HISTOIRE EXTERNE DE LA (OMMINAITE DES REIJGIONNAIRES
il fit construire l'éiiorm(3 et superbe immeuble qui forme îlot entre le cours du Chapeau-Rouge, les rues Sainte-Catherine, de la maison Daurade et des Piliers de Tutelle ^ Il était à la veille de la Révolution la première puissance financière de notre ville, ce qui n'est pas peu dire. «Comme protestant, raconte son fils, mon père fut, en politique, partisan des idées nouvelles. Il ne songea pas à convertir une partie de son portefeuille en papier sur l'étranger et répugnait à acheter des biens d'église ou des biens d'émigrés. Il crut au remboursement en espèces des assignats. » Sa conduite fut toujours celle d'un parfait honnête homme et d'un vrai patriote. Il eut néanmoins quelque peine à échapper à la guillotine et mourut ruiné, en 1809, à l'Age de 86 ans 2. ,4
La presque totalité de ces noms appartenait au monde de l'armement et du commerce, où les avait relégués la politique royale depuis près d'un siècle^. Les Boucherie avaient à la fois un magasin de rouenneric sur les Fossés, et une raffmerie de sucre en Paludate. Quelques-uns, qui eussent dû être anoblis en considération des services qu'ils avaient rendus à la chose publique et qui furent I proposés à cet honneur, en furent délibérément écartés parce que i trop connus comme protestants. Il y eut pourtant quatre excep- J; tions faites à des dates tardives, en faveur de Jacques Alex. f Laiïont de Ladébat père, en 1773*, de Paul et Elisée Nairac (1775-
1. Cet énorme immeuble compte à chaque étage 17 + 6-f 17 + 9 = 49 fenêtres, ce qui donne pour les quatre étages (sans compter le rez-de-chaussée) 196 baies (dont trois aveugles). La partie qui borde la rue des Piliers-de-Tutelle paraît cependant un peu distincte de l'ensemble.
2. Voy. Edmond et Pierre Bonnafïé, Un armateur bordelais au xviiie siècle, sa famille ri son entourage (Bordeaux, 1909, in-4'' de 52 p.). — Le nom de F. Bonnalïé a été donné vu 1808 ;\ une rue de Bordeaux et en 1899 à un « passage » de l'Asile Terre-Nègre pour commémorer le souvenir de « l'un des patrons les plus éniiiients de la charité bordelaise ».
3. Le Registre consislorial signale çà et là quelques autres professions, qui placent Ii'urs représentants au-dessus des gens de métiers : un lapidaire suisse (1782). un graveur sur bois (1783), un peintre-décorateur (1784), un apothicaire (1786), un ébéni^^te allemand (1787), un imprimeur d'indiennes (1788), etc.
4. Voy. Haag, La France protestante, au nom. C'est à partir de cette date (nous dit Haag) que Laffon prit le surnom de Ladébat. — P>reur. Lalïon de Ladébat se rencontre dans le Registre consislorial dès l'année 1761. D'après Haag il mourut en 1797. Le Registre de sépulture ducimetièr(ide la rue Laville mentionne en clîet, sous la date du 3 mes-
lor an IV, l'inhumation d'un Laffon de Ladébat, âgé de 76 ans. — Le même registre ndique aussi l'inlnimation d'un Daniel Laffon, 66 ans, le 25 janvier 1793; et de Jean I affon de Ladébat, 68 ans, le 18 octobre an VII. Il est malaisé d'identifier ces noms
1 toute sûreté.
1786) et d'Etienne Jauge (1782)^. Contre-coup des édits royaux,'^ cette rapide montée sociale de nos Religionnaires bordelais, cet] accroissement de leur influence, n'avaient point été prévus par les auteurs de la Révocation. Tant il est vrai, suivant une remarque! de Bossuet, qu'il n'est point de puissance humaine qui ne servej malgré elle à d'autres desseins que les siens.
Arrivés de Nérac en 1744 les Ducos n'appartenaient pas au monde de la bourgeoisie et restèrent toujours plus attachés aux conven- .^ ticules moraves qu'à la communauté réformée. Ils ont droit cependant à être nommés ici avec honneur, puisque l'un des leurs, 1 Daniel I,eut l'heureuse idée de rédiger vers 1771-72 des Souvenirs personnels que nous avons utilisés avec grand profit, où se révèle un homme supérieur à sa condition sociale (il était tonneher),\? par son bon sens, sa droiture et son intelligence des choses dont il parle.
