‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 12 sur 166 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, p

pour 1(1 conversion des Proleslanls, pour V inslruclion des nouveaux converlis et pour Fédification de lous les callioliques ^

Puis vint la Raison de l'Eglise calholique pour rappeler à elle les prétendus Réformés^ Urée, de leur propre confession, où est montrée r uniformité de cette église en ce temps avec V église de saint Augustin '".

Cet opuscul-e anonyme traite de treize sujets ou « articles » ; 10 les images; 2» les autels et le sacrifice; 3° l'adoration du saint Sacrement; 4° le service divin en langue latine; 5° l'invocation des saints; 6° les cérémonies et les croix; 7° le sacrement de la pénitence; 8» les bonnes œuvres; 9° les lois de l'Eglise; 10^ le purgatoire; 11° l'autorité de l'Église; 12° les différentes dignités dans l'Église; 13» le pape et le Saint-Siège. On voit assez par cette énumération que l'auteur proposait aux Protestants d'admettre tout ce qui les éloignait le plus du romanisme et fondait sa proposition sur une prétendue similitude de l'église catholique du xviie siècle avec celle du temps où vivait saint Augustin.

La même année parurent les Remarques catholiques sur les passages du Nouveau Testament qu'on a coutume d'employer dans les controverses, contenant les remarques sur les quatre Evangiles et sur les Actes des Apôtres pour F instruction des nouveaux convertis (par le P. Olivier. Bordeaux, Mongiron-Millanges, 1685); — puis l'année suivante, les Instructions familières pour tes nouveaux convertis, très utiles à tous les catholiques, sur ce qu'il faut croire, espérer, faire el recevoir (par le R. P. Jean Léonard de Fénis. Bordeaux, Simon Boé, 1685)

Ces écrits d'origine locale parurent sans aouie ne point suiïlre pleinement à leur objet, car en cette même année 1685, l'archevêque de Bordeaux fit imprimer, en l'abrégeant de moitié, l'Apologie pour l'Eglise catJiolique^ d'un pasteur renégat de Grenoble,

1. Il parut dans le format in-ie». sans nom d'auteur ni d'imprimeur, sans privilège, ni approbation, avec cette seule indication : «Bordeaux, 1686, par la Société ». Il y a vraisemblance qu'il est postdaté (Voy. le ms. 1454 de la coll. J. Delpit, à la Bibl. munie, de Bordeaux, f» 109.).

2. Sans nom d'auteur. A Bordeaux chez la veuve de G. de la Court et N. de la Court, 1685, in-12« de 82 p.

3. En voici le titre complet : Apologie pour VEglise calholique où Von jiislifie sa croyance, son culte et son gouvernement par les principes mêmes du Protestantisme. Dédiée à Mgr le Dauphin par M. Vigne, cy-devant ministre de Grenoble (Paris, D. Thierry, 1686, in-12o de 233 p.). Cette apologie est en deux lettres; c'est la seconde seulement que fit réimprimer l'archevêque de Bordeaux, en l'abrégeant encore,

appelé Vigne. Cet abrégé parut sous ce titre : Lettre de M. Vigne aux nouveaux catholiques ^ où il leur fait voir la justice de leur réunion à l'Eglise catholique, apostolique et romaine^. L'auteur justifie en les atténuant les divergences qui séparent les deux communions pour effacer des cœurs les préventions qu'on leur a données contre l'Eglise romaine « et qu'on prend le soin de fortifier par des lettres circulaires qui se répandent sourdement » au milieu des nouveaux convertis (p. 2).

Pendant douze ans nous ne trouvons plus à Bordeaux aucune production analogue; mais en 1698 paraît sans nom d'auteur r Entretien d'Augustin et d'Alipe, nouveaux convertis, sur le sujet de leurs peines et des vaines espérances dont ils s'étaient flattés par les visions de Jurieu et de Dumoulin.

