‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 164 sur 166 · Registre des délibérations, 3 avril · texte numérisé non relu

Registre des délibérations, 3 avril

5. Il était né à Bordeaux même en 1746,. d'après le Dictionnaire des parlementaires de Robert, Bourloton et Cougny (1891, t. II). Il ava^t été élu en l'an VI. Plus tard rallié à Bonaparte, il devint membre du Corps législatif et en fut même le président pendant quelques mois de l'an X.

6. Opinion de Couzard sur le projet relatif aux biens du culte et à r instruction publique des Protestants (9 ventôse an VII = 1" mars 1799). Il y on a un exemplaire à la Bibl. nat. de Paris sous la cote L.e, 43, n°2834.

d'un hôpital, d'un cimetière, le soulagement des indigents dans les années de misère ou de chômage. Le déficit se produit aussitôt : avec lui naissent et dominent des préoccupations qui entravent la vie morale de l'église et l'activité de ses chefs. C'est dans cette expérience, si cruellement sentie de 1795 à 1802, qu'il faudra peutêtre chercher l'explication de la facilité avec laquelle sera admis le régime de la loi du 18 germinal an X, imposé par Bonaparte.

Pour la troisième fois en moins d'un demi-siècle, les Protestants de notre ville s'étaient trouvés dans l'obligation de réorganiser leur communauté pour vivre leur chétive existence ; la première fois en 1753-54, dans le plus grand secret; la deuxième en 1789 après l'enregistrement de l'édit de tolérance promulgué en novembre 1787; et maintenant, pour la troisième fois, au lendemain delà dispersion provoquée par le régime terroriste.

Ce fut l'affaire de quelques mois, et les courtes étapes de cette marche en avant sont faciles à relever :

— Reprise des assemblées du Consistoire (juillet 1796) qui tient sept séances pendant la seconde moitié de l'année.

— Reprise de la prédication publique par Olivier-Desmont (octobre 1796).

— Installation des orgues (décembre 1796).

— Dédicace du premier temple des Chartrons (Noël 1796).

— Etablissement de la liste des protestants de Bordeaux (décembre 1796).

— Premier état de situation financière de l'église (comm^ 1797).

— Reprise des quêtes annuelles à domicile (comm* 1797).

— Installation du nouveau pasteur François Martin (juillet 1797).

— Première distribution de secours, projetée dès novembre 1796, sur la « bourse des pauvres » (août 1797).

— Reprise du catéchisme pour les enfants (vers octobre 1797).

— Célébration d'un jeûne public et de la sainte-cène (décembre 1797).

— Décision prise de célébrer les baptêmes et les mariages au temple et non plus à domicile comme jadis (avril 1798).

— Reconstitution des archives de l'église (mai 1798).

lUajlMK J)l-: LA LIOERTK DÉFINITIVE, ETC. 363

— Première année d'équilibre financier, 1799.

— Révision des titres de propriété de l'église^ (mai 1800).

— Fabrication d'un sceau pour authentiquer les certificats et lettres émanant du Consistoire (juillet;1801) i.

Nous avouons ne point trop savoir comment caractériser la mentalité commune aux Protestants de ce temps. Point de faits saillants dans leur histoire, en dehors de ceux qui ont pour objet de réorganiser la communauté. Point d'impression générale à retirer des écrits contemporains. Point de littérature qui permette de lire dans le fond des âmes. C'est vraisemblablement une phase d'attente inquiète, d'expectative soucieuse, où cependant chacun, s'élançant en révc vers l'avenir qu'il désire, crée autour de lui une force d'expansion qui semblait perdue depuis la Révocation.

L'église réformée de Bordeaux en était là de son relèvement spontané quand une lettre de son ancien pasteur, Olivier-Desmont, toujours attentif aux événements du dehors et toujours bien informé par ses correspondants de Paris, vint jeter quelque émoi dans le Consistoire (septembre 1801). L'auteur annonçait que, d'après les bruits qui circulaient, « le gouvernement avait l'intention de salarier les prêtres catholiques » 2. De ce bruit encore vague Olivier prenait peur et croyait tirer une conséquence logique en faisant observer qu' « une loi qui tendroit à reconnoitre la religion catholique comme une religion nationale expozeroit les autres et notamment l'église protestante à la persécution et fairoit renaître les fléaux dont elle a été afïligée depuis la Révocation ». Ces craintes nous paroissent bien exagérées et procéder surtout des souvenirs d'un passé désormais aboli par la Révolution. Quoiqu'il en soit, le Consistoire « étoit invité à prendre quelque mesure pour éviter un danger dont le protestantisme est menacé»^.