Soit prévention, soit jalousie, l'entrée de ces négociants protestants dans la Chambre de commerce de Guienne fut retardée jusqu'à l'aurore de 1789. Au mois de mai 1787, quelques mois seulement avant l'édit de tolérance, il s'était agi de remplacer trois « directeurs «sortants par trois nouveaux. Le' Bureau rappela que les Protestants étaient éligibles, conformément à ce qui se pratiquait déjà dans quelques autres Chambres de commerce du royaume et d'ailleurs sans violation du statut fondamental de la Chambre de Guienne. Il rappela également « les avantages dont la (dite) chambre est privée jusqu'à présent par l'éloignement où elle a tenu d'elle les Protestants, et ceux qu'elle procurerait tant à elle môme qu'au commerce en général par leur rapprochement )). — - Malgré cette intervention, qui ressemblait assez à une pression, le scrutin de second tour donna sur 69 votants. 20 voix à M. Loriague, 16 à M. Mercié, 12 à M. Testart de Grosval. Qui connaît aujourd'hui ces noms ? Quant à Nairac, dont la réputation a survécu jusqu'à nous, il n'obtint que li voix et par conséquent ne put être admis comme directeur ^.
1. Voy. Comniunay, Les grands négociants bordelais au xviii<^ siècle (1888), p. 73 et 79. — Nous n'avons pu établir dans quelle relation de parenté était cet Etienne Jauge avec Simon I et Simon II Jauge mentionnés plusieurs fois par Meller [ouv. cilé).
2. Voy. VI nu. des Arch. dép. de la Gironde, par M. A. Brutails, série C. III, p. 252.
IIISTOIRK EXlKnM': l)K I.A COM M l N AITK DRS HKIKIIONNAI 1. i:S '^Hr»
Une (Icniiôiu^ rcmai-quo s'imposi; au regard do ces riches familles |)i-ot(^slantes de la fin de rAiieieu régime : c'est quo leui- fortune foncière^ ou mobilière, acquise.' ])ar U) grafid commer(!(^, iie dépendait en rien (ie l'État comme celle d(^s princes, des fonctionnaires et même des magistrats de ce temps 2. il y avait dans ce fnil un gage d'indépendance sociale et politique ([ui peut expliquer en partie la hardiesse avec laquelle ils se jetèrent dans les luttes pui)li(|ues.
^{me de'^Laroche qui est un esprit curieux et pénétrant, à ce point que, dès son arrivée à Bordeaux, elle se fait raconter l'histoire de la ville depuis ses origines et visite lo Palais-Gallien avec autant d'intérêt que le nouveau palais archiépiscopal, la verrerie des Chartrons et la rafTmerie toute voisine -^ M"^^ de Laroche, disons-nous, va nous aider à jeter dans la haute société protestante des Chartrons un regard dont M. Grellet-Dumazeau s'est abstenu. Celui-ci nomme bien, dans le curieux livre que nous avons déjà cité*, Nairac et Bonnaffé parmi les « grands seigneurs de l'armement, » à côté de Gradis l'israélite et de Lafore qui était d'origine catholique, mais c'est tout. Les frères Duthil n'apparaissent qu'une fois, dans un cercle d'académiciens. MM. de Lisleferme, Laffon de Ladébat, les familles Desclaux de Lacoste, Tauzia, Bethmann, Both, Strœhlin (celles-ci devenues très françaises, malgré leurs origines étrangères) ne nous sont pas présentés une seule fois même incidemment. Qu'en faut-il conclure? que nobles et bourgeois protestants des Chartrons étaient tenus à l'écart de la haute société bordelaise ? C'est fort douteux, la fortune et la naissance donnant en tout pays droit d'entrée dans le monde, particulièrement en un temps où l'esprit public avait brisé avec l'exclusivisme de la génération antérieure. — Que la riche société
1 Un canoniste de la seconde moitié du xviii- siècle, d'Héricourt, allirme dans son grand ouvrage Les lois ecclésiasliques de France (III, 1771, p. 197), que « ton:? les fonds sont sujets aux dîmes. Les propriétaires ou les fermiers doivent les payer; les Juifs et les hérétiques comme les catlioliques... » Par cette voie, certains protestants contribuaient donc au service du culte de la majorité.
2. Cette remarque, qui s'étend aux négociants catholiques comme aux f)rotestants et aux Israélites, nous est sirggérée par un [)assage du livre de M. d'Avenel sur Les Riches (Paris, 1909, p. 83 et 123).