Vingt années s'écoulent et nous enregistrons l'impression dans notre ville d'un nouvel écrit de polémique, dont l'auteur n'est d'ailleurs pas Bordelais. Nous visons la Méthode courte et facile pour rappeler à Vunité de V Eglise ceux qui en sont séparés, dressée et publiée par l'ordre de Mgr. F. E. de Voyer de Paulmy d'Argenson pour l'usage de son diocèse (Bordeaux, N. et I. de la Cour, 1728) ^. — D'après Fisquet la rédaction de cet ouvrage appartiendrait à l'abbé Michel, supérieur du séminaire Saint-Firmin de Paris. ^ Trois ans plus tard, pour clore la série des publications de ce genre, Messire Edme Mongin, évêque et seigneur de Bazas, faisait imprimer à Bordeaux un Sermon sur le sacrifice de la messe pour l'instruction des nouveaux convertis de son diocèse^.

Un curieux'^ouvrage anonyme, Voyages et aventures de Jacques Massé, que l'on attribue, je ne sais sur quel fondement, à Simon Tyssot de Patot, professeur de mathématiques à Deventer, inaugure, en 1710, sous une forme très anodine, la reprise de la polé-

1. A Bordeaux, chez la veuve de G. de la Court et N. de la Court, 1686, in-lî" de 38 p., plus 3 feuillets liminaires non chiffrés, plus un feuillet final contenant le permis d'imprimer donné par l'archevêque (2 mai 1686).

2. Il y en eut une seconde édition à Limoges chez Barbou en 1758.

3. Chez Lacornée, 1731. — Les opuscules que nous venons de rappeler sont devenus rares. Quatre figurent cependant sur le Cat. de la bibliothèque de feu M. Ernest Labadie (vendue à Bordeaux aux enchères en novembre 1918) sous les numéros 310, 320, 410 et 417.

mique anticatholique au point de vue protestant^. En voici la fiction :

Jacques Massé, fils de IVu David Massé, capitaine de marine, ayant fait naufrage sur les cotes d'Espagne, pénètre dans le pays et arrive à Lisbonne. Sur le navire ([u'il avait dû abandonner, il avait lié connaissance avec le capitaine, homme de bien, extrêmement dévot, mais huguenot. «Je ne l'eus pas fréquenté quinz(î jours que j'avais bien rabattu du respect que les moines m'avoient inculqué pour les saints et les saintes du Paradis » (p. 17). A Lisbonne, Massé rencontre un M. du Pré, chirurgien, aussi huguenot, dont il estime le caractère et avec qui il discute sur les Ecritures. Ayant repris la mer, il fait de nouveau naufrage, l'année suivante, et aborde à Sainte-Hélène où il prend la défense de la religion chrétienne contre le juge du lieu (p. 153). La défense, commencée au chapitre VI, se poursuit pendant tout le chapitre VII (p. 160 à 197), non seulement avec le juge mais encore avec le prêtre du village. Massé se dit catholique, mais ce n'est sans doute que par illusion, car il faut être protestant pour parler comme il le fait de l'Ecriture : « Ceux à qui Dieu partage (quelque chose) de sa grâce en lisant l'Ecriture, s'en trouvent si pénétrés qu'ils ne peuvent pas douter qu'elle ne vient du Saint-Esprit » '\

Les controversistes catholiques et Bossuet lui-même ont toujours manifesté une grande surprise du peu d'efficacité de leur polémique sur les Protestants éclairés et fervents, et ils les ont tout crûment accusés soit d'orgueil spirituel, soit d'opiniâtreté satanique dans l'erreur, soit de volonté secrète à «ruiner le christianisme ))^. —

1. Bibliothèque munie, de Bordeaux: Belles-Lettres, n» 4843. — Ce livre, divisé en 10 chapitres, est dit imprimé à Bordeaux chez Jacques l'Aveugle, nom singulier qiii ne figure point parmi ceux de nos imprimeurs bordelais. On admet qu'il sort des presses de Hollande, mais la supercherie dont il use dut contribuer à le faire connaître dans notre ville, et c'est pourquoi nous l'analysons sommairement.