1. On trouvera ce sceau reproduit ci-après, d'après la matrice que nous a obligeamment communiquée M. le pasteur Vièles. L'inscription La vigne du Seigneur qu'il porte en exergue est évidemment une réminiscence de Esaïe,V, 7, suggérée par le désir d'opposer la vigne symbolique, dont parle le prophète, à la vigne matérielle qui absorbait si fort les pensées de tant de Bordelais.

2. Les négociations pour le Concordat avaient commencé entre Bonaparte et le cardinal Spina dès novembre 1800.

3. La lettre d'Olivier-Desmont ne nous a pas été conservée. Les citations que nous faisons entre guillemets sont celles du texte de la délibération consistoriale du 21 septembre 1801, où la dite lettre est résumée.

« La matière étant agitée, — dit le procès-verbal de la séance du 21 septembre 1801, — un membre rappelle à l'assemblée que le citoyen Couzard a manifesté son zèle pour l'Eglise réformée (de France) en s'opposant à un projet de loi qui tendoit à dépouiller les églises protestantes de leurs propriétés ^, et il propose d'écrire à ce citoyen pour le prier de prendre en considération les malheurs qui résulteroient d'une semblable mesure ». Cette proposition fut adoptée avec cet amendement, « de joindre à la lettre du Consistoire des nottes détachées qui n'auront pas l'air d'un mémoire, mais qui indiqueront les objets de l'inquiétude » des Anciens de Bordeaux.

La question était ainsi réglée depuis quelques jours seulement quand le président du Consistoire reçut une lettre du sous-préfet du Vigan, « par laquelle ce magistrat lui apprend qu'il vient d'être chargé de prendre des renseignements sur l'état actuel des églises protestantes de France, relativement à leur population, l'étendue de chaque église, leur distance du chef-lieu, le salaire que devroient avoir les ministres, » etc. Le cas parut pressant, car le Consistoire se réunit aussitôt en séance extraordinaire (9 oct. 1801) et, à la suite d'un débat qui fut sans doute assez long, adopta la résolution que voici : « Nommer une commission de six membres qui sera chargée de faire un rapport sur les questions proposées et sur la manière de répondre ». La rédaction de ce rapport était confiée au président, c'est-à-dire au pasteur de l'égHse, le Consistoire se réservant d'en délibérer à sa prochaine réunion. C'est ce qui eut lieu le 24 octobre, le Consistoire ayant fait sienne la réponse de son président, qui fut transmise au citoyen C. Rabaut-Pommier, sous-préfet du Vigan,

Que faut-il retenir de ces divers faits ? Rien autre chose que la vanité des appréhensions manifestées. Les églises réformées de France allaient être traitées non point à l'égal de l'église catholique, puisque le gouvernement ne négociera pas réellement avec leurs chefs, mais avec assez d'équité cependant pour que les Protestants fussent contraints de reconnaître qu'il y avait Jéiiormais, en ce qui les concernait, un esprit nouveau dans le gouvernement central.

1" \oy. ci-dessus p. 301

REGIME DE LA LIHEUTÉ DÉlINITIVi:, ETC. 365

La loi du 18 germinal au X = 8 avril 1802^ donua en effet une existence oiHcielle au culte protestant, mais en l'organisant sur des bases assez dilTcrentes de celles qu'il avait admises antérieurement. jElle diminua l'importance traditionnelle de la Paroisse pour ne considérer que le Consistoire; elle ramena de 16 à 12 le nombre Mes anciens dont elU) enleva l'élection à l'église totale pour la remettre aux vingt-cinq plus imposés; elle attribua au pasteur élu par le Consistoire un traitemept ({ui, à coup sûr, rendait son existence plus assurée sinon plus aisée ^; mais, en faisant de lui un fonctionnaire, lui enlevait une partie de l'indépendance et de la dignité dont.il avait joui depuis 1789. L'église réformée de Bordeaux qui, depuis quelques années, était sui juris (comme dirait un juriste)^ c'est-à-dire ne dépendant que d'elle-même, va devenir alieni juris, autrement dit soumise à la puissance d'un chef temporel qui, en l'espèce, ne pouvait être que l'Etat.

Tel était alors le fléchissement des consciences, l'abaissement de la foi, l'oubli des principes ecclésiastiques que cette loi, qui mettait l'Eglise réformée de France en tutelle, fut accueillie par les Protestants de Bordeaux, fatigués peut-être de lutter contre le déficit financier autant que fiers de se sentir officiellement reconnus, avec autant de gratitude que l'avait été le Concordat par les catholiques. Tout le monde méconnaissait la valeur éminente et le sens profond de ce mot de Pascal : Bel état de Véglise quand elle ne relève que de Dieu.