3. Journal einer Reise diirch Franhreich, 1785, p. 270, 272, 320, 327, 335. — Les pages 191 à 202 sont consacrées à la biographie des hommes illustres dont elle a remarqué les portraits à Versailles : iT^carlc^, CalinnL Ro^suct, Lamoignon, Turenne Montesquieu, Pascal et Sully.
4. La société bordelaise sous Lmùs .\V cl le salon de A/"^' Duplessij (Bordeaux, 1897).
protestante se sevrait de toutes distractions extérieures, de tous plaisirs mondains, délibérément confite en dévotion? Ce serait inexact, et M™^ de Laroche nous révèle le contraire en racontant l'accueil qu'elle reçut dans les maisons où elle se présenta, les réunions intimes qu'on y tenait, les « thés » qu'on y servait, les conversations qu'on y préférait. Nous constatons- partout une mondanité mesurée et respectable, où les plaisirs de l'esprit, le goût des idées et des connaissances, la pratique de la musique se déploient dans les limites qu'autorise une morale sérieuse et quelque peu rigide. En M. de Lisleferme, notre voyageuse trouve un homme qui l'interroge sur Lavater et Mendelssohn^; en M^i^ Fougerais, une jeune fille instruite entre toutes, qui étudie les ^■ langues, la musique, la physique, les mathématiques, sans rien perdre de sa grâce et de sa beauté. M. Strœhlin et le pasteur Olivier- Desmont l'entretiennent de questions de philosophie et d'éducation et, en compagnie de M^i^ Tauzia, lui font visiter la salle des séances de l'Académie des Sciences. Le pasteur prend même plaisir à lui montrer son cabinet d'histoire naturelle et à la conduire au tombeau de Michel Montaigne 2, après qu'elle a eu fait le pèlerinage de La Brède, sans préjudice d'une visite à la cathédrale Saint-André et à l'église Saint-Seurin, sous la conduite de l'architecte Laclotte, toujours en compagnie de Mademoiselle Tauzia. « C'était une femme aussi spirituelle qu'aimable, écrit-elle. Pendant que son mari était à son régiment, elle administrait les biens de la famille, conduisait les procès, payait les pensions des fils et
maintenait toutes choses en ordre ^ »
Nous sommes persuadé que l'on pouvait rencontrer dans le
1. Journal, p. 281. Le Mendelssohn dont il est question ici est le philosophe Moïse Mcndelssohn, né à Dessau en 1729, mort en 178G, déiste et spiritualiste, le premier Israélite qui figure dans l'histoire de la littérature allemande. — Un peu plus tard, M. de Li'^leferme donne en l'honneur de M"»^' de Laroche un grand dîner auquel assistent sept membres de l'Académie des sciences et lettres {ibid., p. 338).
2. La liberté de jugement de M'"'-' de Laroche, protestante et allemande, se révèle en ceci qu'elle rend justiee aux religieux Feuillants pour le soin qu'ils prennent du tombeau de Montaigne, et elle oppose leur urbanilé à la grossièreté de leurs ix)nfrères d'Allemagne : Ich miissie in meiner Seele geslehen, dass das Belragen dieser franzoesischen Mœnche ganz anders war, als das was ich he.i ihren Ordensleuien in meinem Vaterlande sah. Man kann aiich in der Kulle Anstand und giite Erziehung bemerken, wenn sie einmol da waren. Dock glaube ich nicht dass Viele unter ihnen Monlagne's W'erke lesen (p. 320).
3. P. 328, Cf. 270 et ss., 283 et ss., 313 et ss.^ 320 et ss., 326 et ?s., 328 et ss.. 330 et S3,
HISTOIRE EXTEHNi: DK F. A COMMl NAL II': UKS HELIGIONNAinES 267
(|uarLi(U- (h; La HoussciK; (juclciues vieilles familles de négociants caLholi(incs louL aussi respectables ^ iNoiis doutons «pToii en trouvât d'aussi capables de se discipliner niorabuiient, au milieu de l'efTervescence de ce temps, en restant onvertes aux idées nouvelles dans la mesure où elles étaient pratiquement acceptables. Au demeurant il faudrait ne rien savoir de l'ame protestante (là où elle s'épanouit librement), ne rien connaître de ses tendances essentielles, pour ne point deviner quelle répulsion ces Religionnaires de la fin de l'Ancien régime, aussi tièdes, aussi humanisés qu'on les veuille supposer, devaient éprouver pour la tourbe de banquistes, de joueurs, de parasites et de prostituées qui entouraient le maréchal de Richelieu, ou pour les salons bourgeois qui se façonnaient sur le même modèle, bien qu'ils fussent souvent traversés par les robes de bure du Père Chabrol et de dom Galéas ou les fanfreluches de M"^^ d'Egmont^. Sauf erreur de notre part et pour autant que nous pouvons suivre leur sillage, pas un seul des grands noms protestants que nous avons rappelés ne se trouve mêlé aux dévergondages de cette époque.
