Discours et sermons, déjà cités, p. III
2. Imprim. dans le Bulletin..., XIX (1870), p. 35, lettre datée de Bergerac, 4 juillet
sophes à l'égard de la Réforme, leur échappent encore; la condam-j nation absolue que le Clergé a prononcé contre elle, les frappe^ davantage. Pris dans son ensemble le protestantisme n'a pas^ encore, à cette date, recouvré la pleine indépendance de son enten-^ dément.
Le désir intense qu'avaient les Religionnaires de Bordeaux d'échapper à un régime d'exception pour être replacés sous la loi commune se traduisit clairement en 1778 et 1784 de deux façons afsez dissemblables. La première fois, ce fut en accordant leur confiance à un certain Le Gointede Marcillac, ancien capitaine de cavalerie et genti'homme de feu S. A. S. le prince de Conti. Fort seulement de quelques relations personnelles qu'il entretenait dans les hautes sphères du gouvernement, ce noble protestant désirait soit par ambition, soit par outrecuidance supplanter Court de Gébelin comme agent général des églises réformées à Paris pour soutenir leurs revendications auprès du pouvc«r royal, présenter en cour leurs requêtes et leurs mémoires. L'église de Bordeaux et quelques autres accédèrent à ses désirs, même lui donnèrent en septembre 1778 une sorte de mandat^. Plus avisée ou plus circonspecte, celle de Nîmes lui refusa toute confiance, et ce refus entraînant celui de plusieurs autres églises, M. de Marcillac se trouva réduit à l'impuissance. On ne comprend guère comment ni pourquoi Olivier-Dermont, personnellement lié avec Court de (lébelin, avait pu prêter son appui direct aux desseins aventureux d'un homme qu'il ne connaissait que de loin.
1. 11 n'y a point trace iiaii> le Registre consistorial de la résolution suivante, dont le texte, de la main du pasteur Olivier-Desinont, se retrouve dans les Archives du Consistoire de Nîmes et a élé publié par Ch. Dardier {rec. cité, II, p. 253) : « Etant informés des peines et soins que se donne depuis nombre d'années, gratuitement et avec un zèle vraiment patriotique, M. Le Cointe de Marcillac..., nous soussignés, protestans de la ville de Bordeaux, le prions instamment^ sous le bon plaisir du roi, notre auguste souverain, de ses ministres, de ses magistrats et généralement de tous nos supérieurs, de vouloir continuer à s'occuper de nos affaires à l'effet de présenter à S. M. ou à ses ministres, les mémoires, supplications, requêtes et justifications qui pourraient être nécessaires pour leur développer la rigueur de notre état, pour en obtenir le soulagement, pour empêcher les surprises que l'on pourrait faire à leur religion à notre sujet, et pour nous faire part de leui'Si' intentions, afin que nous puissions leur prouver par notre con luite que notre intention est et sera toujours d'être aussi fidèles au roi qu'à Dieu même. Fait à Bordeaux, le 7^' septembre 1778 «. — A remarquer que le Consistoire n'est pas nommé dans ce document, mais seulement l'église. Il y a là encore quelque chose d as-ez inexplicable.
HisToinE EXTr:nNK dio la commi'nai ik r)r:s nEi-iGTowAiREs *?87
La seconde manifestation que nous avons annonc«''e consista dans la demande formelle que les Protcîstants de Bordeaux: exprimèrent en 1784 de voir abroger les lois d'exception sous lesquelles gémissait encore l'Eglise réfoiinée de Finance ^ Si cette demande ne fut pas tout à fait inutile pour rappeler le droit méconnu, elle resta cependant vaine en l'ait puisque l'édit de tolérance, rendu sous le nom d'édit des non-catholiques (l'archevêque Loméni(i de Brienne étant ministre) en novembre 1787'^, ne fut enregistré
I par le parlement de Bordeaux que le 6 févri(U" 1789^.
Remarquons toutefois à la décharge de celui-ci (pi(i l'édit ne lui fut transmis de Paris ({ue le 13 mars 1788 et soumis pour la
j seconde fois que le 9 mai. La résistance de nos magistrats ne se limitait pas à ce point particulier. Elle était liée à celle qu'ils opposaient à ,Penregistrement d'autres édits royaux et qu'avait punie un exil à Libourne en août 1787.
Quant au Clergé, il est moins aisé de le disculper, puisque c'est en pleine indépendance qu'il inséra, quelques semaines plus tard, dans son cahier de doléances, un article ainsi conçu :
Art. XXIV. — Nos députés seront chargés de demander aux Etats généraux de sanctionner le maintien de la reliofion catholique et romaine, étant
1. Les Archives historiques de la Gironde ont publié il y a environ vingt-cinq ans (t. XXV, p. 228-230) une curieuse requête des protestants étrangers domiciliés aux Chartrons pour obtenir l'autorisation de célébrer en commun leur culte (1765), leur droit se fondant dans leur esprit sur le fameux principe : ciijiis regio cjus religio. De droit analogue les protestants français n'en avaient point, puisque depuis 1685 ils n'avaient plus d'existence légale. L'annotation manuscrite qu'une main inconnue a inscrite au dos de cette requête de 1765 est donc erronée : « les prot<;stunts de la ville de Bordeaux, sous le nom des prolestants étrangers, demandent la liberté de l'exercice public de leur religion a. En 1765 roi)inion publicpie était infuiinuMit moins préparée à cette évolution ((u'ell(> ne l'était encore en 1784.
2. Hendu sur la proposition de l'Assemblée des Notables du 23 mai 1787, à la sollicitation de Lalayett<', il accordait aux protestants l'état-civil et réformait les lois ^criminelles portées contre eux.
On en trouve le texte dans Isambert, XXVIII, p. 472, et ailleurs. Sous la dénomination de non catholiques, il ne s'agit que des Protestants.