La sécurité et la paix à tout prix étaient en effet le grand besoin du moment et il s'exprime dans des formes jusque là inusitées : d'abord par un discours prononcé au temple des Chartrons, le 15 novembre 1801, suivi d'un Te Deumk l'occasion des traités de Lunéville, Madrid et Paris, conclus au cours de l'année avec diverses puissances^; puis par un nouveau Te Deum au lendemain du séna-

1. Dite aussi Articles organiques des cultes protestants (réformé et luthérien), à la suite des Articles organiques du culte catholique.

2. Dans les églises urbaines, comme celle de Bordeaux, le traitement accordé aux pasteurs par l'État se trouva souvent inférieur à celui qu'avait servi l'Eglise, mais il était toujours assuré. ,

3. Voy. le Discours prononcé à Véglise réformée de Bordeaux et suivi du chant du Te Deum, le Ib novembre 1801, jour d'action de grâces pour la paix générale (Bordeaux, an X, Burkel, in-S». Mentionné par J. Delpit, ms. 1471, f° 23, de la Bibl. munie.) L'auteur ne peut être que le pasteur F. Martin. — De ces cérôuionies religieuses, tant catiioliques que protestantes, il n'est pas môme question dans le Procès-verbal hislo-

tus-consulte qui confirmait à Bonaparte le titre de premier consul à vie^ Les Protestants de°^'Bordeaux ne pouvaient vraiment s'associer plus clairement à leurs concitoyens dans l'allégresse qu'entraînaient ces événements.

Mais c'étaient là des démonstrations quasi officielles. Il y en eut une plus spontanée et en tout cas nullement imposée dans ce fait que le pasteur François Martin, président du Consistoire, crut devoir faire une visite à l'archevêque de Bordeaux, auprès duquel il trouva « un accueil très flatteur )> ^. Visite de déférence ? Non certes; le protestantisme français n'a point de pareil devoir à remplir vis-à-vis du catholicisme sauf quand il s'agit, dans les cérémonies publiques, de reconnaître l'ordre des préséances numériques. Visite de courtoisie simplement. En supposant même que François Martin se conformât à un mot d'ordre donné, il était convenable, au point de vue chrétien, qu'il en fût ainsi, et que les descendants des victimes montrassent aux descendants des persécuteurs qu'ils étaient prêts à oublier le passé.

Pour des raisons qui ne sont nuile part alléguées, on vit se reproduire à Bordeaux, dans l'application de la loi du 18 germinal an X, le long retard qui avait suivi la mise en pratique de l'édit de tolérance de 1787. Alors qu'elle avait reçu dans presque toute la France son exécution pleine et entière, la k)i en question resta inopérante dans notre ville pendant près de deux années. Il en est question pour la première fois, par voie d'allusion, dans les délibérations

rique de la fête de la Paix célébrée à Bordeaux, le 18 brumaire an X de la République, signé par P. Pierre, commissaire général de la police (Bordeaux. Racle, an X, 24 p. in-S"), ni dans le Coup d'œil sur la fêle de la paix générale célébrée à Bordeaux, le 18 brumaire an X (Bordeaux, Dubois et Coudert, s. d.). Il est vrai que la date de cetlc fête laïque ne coïncidait pas avec l'autre.

1. Délibération du 19 août 1802. — Sur le TeDeum protestant voy. ci-dessMs, chap. IX p. 296.

2. Délibération du 19 août 1802. — Visqnel, {France ponlif., p. 402 et 410)j cite deux autres exemples de rapprochement entre catholiques et protestants. Le premier es! celui de Draveman, colonel de la Garde nationale, protestant de naissance, qui^ le 14 juillet 1792, avait essayé d'arracher l'abbé Dupuy aux mains des énergumènes qui allaient le massacrer. Le second est celui de l'abbé Dominique Lacombe, futur évêque constitutionnel de la Gironde, qui, en 1792 et 1793, «sauva la vie à plusieur? citoyens accusés de fédéralisme, notamment à M. Tarteyron (de Changes), riche négociant protestant ». — Fisquet ajoute en parlant de Draveman : « Il est doux pour l'historien catholique d'avoir à raconter de pareils traits de nos frères dissidents et ceux de Bordeaux, pendant l'époque révolutionnaire, nous en offrent beaucoup de ce genre ». Fisquet ne précise pas davantage.