L'intellectualité de ces nobles et bourgeois des Ghartrons était peut-être plus haute que nous ne sommes tenté de le croire. Plusieurs avaient été élevés à l'étranger pour être mieux soustraits aux prises du Clergé français et aux conséquences delà Révocation; ce fut le cas ' notamment pour Daniel Laffon de Ladébat, Pierre Desclaux, J. B. Nairac^. Le livre où le célèbre philosophe et natu-
1. C'est à juste titre que M. Grellet-Dumazeau oppose {onu. cij.é, p. 418), le liaut négoce de La Roussclle, «patient, économe, patriarcal», à celui de certains armateurs chartronnais chez lesquels « parfois, l'esprit d'aventure supplée au labeur quotidien et que de téméraires navigations enrichissent ou ruinent en l'espace de quel(]ues mois... Richelieu, à vrai dire, l'aida de tout son pouvoir... Grâce à ses incitations mal'^aines, ces marchands afllnés figurent proprement, sans titres ni blason, des manières de grand seigneur, menant un train de princes, installés dans des demeures superbes, aimant le luxe, favori>ant les arts, semant l'or avec d'autant plus de désinvolture qu'il leur coûte moins à gagner, mais en même temps prolecteurs de la galanterie vénale, habitués des soupers équivoques., fervents adeptes de la « masse aux dés », au point que, pour mettre lin à leurs parties l'\u-ieuses, M. de Clugny, le nouvel intendant (de la province), devra l'aire démolir la salle.de jeu ou ils s'éternisent malgré lui ».
2. M "le d'Egmont était, paralt-il, la propre tille du maréchal de Richelieu. Mariée au comte d'Egmont, duc de Bisaccia et grand d'Espagne, elle ne demeura que quelques années i^ Bordeaux et mourut en 1773 (Grellet Dumazeau, oiw. ciié, chap. XI, XII et XIII). — La branche des d'Egmont établie aux Ghartrons était demeurée protestante.
3. Pour le premier, voy. ci ilessu^, p. 000, Pour les d( ux suivants, voy. le chap. IX.
raliste genevois, Charles Bonnet, démontre l'excellence du christianisme et établit la nécessité de la révélation^, était connu de plusieurs d'entre eux.
En 1773, Olivier-Desmont recueillit 95 souscripteurs à l'ouvrage de Court de Gébelin, le Monde primilif^ qui traite de matières difficiles et souvent abstruses 2, avec une « confiance juvénile» que partagaient beaucoup de ses contemporains en d'autres sujets. Quand l'auteur mourut en 1784, neuf volumes in 4° avaient déjà paru; mais ils'en fallait encore de sept volumes que l'ouvrage fut terminé. L'abbé de Beaulieu, successeur deCourt de Cébelin à la présidence du « Musée de Paris,» ^ s'avisa de demander aux églises réformées de France de prendre leur part dans les frais d'achèvement de ce monument, en souvenir des grands'services que leur avait rendus le défunt^. Bordeaux fut sollicitée comme les autres^. Olivier-Desmont et Laffon de'Ladébat,amis personnels de Court de Gébelin, ne durent pas ménager à cette occasion leurs démarches et leurs invites, sans que nous puissions dire quel en fut le succès ^.
Nous savons déjà que, à la veille de la Révolution, les protestants étaient nombreux dans la société dite Le Musée ^. M. de Lisleferme en était le président et les deux pasteurs Olivier- Desmont et Sylva Blachon en étaient membres effectifs ^. A l'Académie des sciences, Larroque tenait honorablement sa place
1. Hechcrches philosophiques sur les preuves du cltrislianisme ^Genève, 1770 et 1771)..
2. liulletin..., 1894, p. 571. — Il ne faudrait pas entendre que l'on souscrivit à 95 exemplaires, mais que 95 souscripteurs se rencontrèrent, pour acquérir au profit de toute l'éLrli>e de Bordeaux, un exemplaire de cette grande et coûteuse publia) lion.
3. Sorle de société des sciences, lettres et beaux arts, fondée par Court de Gébelin, et qui servit plus tard de modèle au « Musée » de Bordeaux.
4. Gourt de Gébelin avait fondé en leur faveur un «Bureau de correspondance», auquel le Consistoire de Bordeaux recourut sans doute plus d'une fois.
