Lcllres de P. Rabaut à divers, II, p. 393 à
2. Abstraction faite de celui qu'on peut appeler théoloi^ique et ecclésiastique, dont la persistance est liée à la durée même des principes en opposition.
3. D'après un document émané de l'église de Nieul (Charente), 13 mai 1788, cité dans le HulleUn..., XLI M 892), p. 182.
4. Les SijrKides du dé>ii'rl, III, p. 592-590, reproduisentce règlement dans sa totalité. Il a trait à l'instruction de la jeunesse, à la tenue des registres baptistaire>^ et malrimoniaux, aux baptêmes administrés à des protestants par les heures catholiques, aux mariages des prosélytes et aux mariages mixtes.
suivre l'obtention de tous ces droits et, au commencement d'octo-^Î! bre 1788, rédigea un mémoire-circulaire qui fut adressé aux autres consistoires de France ^. Celui de Bordeaux s'y rallia aussitôt par'^ délibération du 6 novembre 1788 : « Lecture faite d'un mémoires dans lequel MM. de Nîmes proposent d'établir dans la capitalj un agent qui puisse veiller constamment sur les intérêts génêj raux des églises protestantes du royaume, solliciter de nouvelli grâces auprès- du gouvernement et servir de centre de correspond dance entre les provinces » : le Consistoire donne son adhésioi tout en déclarant que le rôle de cet agent estinsuiïisant, et il demanda que l'on confie plutôt à un synode national les intérêts générauil des églises. « On a cependant senti (ajoute la délibération) que,' dans le cas présent et extraordinaire de la tenue prochaine des Etats généraux du royaume, il pourroit être utile aux églises d'avoir sur les lieux un homme sûr et propre à être l'apologiste ou le solliciteur de la cause commune, selon l'occurrence. C'est,; pourquoi la compagnie de Bordeaux consentira avec plaisir à participer aux frais nécessaires pour la présence de M. Saint-Etienne dans le lieu où se tiendra l'assemblée de la Nation pendant le temps de sa durée, ne doutant pas que I<3 dit sieur, sans outre-passer ses pouvoirs, ne s'efforce de procurer le bien des églises, selon que l'occasion pourra le permettre ».
La mission que les Consistoires voulaient confier a Rabaut Saint-Etienne était donc une extension de celle qu'il avait déjà reçue en décembre 1785^ et qu'avant lui Court de Gébelin avait exercée pendant plusieurs années jusqu'à sa mort.
Que la sécurité résultant d'une tolérance de fait ait eu pour cons( quence un progrès moral, on peut le présumer en remarquant qu'à partir de ce temps là justement, le Consistoire introduit^ diverses mesures disciplinaires qu'il avait ajournées par esprit
1. Voy. la lettre de Rabaut Saint-Etienne (12 octobre 1788) où il est parlé d'un « projet de la dernière conséquence » que l'on prépare à Nîmes. (Ch. Dardier, rec. cité, II, p. 372; note). Le mémoire qui contena t l'exposé de ce projet lut adressé, le même jour, par le pasteur Gaclion au Consistoire de Bordeaux.
2. Get'e première mission de Rabaut Saint-Etienne lui avait été donnée par les consistoires de Montpellier, Marseille, Nîmes et Bordeaux pour veiller aux intérêts de !a cause commune des protestants du royaume (Voy. Gli. Read. Lafaydle, Washinglon et les Protestants de France, cité par M. A. Lods dans le Bulletin, 1893, p. 515).
mSTOmE EXTEliM-: DE LA COMMLNMTÉ des HEI-IG1()NNA1I\ES 201
d'opportunité. C'est ainsi qu'en 1779 il s'élève contre les mariages consanguins et rétablit à cet égard la règle ancienne; en 1782 il déconseille les mariages mixtes (jui rendent si malaisée la j)aix des ménages et amènent parfois des défections ; en ï 784 il déclare obligatoire la publication préalables des bans de mariage. Dans l'ensemble de ces rénovations, l'historien est fondé à voir la preuve de la volonté qu'avait l'église de j>rogresser moralement et spirituellement pour s'imposer au respect de tous.
Ce résultat sera-t-il obtenu? Nous le saurons plus tard. Bornons nous à noter présentement ce que démontre l'expérience de l'histoire : c'est que les temps de sécurité extérieure et de prospérité matérielle sont peu favorables à la ferveur religieuse et à l'éclosion des dons spirituels. Lorsqu'elle; n'est point disciplinée par la gène ou les tourments, l'humanité retombe toujours du côté où elle penche.
L'histoire particulière du protestantisme bordelais depuis 1753 jusqu'à 1789 court parallèlement à l'histoire générale de Bordeaux telle que nous l'avons esquissée dans la deuxième section de notre Introduction. L'une complète l'autre et introduit dans l'ensemble du tableau un trait original que nous n'avions pu indiquer que sommairement. Renaissance d'un passé ecclésiastique qu'on avait cru aboli à tout jamais, préform?tion d'un avenir social qu'on osait à peine prévoir : telle apparaît dans son ensemble la communauté que nous avons essayé de faire revivre devant nos lecteurs.
Si la Révolution de 89 fut, de toutes manières, favorable à ces religionnaires bordelais, la République de 93 ne les épargnera guère. Tombée aux mains de chefs indignes, les Lacombe et consorts, elle traitera en suspects beaucoup de ces Protestants qui avaient travaillé à son avènement. C'est le récit de cette nouvelle « épreuve » qui f(;ra l'objet des chapitres suivants.