PREMIER RELÈVEMENT DE L^ÉGLISE « SOUS LA CROIX
si merveilleuse qu'on comptait les l^^rères par milliers, de plusieurs diverses nations de la terre.
Mon père connaissait riiistoire des anciens Vaudois, des Alj)i«^''e(Ms, des Taborites et Hussites et des anciens Moraves, dont je lui avais entendu i)ap- 1er en famille n'étant qu'un enfant. Il disait que c'était là qu'avaient été les meilleurs chrétiens. Dès qu'il eut connu le I^'rère Kénol dans la suite, il me recommanda de m'attacher à ces gens-là. Il disait que c'était des plus chrétiens qu'il y eût dans le monde : il l'assurait comme s'il les eût vus. Mon père et ma mère (irent donc un gracieux accueil au Frère Kénol, qui depuis venait nous voir tous les, jours, soit pour souper, soit [)our passer ra[)rès-soui)ée.
Je fus assez longtemps à donner ma confiance à ce Frère, quoique je l'aimasse tout d'abord...
Un dimanche après-midi, étant à promener au bois de Rivière avec Boé, Lacombe, Combette (d'Amsterdam), Frère Kénol et moi, n'y pouvant pas résister i)lus longtemps, je priai la compagnie de me laisser seul avec Frère Kénol. Les ayant dépassés à ne pouvoir nous entendre, je lui fis l'aveu de tout ce qui se passait dans mon cœur. Il me consola beaucoup en m'assurant qu'il avait été longtemps dans de pareilles pensées et qu'il n'en avait été guéri qu'en donnant son cœur à Jésus-Christ...
^11 y eut un grand nombre de personnes réveillées par la visite du Frère Kénol dans notre ville (de Bordeaux), entre autres M. de Villette que j'aimais beaucoup et qui s'en alla au Sauveur peu de temps après, heureux et content; plusieurs autres dames et messieurs; mais tous ne tinrent pas bon...
Nous commençâmes à faire des petites sociétés, et notre rendez-vous était chez M. Begoule, une ou deux fois par semaine, mais surtout le dimanche au nombre de sept ou huit personnes^. Nous éprouvions efficacement dans nos cœurs, cette promesse que le Sauveur fit à ses disciples, que là où il y en aurait deux ou trois assemblés en son nom, il serait au milieu d'eux...
Quelque petit nombre que nous fussions, cela ne laissa pas que de faire beaucoup de bruit dans notre ville. Les ministres et quelques-uns des Anciens 2 firent tout ce qu'ils purent pour nous détourner; d'autres voulaient faire pendre le Frère KénoF... Cependant, plus on machinait contre nous au dehors, plus le Seigneur nous faisait sentir de grâce...
Nos réunions continuèrent jusqu'à l'arrivée de M. Ringmacher en 1755. M. Ringmacher alla loger en ville chez Rigaud. C'était un homme à peu près comme Alexandre, le forgeron de saint Paul. Le Frère Ringmacher
1. Ce régime des réunions secrètes dans les maisons des adhérents dura sans doute fort longtemps. Nous ignorons à quelle date précise les Frères Moraves acquirent l'immeuble de la rue Constantin, n'^ 5 (avec issue sur la rue Tourat, 6), dont nous les voyons en possession jusque vers 1824 {Arch. Iiist. de la Gironde LU, p. 162.
2. Cette mention faite des ministres et des ancions de l'église proprement dite permet de placer les faits rapportés ici vers 1753-54