du Consistoire, à la datcî du 10 mai 180li, plus cxplicitcirKîiit à celles des 20 juin, 24 octobre, 23 et 28 décembre suivants, (juaiid les Anciens réclament vainement le liénéfice de la nouvelh; organisation annoncée. C'est seulement dans la séance du 27 janvier 1804 cjue, à la demande du préfet du dépai'temenl , un n()uv(;au Consistoii'(' de douze membres fut élu pcnir éti'e installé le 6 février suivant. Son premier fonctionnement, ([ui eut i)()ur obj(;t de confirmer dans leurs charges les deux pasteurs et autres délégués que s'était donnés l'église, eut lieu le 11 février. L'histoire de l'église; réformée de Bordeaux entrait dès lors dans une période nouvelle qui durera, après l'étapede 1852, jusqu'à la loi de séparation de 1905.

Les sources

Pour permettre au lecteur d'établir lui-même le contrôle de la documentation, voici sous une forme systématique quelles sont les sources de notre travail :

Aux Archives du Consistoire de Bordeaux.

1°. — Les délibérations du Consistoire réformé de Bordeaux, (1753-1797), dont nous comptons publier prochainement de larges extraits dans les Archives historiques de la Gironde (tome LUI). Ces délibérations sont un document de premier ordre, quoique insuffisant, pour notre sujet, durait quarante-quatre années. De contenu moins varié qu'on ne s'y attendrait, elles offrent pour l'histoire de la restauration du protestantisme à Bordeaux un ensemble d'indications d'une précision et d'une valeur indéniables; elles n'apportent cependant point, durant les premières années surtout, une réponse satisfaisante à toutes les questions qui se posent. Les deux lacunes que présente le registre correspondent à deux éclipses du Consistoire. Le nom du secrétaire qui tenait la plume n'est que rarement donné; silence regrettable en beaucoup de cas pour apprécier la valeur intrinsèque du procès-verbal.

20. — Les délibérations de VÉylise protestante de Bordeaux (de mars 1797 à août 1804), dont nous n'utilisons d'ailleurs que les cinq premières années. Elles laissent suivre mois par mois les efforts faits, les mesures prises pour reconstituer la communauté protestante. Nous en reproduirons quelquesunes intégralement dans notre chapitre X.

30. — Le carton n^ 1 des Archives du Consistoire de Bordeaux contient les procès-verbaux et documents annexes des synodes et colloques tenus entre 1748 et 1791 (55 pièces). Ce carton ayant été très largement mis à contribution par M. Edmond Hugues pour les trois volumes (fue nous citons plus bas, nous ne lui avons rien demandé.

40.— Par contre, le carton n^ 2 renferme 162 pièces (originaux ou copies) de 1754 à 1798, dont la plupart sont inédites. Ce sont en général des lettres privées, dont le contenu méritait la plus grande attention. Nous les avons donc fait entrer dans le corps même de notre ouvrage sous

forme d'analyses ou pai- exlraits, souvent môme j)ar reproduction inh''grale. Ce dernier [)roc6dé est [)eu conforme aux refiles de la composition littéraire, mais il est instructif pour le lecteur el si près de l'histoire objective. Le style de ces documents est d'ordinair excellent; seule l'orthographe est nég-liLcée, selon l'habitude du l('in|)^. Nous nous sommes cru permis de la rajeunir et de la retoucher en (juehjues endroits, f)our la commodité de nos lecteurs.

r)0. — Le registre des sépultures faites au cimetière protestant du Sablonat (dit aussi de la rue Lasille) de 177*.» à 1816. f^édigé d'abord sous forme narrati\e, il {)rend la forme tabulaire à jjartir du 17 février 178*.) et(le\i('iil dès lors d'une sécheresse désolante pour l'histoire.

6". — Deux cahiers plus un registre provenaid de l'ancien cimetière de la rue 1. avilie (1779-90), et deux registres plus un cahier provemuil de la maison de charité (1781-94).

Le Conseil presbytéral qui nous a libéralement autorisé à compulser ses archives pendant près de trois mois a droit à trouver ici l'expression de notre grratitude.

Aux Archives municipales de Borilcau.r^ .

70 — Trois registres baptistaires et matrimoniaux, venus de l'ancien consistoire :

G. G. 811, du 3U juin 17.j:-5 au 7 février 1782 607 actes-^.

G.G. 814, du 10 février 1782 au l^Mnai 1792 471 actes. G. G. 827, du 2 mai 1792 au 30 octobre 1792 34 actes.

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