5. Voy la lettre-circulaire de 1 abbé de Beaulieu (Pans, l'^'" août 1784^ — et la lettre de recommandation de Paul i^abaut ''Nîmes, septembre 1784V publiée? toutes deux par Ch Dardier. Lettres de Paul Rafiaut à divers, ^11, 4 1 1 et 318.
G. D'après la Biographie girondine de Féret, Duche^ne de Beaumanoir, ^ubdélé£|•ué de l'intendant de Guienne Dupré de Saint-Maur et connu comme érudit et collectionneur, « possédait des manuscrits autographes de Court de Gébelin ». Nous ignorons ce qu'ils sont devenus et même si Beaumanoir appartenait à la communauté des religionnaires bordelais.
7. \ oy. notre Introduction,- sect. 2 — Aux trois nom^; que nous citons, il faut ajouter ceux de Lagravère de Latour, des Nairac (au nombre de trois), des Anglais Clarke et Johnston, des Allemands Beyermann et Basse, du Hollandais Non llemert, du bâlois Streckei'^en.
8 Dans le recueil des travaux du JNlusée, inq^rimé en 1787, Desmont et F^lachou sont dits «négociants», probablement pour ne point olîusquer certaines susceplibilil es,
iiiSTonu-: KXTKUNi-: di: la commi naii i'; di.s |{i:f.i<;i()NN \iiu;s *?(iO
commet îisl l'oiKHiic, laiidis (\\i'i\ l' AcadiMuic de iMMiilnic î);nii('l LalToii (le La(l(''l)at se voyail rlii (liicclciii- '. La Icllic (|iii siiil montre combien M. de Lislefeiiiie s'élaiL avancé dans la conlinnce d(3S Musécns.
I.el re de I\i(vl(is di- lAslcfcrmc adresser à un de ses confrèirs [pnilt'lrr. (lu prcsidenl) du Musée de Bordeaux.
A Paris ce 18 juin 1785.
Le tourbillon de Paris, Monsieur et cher Contr re, ne me fait point oublier notre Musée et l'engagement que j'ai eontracté de lui donner des [)reuves de mon attachement et de mon zèle pendant mon séjour dans la capitale. Je vous renouvelle les off es que je fis au Comilé la veille de mon départ. Vous trouvères cy-joint une copie de la lettre que M. Dupré de Saint-Maur (intendant de la province) m'écrivait en nrrivanl de salerre d'Argens. Elle vous prouvera qu'il est pénétré de reconnaissance des sentiments que nous lui avons témoignés. Je l'ai vu depuis très souvent chez lui. Il préviendra M. de Néville en faveur de notre ocJ^é li téraire et concourra de son mieux au succès de notre progrès pour nous assurer, par un arrêt du Conseil, une existence éternelle sur le précieux local où il nous a placés. J'aurais besoin de savoir 'il en a été question dans une assemblée générale et si je puis me flatter d'être autorisé dans toutes les démarches que je pourrais faire. Je vous prie de m'envoyer l'extrait des registres sur cet article et de m'écrire une lettre qui soit ostensible, surtout à M. Dupré de Saint-Maur.
Je me suis présenté aux deux musées de Paris qui ont fait Taccueil le plus distingué à notre vi e-présidant [sic) en le fa sant asseoir à côté de leur présidant et en lui donnant voix délibérative. Celui du Palais-Royal do.t être aujourd'hui dans le deuil par la terrible catastroj)he de l'infortuné Pilatre de Rozier, dont la montgolfière après être parvenue à une hauteur considérable s'est enflammée dans les airs. Elle est tombée à quekjue distance du rivage de la mer et les deux \oyageurs aériens (cV»r M. Pilatre avait M. Romain pour compagnon) avoient sans doute cessé de vivre avant la fin de leur chute. Toul Paris hier étoit rempli de cette triste nouvelle, dont je n'ai pu encore apprendre les détails.
Je dois vous parler d'un commissionnaire pour le Musée, qui m'a été recommandé [)ar différentes personnes et qui est venu chez moi m'of'frir ses services. C'est un homme de lettres qui a été professeur dan plusieurs collèges et qui veut vivre en liberté. Il m'a paru décidé de faire le commerce de a librairie. Au surplus il n'exigo aucun salaire pour la commission de fournir et d'envoyer au Muzée les journaux et généralement tous les ouvrages que nous lui demanderons. Son nom est Manuel. J» vous prie de le proposer de ma part au Comité, dont je salue et chéris tous les membres
Veuillez me rappeler à leur souvenir et particulièrement à celui de
1. Lt*> Arclii\'<'s >lii .Mu-(H' {lieg. S'29 de la Hihl. munie.), eoiilifiiiK iil muc (]uin'/aine du lettres, sans grand intérOt d'ailliurs, <i|/nOes de nonis piole-lanl-%.