3. Les Souvenirs de Daniel II Ducos disent expressément qu'au moment de la t^évolution, l'édit de 1787 « n'avoit pas encore reçu l'application » à Bordeaux. L'enregistrement par le Parlement n'eut lieu en effet (\\Vk la date précilée (Voy. Arch. dép. de la Gironde, Reg. B, n« |)rov. 103, f'^ 557). Cf. les délibérations des 21 février. 1788 et 8 janvier 1789 du Fiegislre consistorial). — Ces diverses constatations infirment totalement une assertion de Bernadau {Ann. de Bordeaux, p. 263), au dire duquel, le 8 mai 1788. le commandant et l'intendant de la province présentèrent au Parlement séant à Libourne, et y firent enregistrer, du très exprès commandement de Sa Majesté, treize édits, entre autres celui qui concernait l'état-civil des Protestants. .
la seule vraie, la seulje dominante dans le royaume et la seule à laciuelle. appartient le culte public; que les catholiques réputés tels par leur naissance ou par la profession publique de la religion ne puissent, en aucun cas, être M admis à se marier avec des non-catholiques. Ils demanderont aussi la sup- 'r pression de l'édit concernant" les non-calholiques, (jui donne aux curés la faculté de publier les bans des non-catholiques, l'ordre du clergé déclarant # ne pouvoir pas prêter son ministère pour des mariages autres que ceux qui ^ sont conLraclés suivant le rite catholique\ ^
C'est ainsi que nos ï^eligionnaires furent amenés à croire le plus légitimement du monde qu'ils étaient redevables moins à la *| Monarchie qu'à la Révolution, de la tolérance légale qu'ils obtenaient enfm.
Cetx'dit de 1787 était en quelque sorte un second édit de Nantes, arraché au pouvoir royal autant par les intéressés que par l'opinion publique décidément ennemie de tout régime de coercition en cette matière, sans souci du droit canon. « Nous proscrirons avec la plus sévère attention (dit le préambule de l'édit) toutes > les voies de violence qui sont aussi contraires aux principes de la raison et de l'humanité qu'au véritable esprit du christianisme^. » Toutefois, l'heure non plus de la tolérance, mais de la liberté légale et du droit égal pour tous les Français, avait déjà sonné. En d'autres termes, grâce à l'esprit philosophique, la loi civile allait corriger la loi religieuse (plus exactement la loi ecclésiastique), suivant une remarque générale que fait Montesquieu en s'inspirant des exemples qu'il trouve dans l'histoire de divers peuples. Elle allait proclamer que la conscience religieuse d'un protestant a même valeur que celle d'un catholique, si même elle ne lui est pas supérieure par le fait qu'elle ne relève d'aucune magistrature humaine.
Rabaut Saint-Etienne avait été un des plus grands artisans de cet édit, du moins l'un de ceux qui travaillèrent le plus inlassablement.^ à l'obtenir. En 1786 il avait passé quelque temps à Bordeaux*^ ])our prendre à ce sujet l'avis de son «ami» le pasteur Olivier-Desmont et celui des principaux membres de l'église constitués en
J. Archh.es Parlcinr/ifaircs, t. II.
2. Tel n'était point l'avis de l'évêque de La K()cliolle,(nii puljlia une diatribe contre l'édit de Louis X\T. Il trouva d'ailleurs un contradict<'ur éloi|uent ilans un savant oratorien, le P. Tabaraud (de Liinoi^es).
3. Il y a trace tle son passage dans noire ville sous la date du 20 septendjre 1786 {Reg. consisl. ). Le Consistoire lui accorde une subvention de 100 pistoles pour la « mission » dont il est charofé.
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comiLé spécial. L'édiL nue fois proinul<^ué, Kal^auL Saint-ELiinino rondit compte de ses démarches et négociations dans une longue lettre-rapport adressée « au comité de Bordeaux » sous la date du 18 février 1788 ^ 11 annonce en même temps son intention de revenir prendre, s'il le faut, l'avis de' ses amis sur ce qu'il reste à faire poui* étendre (piekpuî peu les droits si parcimonieusement mesurés par l'édit royal. Présentement, dit-il, il ne peut s'agir que de « recevoir avec reconnaissance ce (ju'on nous donne et ne rien innover »; mais dans l'avenir il faudra « affermir notre constitution par les seuls moyens (jui soient en notre pouvoir, par l'honorable ressource de la considération personnelle, qui nous rendra de plus en plus des citoyens utiles et le modèle de nos compatriotes. )) On ne pouvait donner de plus nobles conseils, ni de plus utiles, car si l'antiprotestantisme légal avait maintenant pris fin, il restait à triompher de l'antiprotestantisme politique et sentimental de beaucoup de Français-.
Pour s'assurer le bienfait de l'édit de novembre 1787 le Consistoire de Bordeaux dressa, en mai 1788, un projet de règlement en quatorze articles interprétatifs de cet édit^, qui furent promulgués par le synode provincial tenu à Bordeaux en avril-mai 1789*. Le Consistoire de Nîmes fit mieux encore en prenant une initiative tardive, à laquelle s'associèrent bientôt plusieurs autres consistoires. En deux points essentiels : la liberté de culte et l'état civil, les Religionnaires de France avaient maintenant cause gagnée; il leur restait toutefois à tirer les conséquences qui découlaient logiquement de ces deux bienfaits, c'est-à-dire la possession d'écoles, l'entrée dans les professions libérales et les fonctions publiques, et vraisemblablement aussi, pour un avenir prochain que beaucoup prévoyaient déjà, les droits actifs inhérents au titre de citoyen français. Le consistoire de Nîmes résolut de confier à l'un de ses membres les plus éminents Rabaut Saint-Etienne le soin de pour-