tarteyron était proprié- ^^J taire du beau château de Thouars à Talence. ^
Jean-Pierre Balguerie, né en 1731 mort en 1806, est simplement -^ le père d'Isaac et de Pierre Balguerie dont la grande .notoriété commerciale ne saurait nous arrêter ici parce qu'elle appartient au xix^ siècle.
De même Timothée Bayssellance est lé grand-père de l'ingénieur ;\ maritime qui devint maire de Bordeaux en 1888. :' .
Gabriel Guestier, ancien officier de marine arrivé de Bretagne ' en 1725, fut le père de François Guestier, avocat et homme de loi, (1705-89) et le grand-père de Daniel I Guestier (1755-1847).G'est " ce dernier qui, devenu capitaine de navire puis armateur pour les ' Indes Orientales et les Etats-Unis dès avant la Révolution, fut le véritable fondateur de la dynastie des Guestier, qui a fleuri au xix^ siècle ^.
Pierre Baour fonda sa maison de commerce à Bordeaux vers . 1715 et fut le grand-père de Pierre II qui tint une si grande place dans notre ville sous la Restauration et la monarchie de Juillet. V
1. \'oy. Féret. Biographie f/injudine vlBernadaii. Annales, \). 185 et 186. — Ilostnoninié ^ une fois dans le Registre onsislorial, 2 août 1787. Le sieur Vigouronx, architecte, qui .'; apparaît avec lui, à la même occasion, était lui aussi « de la relif^ion > (V. le Heg. des -^^ baptêmes et mar. protestants, (Kl. 814, 5 août 1787, où ce nom se retrouve).
2. Le buste de grand mpdide, en marbre (sans compter les répliques en pl;Ure ou
en pierre) que nous avons vu dans la famille, est celui de ce Daniel I''"", le plus ancien '; président du Tribunal de commerce de Bordeaux en 1807, devenu président de la Clianibre de commerce en 1820. Son fils Daniel II devint pair de France sous la monarchie de Juillet.
HISTOIRE EXTKRNE DE I.\ COMMrNAUTE DES REI.IGIONNAIRES 'K)\
Charles Géraud était armat(ïur et, ce qui ne nous intéresse pas moins, père du littérateur Edmond Oéraud qui naquit à Bordeaux en 1775.
Originaire de Bergerac, comme tant d'autres protestants bordelais de ce temps, Jean-Pierre Dussumier mourut dans notre ville en nov.'1783. Il possédait les deux plus grands navires que connût alors la llottc^ marchande de notre port : le Vaillanl et le Cyclope, et il souscrivit 10.000 écus pour aider à la reconstitution de la flotte royale sous Louis XVI. L'un de ses fds, Antoine, sera député de la Gironde de 1815 à 1830; l'autre, Etienne, président de la Chambre de commerce et colonel de la Garde nationale.
Pierre-Paul Nairac devint directeur de la Chambre de commerce de Guienne et député aux Etats-généraux de 1789. C'était l'un des hommes les plus influents de ce temps. Elisée Nairac participa de cette grande considération. Leur parent Jean-Baptiste (né en 1756, marié en 1775) eut comme raffîneur une moindre notoriété. Un de leurs contemporains Pierre Sers, ancien pasteur venu de Nîmes, négociant et armateur, fut l'un des XC électeurs de Bordeaux chargés en 1789 de choisir les députés du Tiers à la Constituante. Lui-même fut élu président du Directoire départemental de la Gironde et continua de jouer à ce titre, pendant quelques années, un rôle très en vue.
La famille Perrière, originaire des environs de Sainte-Foy-la- Grande, est connue comme protestante dès le milieu du xvi^ siècle. Un Jean I Perrière, né en 1704, vint s'établir à Bordeaux en 1726, acheta une charge de courtier royal en 1735 et épousa en 1738 demoiselle Marie Colck (d'une famille hollandaise de Bordeaux) (jui mourut en 1741, après avoir donné le jour à Jean II. Celui-ci fut élevé dans la religion de sa mère qui était catholique; il entra dans les affaires et devint maire de Bordeaux après thermidor. Jean II est la souche de la branche catholique, la seule aujourd'hui existante, qui se perpétua par son fils Stanislas, son petitfds André et son arrière petit-fds Henri encore vivant, ainsi que deux autres frères, sur cinq qu'ils étaient. — JeanI se remaria en 1744 à demoiselle Marguerite Pourtellot (de Saiijon) dont les deux fils, Gabriel II et André, suivirent la religion de leur mère qui était
protestante^; il mourut en 1779 et fut inhumé dans sa maison du quai des Chartrons, n^ 63 (auj. 70). Un cousin de Jean I, protestant comme lui, Gabriel I Perrière, né en 1721, mort au château de St-Aubin en 1792, était venu se fixer vers 1755 à Bordeaux, où il acheta, lui aussi, une charge de courtier royal; il devint officier des chasses du roi, propriétaire à Margaux du cru Perrière qu'il céda en 1777 à son cousin Gabriel IL Un frère de Gabriel I, Pierre Perrière, né en 1722, fut bourgeois de Bordeaux, courtier royal en 1762, second syndic de la corporation en 1777, premier syndic en 1778 et, comme son frère, officier des chasses du roi. Il mourut le 27 janvier 1795 et fut inhumé au cimetière protestant de la rue Laville. Cette branche protestante des Perrière s'est perpétuée jusqu'au xix^ siècle; elle est aujourd'hui éteinte, de même que celle des demi- frères de Jean II, le maire de Bordeaux 2.
De ces gros négociants protestants des Chartrons, Prançois Bonnaffé est le plus connu. D'une famille de 17 enfants, il fut lui-même l'heureux père d'une postérité de onze garçons ou fdles. Ses deux fds Etienne et Jean, appelés à lui succéder, furent élevés en Suisse, « pour cause de religion » comme on disait alors, rentrèrent à Bordeaux en 1779 et firent leur « tour d'Europe » sous la conduite d'un précepteur, visitant successivement la Prance, l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne du Nord et du Sud, l'Italie. Négociant et armateur, doué du génie commercial, Prançois Bonnaffé avait organisé un vaste système d'informations avec les principaux marchés de l'Europe et de l'Amérique. Entretenant une flottille de plus de 30 navires, il acquit par son activité une fortune qu'on estimait en 1791 à quinze millions. Propriétaire de deux grands domaines hors Bordeaux et de 22 maisons en ville ^,
1. André, né en 1750, fut aussi courtier royal et officier des chasses du roi. Il est dit de lui, dans une lettre au Ministre, que «^ ^on souvenir n'a pas cessé d'être cher aux Bordelais à plus d'un titre, que les usages du courtage maritime sont son ouvrage et qu'il a illustré sa profession en France et à l'étranger ».
2. fienseignements dus à l'extrême obligeance de M. Henri Perrière, courtier maritime, qui d'ailleurs publiera prochainement une ample notice sur ses ancêtres à l'aide de ses archives de famille.
3. Entre autres l'immeuble du cours de l'Intendance, qui porte actuellement le n° 4. C'est l'ancien hôtel Richelieu, dont la façade fut en grande partie transformée vers 1900, pour répondre aux besoins de La Belle Jardinière. L'état ancien de cette façade nous a été conservé par une reproduction insérée dans le t. XXXV des Arch. hisl. de la Gironde, entre les p. 276 et 277. — Cet immeuble (y compris trois maisons attenantes) fut acquis de la famille Talleyrand en septembre 1782 et payé 212.400 1. par Bonnaffé qui le fit restaurer en 1784 par le célèbre architecte Laclotte {ibid., p. 279)