MM. Permao-on (?), Lemesle, Perry, Garât, l'abbé Lollier et autres colonnes du Muzée J'ai eu le plaisir d'embrasser l'abbé Sicard, ce matin seulement. Nous n'avions pas pu encore nous rencontrer. Il fait ici une ample et précieuse provision de connaissances, dont l'éclat et l'utilité rejailliront sur le Musée.
Si je puis, Monsieur et cher Confrère, vous être utile à quelque chose qui vous regarde personnellement, je vous prie de ne pas m'épargner et d'être persuadé que je chérirois les occazions de témoigner le parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être. Monsieur et cher Confrère, votre très humble et très obéissant serviteur.
M. DE LiSLEFERME.
Mon adresse est chez M. de Sarrau, rue de Bourbon-Villeneuve, près de la rue des Filles-Dieu^
Lellre du pasteur J. Olivier-Desmoni à Vahhé Sicard, son confrère au Musée de Bordeaux (1787).
. Monsieur et cher Confrère. — L'occupation de ces fêtes (de Noël ?) m'a empêché de répondre à la lettre que vou m'aviez fait l'honneurdem'écrire.
Madame la baronne de Bourdic a été très sensible à l'honneur que le Comité lui a fait en lui envoyant un diplôme de correspondante de notre Musée. Il y a plusieurs mois qu'elle m'a chargé de faire ses remerciements à la Société Si je ne me suis point acquité de cette commission encore, 'est l'interruption de no "^ assemblées litlérai: es qui en est cause. J'attends que les choses ayent repris leur ordre naturel.
Madame de Bourdic a accompagné sa lettre d'une pièce de vers fort jolie que je communiquerai au Comité, et je crois qu'on la trouvera digne d'être lue à une de nos séances publiques.
Je ne puis, Monsieur, qu'applaudir à votre zèle pour l'affermissement et la gloire du Musée. Il faut être amant passionné des lettres et des arts pour se consacrer tout entier, comme vous le faites, à leur progrès et au bien de l'humanité, qui vous doit l'éducation d'une partie de ses membr s.
Pour moi. Monsieur, qui aime tous les hommes parce qu'ils sont mes frères, je ne puis vous exprimer que bien faiblement ici combien je me sens porté à vous témoigner, en toutes occasions les sentiments d'estime et de considération avec lesquels, je suis. Monsieur et cher Confère, votre très humble et trè obéissant
Pr. J. Olivier-Desmont.
Bordeaux, le 28 décembre 1787.
(Au dos) ; A Monsieur, Monsieur l'abbé Sicard, de l'Académie des sciences de Bordeaux et secrétaire du Musée de Bordeaux .
1. Bibl. iminic. de J3or<leaii\', ins. S29 (I et II). — L'adresse du destinataire de cette lettre manque.
• 2. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. S2*J (I et II). Cette lettre en complète une autre, du même Olivier-Desmont, adres<;ée, le 11 août précèdent, à .M. Perry aîné, a.^socié du Musée, jioiu' linformer que Iui,0]ivier-De'^mont, a reçu de la baronne de Bourdic demeuraid à Niuies, une lettre où elle se déclare très flattée de l'oflre qu'il lui a faite de la part de M. Perry, d'être élue « associée correspondante du Musée ».
inSTOini-: externe de I.A COMMINM té des nELTOIOXNAIRES 271
Si doue, en tant ({ue communauté ecclésiastique, ces Piolcstanls (le la fin (hî l'Ancien régiiiK^ ont porté U) [)oids de l,(jiites les ()])j)ressions politiques et d(^ toutes les sonliranees morales, il faut reconnaître (jue, en tant (jue groupe social, ils ont assez bien réussi, et par des voies avouables, à reprendr(^ leur place au grand soleil de la PVance. Enumérés comme ils le sont ici, dans un confus pêlc-melequi ne tient compte ni de l'âge de chacun ni de ses mérites propres, les noms de ces bourgeois pourront peut-être un jour être classés et hiérarchisés, quand une instruction plus serrée, reposant sur une documentation ({ui manque encore, permettra d'affirmer que, si quelques-uns se distinguaient par les dons de l'esprit et de l'intelligence, les autres l'emportaient par les qualités du cœur, les délicatesses de la conscience morale, les clartés de la piété, à la différence de ceux qui ne tenaient leur influence que de leur rang et de leur position dans la société protestante des Ghartrons ^. Dans le fait que quelques-uns étaient choisis pour hospitaliser les assemblées de culte ou pour siéger dans le Consistoire et dans les Comités extraordinaires transparaissent, pour ainsi dire, la considération dont ils jouissaient auprès de leurs coreligionnaires et l'attachement qu'ils avaient pour le protestantisme persécuté et honni. C'est en nous aidant de ces critères, à défaut d'un autre plus explicite," que nous sommes amené à voir dans Lafïon de Ladébat, Garrisson, Barthès,Rabaud, Mingard, Gentillot, Baux, Boucherie, Boyer, Truchasson, Bonnaffé aîné, aux entours de 1765-1782 2, les colonnes de la communauté dont nous écrivons l'histoire^.