2. M. Lanson a consacré à cet ouvrage (dans la Revue des cours, 17 décembre 1908, p. 259 et ss.) une courte étude. Il y voit un roman déiste. Cette interprétation nous paraît peu satisfaisante.

3. A cette alTirmation anti-historique, qui traîne encore dans beaucoup d'ouvrages catholiques, s'oppose pourtant colle des ecclésiastiques éclairés et loyaux : « les nations protestantes avaient répudié sans doute la suprématie de Rome, mais n'avaient point entendu rompre avec le christianisme ». (Gard. Mercier, Le Christianisme dans la vie moderne, 1919, p. 292).

C'était mal connaître leur mentalité et c'était surtout ignorer la raison d'être de la Réforme. Aux yeux de ces Protestants imbus de la théologie de saint Paul, la doctrine de la réversibilité des mérites des Saints, par exemple, était blasphématoire au premier chef, car les saints eux-mêmes ne sauraient avoir, aux yeux de celui qui sonde les cœurs et les reins, une surabondance de mérites qui n'appartient qu'au Christ.

Devant l'intelligence (la raison raisonnante) de ces Protestants qui avaient appris du Christ même que ses paroles sont esprit et vie, le dogme de la transsubstantiation était une énormité, puisqu'il matérialisait ce qui, de sa nature, est spirituel et doit rester tel pour être efficace.

Dans l'entendement de ces Protestants, qui croyaient avec saint Jean à la suffisance du sacrifice du Calvaire accompli une fois, pour tous les croyants, dans tous les temps et dans tous les lieux, l'idée n'entrait pas que les œuvres du chrétien toujours imparfaites et incomplètes par quelque endroit, puissent contribuer à son salut, si ce n'est comme conséquence logique et nécessaire de sa foi. Ils dénonçaient dans la doctrine catholique le renversement de ce qui est le fondement même du salut, selon l'Evangile.

Devant la conscience de ces Protestants qui proclamaient la valeur suréminente et absolue de la médiation du Christ, comment la médiation de la Vierge Marie et des Saints eût-elle pu avoir quelque signification autrement qu'en diminuant celle du médiateur par excellence ?

Ce disant, nous ne faisons point de la théologie; nous apportons seulement l'explication historique des résistances dont se plaignait la Clergé catholique : entre les deux églises il y avait moins opposition de sentiments qu'opposition de doctrines.

Remarquons d'autre part que, à l'égard du siècle, l'attitude morale de nos Religionnaires n'est pas moins réactionnaire ou, comme on disait alors si volontiers, moins sectaire. En changeant l'idéal de l'homme, la philosophie avait changé en même temps son objet, qui consistera désormais non plus à réformer le cœur humain en vue d'une destinée supérieure autant qu'au profit du progrès social, mais à poursuivre par l'action des lois et des constitutions politi-

ques l'amélioration Ho la soriotô terrestre et de ses institutions. Pour le chrétien, le salut éternel pai' le moyen de la discipline évangélique restait toujours sa pensée essentielle. « Que servirait à l'homme de gagner le monde s'il perd son Ame ? » demandait le (Christ à ses auditeurs. En bonne logicjue ce raisonncMTient est fondé et la vie terrestre comparées à la vie céleste est peu de chose comme durée et comme prix.

A cette conception, que le xviii^ siècle considérait comme périmée, il y a d'ailleurs d'autres fondements rationnels. C'est d'abord que le fidèle trouve dès ici-bas, dans son effort vers la sainteté, dans la pratique de la charité, dans la foi au monde transcendant, un bonheur qui n'est pas contestable, encore qu'il soit intérieur. C'est aussi que cette conception, qui semble procéder d'un point de vue égoïste, engendre logiquement le bien général de la société, laquelle ne sera jamais meilleure que lorsqu'elle sera pénétrée dans son ensemble par l'esprit de l'Evangile.

Telle était sans aucun doute, en ces diverses matières, l'opinion de nos Religionnaires bordelais. La consigner ici sans en discuter la valeur propre, c'est encore faire œuvre d'histoire^.

