Voir particulièrement nos chap. II et VII
l'Église^. Les passions qui couvaient à Paris étaient en quelque mesure partagées par les grandes villes du royaume.
Le principe de « raison sufTisante » explique donc également aux yeux de l'historien la résurrection de l'église réformée de Bordeaux. Si aux yeux du monde cette église apparaissait comme une assemblée de « mysticpies » et de « rétrogrades » dont l'avenir était assez court, elle se révélera bien difîérente' à notre curiosité érudite, par sa théologie, sa morale, son histoire, et établira ses titres à l'attention de la postérité.
Un dernier facteur, d'ordre à la fois historique et sentimental, agissait aussi pour fortifier nos Religionnaires dans leur intense désir de récupérer leurs droits naturels et d'occuper leur place au grand soleil de la vie nationale. Peu à peu, comme conséquence de leurs lectures personnelles et des traditions domestiques, les plus instruits avaient repris conscience des ressources propres et des forces actives que recelait toujours la Réforme calvinienne. Sentant qu'ils avaient à relever plutôt qu'à fonder, ils envisageaient l'avenir sinon avec sérénité, du moins sans découragement. Le narrateur que nous sommes est donc amené à faire remarquer, pour l'intelligence de ce qui va suivre, que les Protestants de 1753 allaient bénéficier, dans leur déchéance apparente, d'une existence historique qui leur devenait plus chère que jamais et que la génération précédente avait pu croire abolie pour toujours.
Ils avaient derrière eux un passé où, comme dans un miroir, l'Église réformée de France pouvait se contempler avec quelque fierté : une histoire d'environ deux siècles, toute remplie de souvenirs divers, les uns glorieux, le- autres néfastes : les martyrs de l'époque héroïque, les conquêtes morales des premières années, les grands noms de Calvin, Théodore de Bèze, Duplessis-Mornay, Coligny, d'Aubigné, Jeanne d'Albret etc., mais aussi les défaites subies, les persécutions et les massacres endurés, les défections des habiles et des craintifs, les erreurs de la politique générale.
Ils apportaient avec eux une doctrine- théologique et morale ^,