Gardons-nous toutefois de croire que la force de l'église fut dans ces « grandeurs d'établissement ». Rien ne serait moins conforme à ce qu'enseigne d'ordinaire l'histoire ecclésiastique ni plus éloigné
1. Pour la connaissance des conditions sociales de cette population, on trouvera de précie\i\ renseignements dans le livre où M. Pierre iMeller a résumé les résultats d'une étude attentive et minutieuse des 2>< registres d'état-civil que nous indiquons ci-après (ap[)endice I). Malheureusement ce livre, qui. a pour titre /,es larnilles proleslanlcs de Burdcaiu, d'après les reqislres de rétat-civit avanf 1798 'Bordeaux, 1902, in- 12") ne s'occupe que des « familles occupant un rang honorable dans la société bordelaise ». La table des matières énumère environ f)20 noms, y compris ceux des membres de la colonie germanique.
2. Beg. consisl., 11 décembre 1765, 6 juillet 1768, 12 août 1774, 2 sept. 1782.
3. Just-.Jean Hemert et Guill. d'Egmont firent aussi partie du Consistoire. (Reg. consisl. 21 janvier 1781). Si nous ne les avons pas compris dans le relevé des noinbleirde l'église, c'est eu raison de Jeur origine hollandaise,
do l'esprit de la RéfoniK^ quand il est coiisi'quciit avec lui-meme.j La force de l'église était d'ordre spirituel et reposait avant toul sur une minorité de croyants (dont nous avons parlé dans uni précédent chapitre), qui s'obstinaient à concevoir le christia-j nisme sous l'angle du paulinisme : péché, repentance, régénéra-1 tion, rédemption. Ils se recrutaient à tous îes étages de la sooiétq et étaient souvent d'autant plus soucieux de sanctification, dé\ charité et de foi, d'autant plus confiants aux promesses de l'Evan- j gile, qu'ils étaient plus deshérités des biens du monde et des privilèges Me la naissance. C'est sur cette minorité que s'appuyaient les pasteurs, dans les temps de lutte, quand ils se rendaient bien ^ compte que, pour vivre et prospérer, leur église devait être autre «
chose qu'une association de gens riches, austères et bienfaisants. J . .... . . ^
Si nous avions l'injustice de méconnaître les mérites de ces mino- v"
ritaires, eux du fond de leur tombeau se redresseraient sûrement pour nous crier que « les membres du corps (de l'église) qui paraissent les plus faibles sont les plus nécessaires » (1 Coi\ xii, 82), et qu'en tout temps « Dieu a choisi les choses folles du monde ''■ pour confondre les sages, les choses faibles pour confondre les fortes, les choses viles et méprisées, même celles qui ne sont point, pour anéantir celles qui sont » (1 Cor. i, 87). — Une communauté protestante sera toujours à cent lieues de ces couvents de France et d'Allemagne où l'on -n'admettait que des nobles à plusieurs (( quartiers ».
D'autre part, si c'est quelque chose de pouvoir dire que le soupçon n'a jamais effleuré la probité d'un Pierre-Paul ou d'un François Bonnalîé, c'est pourtant peu de chose au point de vue que nous sommes contraint de prendre dans cette histoire d'un groupement ecclésiastique. Sans prétendre peser ces ancêtres au poids du sanctuaire, une double curiosité nous hante qui serait de savoir, en premier lieu, si ces multimillionnaires et leurs pareils avaient conservé dans leur existence quotidienne une place d'honneur à la ferveur religieuse; en second lieu, puisque le christianisme ne les avait pas détournés (comme cela se voit parfois) . de contribuer par leur travail à la prospérité matérielle de la société civile, de savoir s'il les avait vraiment amenés à porter dans les affaires commerciales le vérital)lé esprit chrétien, qui consiste
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à posséder l'or sans en ri ic j)osséd('' cl à le ramasser pour l'appliquer le plus possible à des lins ehai'itables.