Entre la conception chrétienne et la conception philosophique, l'opposition ^n'était pas moins profonde au point de vue intellectuel et moral. La philosophie prenait l'homme tel qu'il est et ne songeait point à incriminer sa valeur ni à établir sa culpabilité. Au contraire le christianisme (sous la traduction paulinienne qu'adopte la Réforme) faisait grief à l'homme de sa corruption native et plantait en lui la notion du péché et de la responsabilité.

Comment concilier ces deux points de vue ? Il y a des docteurs catholiques qui s'y efforcent et qui croient y être parvenus. L'historien se borne à reconnaître que l'un est exclusif de l'autre; que nous n'avons d'autre ressource que de choisir entre l'une ou l'autre, et que la théologie de saint Paul et de saint Jean exprime mieux que celle de saint Thomas d'Aquin le fond de l'Evangile.

1. L'opposition fondamentale qui existe entre le protestantisme orthodoxe et la philosophie spiritualiste était déjà sentie et perçue par ceux des pasteurs de ce temps que pénétrait l'esprit des Evangiles. On en trouvera la preuve dans les citations que nous faisons au chap. VII, d'une lettre d'Etienne Gibert (1760) et d'une autre de Pierre Allard (1773).

Nous avons dit qu'il n'était point possible d'établir avec certitude le chiffre des abjurations, plus ou moins volontaires, qui suivirent la Révocation à Bordeaux. Elles montèrent sûrement à plusieurs centaines et se continuèrent, mais de plus en plus rares, tout le long du siècle ^ Entre toutes les victoires dont se glorifiait le clergé, il faut rappeler la suivante : Le 6 avril 1737, Elisabeth BégouUe, fille de Jacques Bégoulle, bourgeois et marchand, et de Marie Mainard, « tous deux de religion protestante » et domiciliés en la paroisse Saint-Ghristoly, fît profession religieuse c'est-à-dire prit le voile, dans la chapelle des Ursulines de Bordeaux. Elle avait alors 26 ans. Elle était donc née en 1711 et avait été nécessairement éduquée dans quelque couvent de la ville. Ce qui ajoute à son histoire un trait peu commun, c'est qu'elle monta en grade dans la communauté des Ursulines, au point qu'elle en était devenue la supérieure peu avant la Révolution 2.

Et c'est ainsi que, de temps à autre, le prosélytisme catholique, qui ne désarmait jamais, capturait quelque brebis errante et abattait sa main de fer sur les âmes désemparées.

Arrêtons-nous aussi, un instant, à la bibliothèque des Carmes déchaux, non seulement parce que ces religieux exerçaient leur ministère de convertisseurs précisément en plein faubourg des Chartrons, mais encore et bien plutôt parce qu'ils ont dressé de leurs livres un catalogue détaillé qui nous est parvenu ^. Or, ce catalogue enregistre à la veille de la Révo ution environ cinq mille ouvrages, et si l'on est un peu surpris d'y trouver les Amours de Psyché et de Cupidon d^Apulée, les Histoires de l'Arétin, le Décaméron de Boccace les Mémoires de Brantôme et un Rabelais d'ailleurs « réformé », il faut bien reconnaître que la bibliothèque se composait en majeure partie d'ouvrages sérieux et savants, traitant de théologie, de philosophie, de morale, d'histoire, etc.;

1. Nous ne considérons encore que les abjurations qui furent arracliées durant les 68 années qui précèdent le premier relèvement de l'église réformée de Bordeaux. Pour les années suivantes voy. notre chap. VI.

2. Arch, dép. de la Gironde, série H Ursulines, carton n" 1, Reg. des professions. 3. Beg. ms. 847 et 848 de la Bibl. munie, de Bordeaux.

bien plus, que le nombre y est assez considérable des écrivains protestants : théologiens, exégètes ou sermonnaires; non seulement Luther et Calvin, mais encore Abbadie, Samuel Rochart, Capelle, Jean Daillé, Ostervald etc. Ils se retrouvent aujourd'hui dans le « fonds ancien » de notre Bibliothèque municipale où ils voisinent avec h^ fameux (Udéchisine d'JIeidclbcîuf (édil. de 1707) et avec celui d'Ostervald (édit. de 1745), ave(; la Lilnvijir des Proleslanls de France (édit. de 1765), The hook of comnion prdi/rr (édit. de 1G82 et 1695), rilisloire des Deux Teslamenls de l'oratorien Richard Simon, les sermons de Drelincourt, Ele Saurin, Jurieu, Basnage, etc., entrés peut-être par d'autres voies.

