CHAPITRE lï
Premier relèvement de Téglise « sous la croix »
Relèvement de l'église réformée de Bordeaux et de son consistoire à partir de 1753, sous la conduite du pasteur Grenier de Barmont. — Le plan de réorganisation de décembre 1754. — Premières mesures de sécurité prises dans le sentiment des dangers extérieurs. — L'impulsion vient, d'une manière inégale, de la Saintonge, du Languedoc, du séminaire de Lausanne principalement et des frères Moraves. — Rapports des Religionnaires bordelais avec les protestants luthériens de la colonie germanique.
Pourquoi le protestantisme reparaît à Bordeaux en tant que doctrine au milieu du xviii^ siècle. — Historiquement et psychologiquement il représente à la fois une protestation contre le cléricalisme persécuteur et sa tradition scolastique, une réaction contre le philosophisme irréligieux, un acheminement vers un christianisme plus conforme que celui du temps à la lettre et à l'esprit des Ecritures. — Exposé pragmatique général des doctrines religieuses et morales du protestantisme au milieu du xviii^ siècle, comme moyen pour l'historien de traduire en quelque mesure la mentalité générale des protestants de Bordeaux. — Rappel de ces doctrines politiques et sociales.
Il y eut à Bordeaux, à partir de 1745, une poussée générale du protestantisme, une synergie d'efïorts en sa faveur, que personne n'a remarquées jusqu'ici et qui résultent cependant clairement du synchronisme de quelques faits. D'abord la participation des Religionnaires de notre ville aux « assemblées du désert » dès la dite anné« ^. D'autre part, en 1751 ou 1752, à la demande de l'ambas-
\'oy. ci dessus, p. 16,
sade des Pays-Bas, les Hol'andais (du rite réformé) obtinrent le droit d'ouvrir un cimetière pour leurs morts sur un terrain de la rue Pomme-d'Or aux Chartrons. En la môme année 1752, ou peut-être en l'année suivante, les Hanséates allemands (du rite luthérien) jouirent pour la première fois du ministère de pasteurs envoyés de Neuwied-am-Rhein par l'Unité des Frères Moraves; la série de ces pasteurs se poursuit aux Chartrons avec quelques intermittences jusqu'au commencement du xix^ siècle^.
Quoi de surprenant dès lors si les Protestants français de notre ville songent à suivre l'exemple donné et à prendre leur part de la tolérance que revendiquaient leurs coreligionnaires étrangers. En fait, ce n'était, même pour ceux-ci, qu'une tolérance, quoique la révocation de l'édit de Nantes ne pût, endroit, atteindre des gens pour qui l'édit de 1598 n'avait point été promulgué.
Avec l'année 1753 commence donc pour l'église des Réformés français de Bordeaux une seconde phase de la période historique dans laquelle nous sommes entrés depuis 1685. La profusion des documents est dès lors si grande que force nous sera de répartir la matière que nous en tirerons entre neuf chapitres différents.
Il ne subsiste toutefois, à notre connaissance, aucune trace des premiers conciliabules qui amenèrent non seulement le groupement des Religionnaires dispersés depuis deux tiers de siècle, mais encore la formation d'un consistoire clandestin et la célébration d'un culte en commun à huis-clos. Ce que nous pouvons pourtant affirmer, c'est que ces prémisses appartiennent à l'année 1753, puisque le registre des baptêmes et mariages 2, fermé depuis 68 ans, se rouvre à cette date, ainsi que la liste des Anciens du consistoire^ dissous en 1685.
Le branle semble être venu de la Saintonge (au lendemain de la « grande persécution «^ qui s'était encore une fois appesantie sur les Religionnaires de 1745 à 1752), par l'intermédiaire de deux
1. Voir notre histoire de la Colonie germanique de Bordeauj, t. II, additions, p. 600.