Rien ne nous autorise à glorifier sans réserve sur ces deux points nos millionnaires des C.hartrons. Mais rien non plus ne nous permet de les ineriminer avec preuves à l'appui, sauf peut-être certain sermon de 1785 que nous avons déjà cité, où le prédicateur les accuse nettement de s'abandonner à l'amour du gain. Mais un sermon n'a jamais ])assé pour une preuve. Celui-ci nous laisse deviner une ombre, plus encore, une tache au tableau. Pour en décider, il convient d'attendre les révélations qu'apportera sans doute l'avenir par une documentation qui nous échappe encore. — N'avaient-ils point, par. contre, cette morgue des riches, cette suffisance des parvenus qui rendent aujourd'hui tant de négociants plus « distants » qu'un chanoine de cathédrale ou qu'un conseiller à la cour d'app<'l ? C'est encore un point qu'il faut réserver.
Ce que nous sommes en droit de conjecturer comme le plus plausible, c'est que la surcharge d'intérêts matériels qui faisait l'honneur et la joie de ces manieurs d'argent ne devait pas s'équilibrer toujours par une charge correspondante de préoccupations religieuses et charitables, à moins qu'ils ne fussent tous des héros de la conscience chrétierme et du devoir social. Au pied de la chaire où ils se réunissaient ponctuellement chaque dimanche, les tièdes, les timides étaient certainement plus nombreux que les fervents. Mais sans leur demander le détachement des biens de ce monde qui animait leurs missionnaires, leurs pasteurs, leurs théologiens, nous conjecturons qu'ils sentaient parfois au plus profond d'euxmêmes, par les tentations de chaque jour, par les occupations professionnelles de chaque heure, la vérité de ces terribles paroles de saint Paul, qu'ils connaissaient bien; « L'amour des richesses est la racine de toutes sortes de maux ». — La Révolution éclata assez tôt pour ne point laisser à cette excessive prospérité le temps de produire chez les moins bien trempés de ces Protestants ses effets démoralisants. Au milieu du grand bouleversement moral qui caractérise les dernières années de; l'Ancien régime, la famille nous apparaît encore, dans ce milieu des Chartrons, comme unie et forte, riche d'enfants et d'oeuvres, parce que fondée sur la
lettre et l'esprit de l'Evangile sérieusement médité; elle se ferme aux séductions et aux sophismes des unions libres, des amours illégitimes et de la natalité volontairement restreinte.
Est-ce à dire que le menu peuple valût davantage ?
Les documents que nous connaissons ne permettent point de voir clairement dans quelle mesure il avait repris sa discipline morale et sa mentalité religieuse si fortement compromises par soixante-quinze années de persécutions^. Il y a lieu de craindre que, de ce côté, les progrès aient été lents et pénibles quand on entend, en 1773 encore, le pasteur Olivier-Desmont faire cet aveu : que pour mieux échapper, eux et leur postérité éventuelle, à l'emprise du clergé et à l'opprobre d'une législation d'exception, nombre de protestants restaient célibatajres ! ^
Un écrivain allemand Max Weber, ayant sans doute remarqué la puissance bancaire prise par Genève, Bâle, Francfort, Amsterdam, etc., depuis le xvi^ siècle, en a conclu que le capitalisme moderne était le fruit du calvinisme. Autant vaudrait dire que la prospérité financière de Lyon, Marseille, Gênes, Milan, Florence, Rome au xv^ siècle était un fruit du catholicisme. Mais l'opinion de Max Weber ne supprime pas le problème qui se pose devant nous de savoir pourquoi les millionnaires bordelais des dernières années de l'Ancien régime étaient presque tous protestants.
A ce fait nous voyons deux causes principales ^. La première c'est que, obstinément écartés des fonctions publiques et des carrières libérales depuis 1685, ils avaient reporté sur les affaires commerciales leur intelligence et leur activité. La seconde c'est que leurs rapports permanents avec les étrangers, notamment avec les Anglais, les Hollandais, les Hanséates, les avaient initiés à des procédés commerciaux encore inusités chez nous et leur avaient inspiré quelque peu de la hardiesse des gens du Nord en matière d'entreprises lointaines.
Les constatations que nous avons faites quant au nombre des Religionnaires, à leur aisance et à la place qu'ils avaient conquise