Comment expliquer la présence de ces écrits héréticiues, si sévèrement proscrits par Rome et dont les doctrines pouvaient s'infiltrer dangeureusement dans l'esprit de nos religieux, si ce n'est par le désir qu'avaient ceux-ci de connaître au vrai les croyances de ces Religionnaires des Chartrons qu'ils avaient mission de ramener au bercail catholique ?

Nous n'avons retracé jusqu'ici que l'histoire externe de l'église « au désert, » et cela pourrait suffire à la curiosité des lecteurs qui s'en tiennent à la surface des choses sans faire effort pour pénétrer jusqu'au centre. A dire vrai, les documents à nous connus ne donnent pas davantage (sauf peut-être quelques passages des Souvenirs de Daniel I Ducos). Ils ne fournissent point les éléments de l'histoire interne puisqu'ils ne parlent point de la transformation que subit alors, comme nous le montrerons plus loin, la conscience religieuse des protestants violentés, honnis, dispersés. Mais il faudrait ne rien savoir de ce qui, en pareilles circonstances, agite collectivement les foules touchées par l'esprit de l'Evangile, pour ne point deviner en quelque mesure ce qu'éprouvèrent les premières victimes de la Révocation devant le spectacle permanent de l'écroulement de leur église, qu'elles croyaient avoir bâtie « sur la parole de Dieu ». Inquiétude, désespoir, doute, mais bientôt retour confiant à cette parole pour Tinterroger et lui demander l'explication du présent, la révélation de l'avenir : l'historien psychologue est induit à supposer tout cela pour éclairer raisonnablement les événements qu'il raconte. Au diapason où étaient alors les âmes demeurées protestantes, leurs sentiments se confor-

maient volontiers à ceux qui sont nés jadis de souffrances analogues : « Il a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter et comprimer mon orgueil )>. Brutalement affranchies par les événements d'une foule de croyances secondaires et contestables qu'elles professaient autrefois, quelques unes de ces âmes douloureuses pénétrèrent plus avant dans la connaissance de l'Evangile et dans l'intelligence du christianisme. Elles acceptèrent leurs souffrances comme une épreuve qui spiritualisa davantage leur foi, épura leur piété, amenda leur théologie.

Nous étudierons bientôt^ comment l'évolution générale des doctrines de ce temps va contribuer, autant que les sévices, à la formation d'un néo-protestantisme, moins aride, moins scolastique, moins légaliste, donc plus profond et plus vivant que celui qui avait précédé la Révocation.

L'encouragement que les 'victimes de la Révocation allaient trouver pour leur essai de relèvement auprès de leurs coreligionnaires du dehors, n'était pas le seul qui leur fût donné. Depuis quelques années soufflait dans les rangs de la société éclairée, en faveur des Protestants depuis si longtemps persécutés, un vent de tolérance dont nous avons déjà indiqué les origines (Introd. sect. 2). Il ne pouvait inciter ceux de Bordeaux à tenter moins que ce qui avait si bien réussi antérieurement dans maintes localités du Languedoc et du Dauphiné.

Une autre circonstance de ce temps mérite encore d'être consignée ici : c'est que l'influence et la considération dont avait joui si longtemps le Clergé catholique étaient maintenant amoindries ; ce qui en subsistait était impitoyablement battu en brèche par les philosophes. Un historien moderne, qui a étudié de fort près les manifestations de l'esprit révolutionnaire au xviii^ siècle, affirme à deux reprises qu'en l'année 1754, la Révolution fut sur le point d'éclater en France, dirigée contre les représentants de

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