Peut-être la véritable legon serait-elle prendre
ne resta que peu de temps. Il était dans notre ville lorsque mon père mourut en 1756, le 8 mars...
Le propre jour que j'épousai fut le 23 janvier 1758, à 9 heures du matm. Le Frère Cossard arriva à Bordeaux le soir même du môme jour. Il se logea à riIôtel-Dieu en ville et s'adressa à moi directement^ ».
Ces mentions consignées dans les Souvenirs de Daniel I Ducos (mort en 2780) trouvent leur complément dans la suivante que son petit-fils Daniel II Ducos, a insérée dans une continuation :
<( On a vu que mon grand-père (Daniel) était en rapport avec les Frères Moraves. L'un d'eux demeurait chez nous et les réunions de prières se tenaient régulièrement dans notre maison ou chez M. Begoule, notre voisni. M™6 Bethman assistait à ces réunions; elle aimait'beaucoup notre famille et venait tous les soirs, de 7 à 9 heures, prendre le thé dans la maison rue Tourat, où nous sommes tous nés. Elle continua ses visites journalières jusqu'à sa mort^ qui eut lieu après celle de mon grand-père ».
Daniel I Ducos est donc pour nous garant de l'arrivée à Bordeaux es années 1753-58, de trois Frères Moraves dont il fait mention ^ : Kénol en 1753, Ringmacher en 1755, Cossard en 1758. A ces trois noms Daniel II a ajouté, dans un écrit postérieur*, ceux de Samuel Bez arrivé en 1756, Pries en 1756 et de nouveau en 1760^, Jacob Becker en 1768«, Boé en 1776; Golh en 1777, et J. J.
1. Dans un autre passage de ses Souvenirs, Daniel I. Ducos écrit « En ce temps-là (vers 1750, à ce qu'il semble;, je me liai avec Pierre Boé. C'était l'ami qui me convenait. Nous devînmes en clïet inséparables et très intimes^ jusqu'à ce qu'il partit pour NeuAvied en 1761 avec M. Pries ». — Neuv^ied-sur-le-Rhin était et est encore un des centres d'action des Frères Moraves. Qu'est-ce que ce M. Pries ? Un quatrième nom à ajouter à ceux que nous avons cités ? Cela paraît assez vraisemblable.
2. M'-^ PJise Desclaux, épouse de J.-J. de Bethmann, décéda le 9 septembre 1784, à l'âge de 58 ans (Meller, Familles prolesl. de Bordeaux, p. 59). P.lle était donc née
vers 1726.
3. Ces constatations ont d'autant plus de valeur que jusqu'ici les historiens n'étendaient guère au delà des Cévennes méridionale*^ l'influence des Prères Moraves du xviii« siècle. I\ous savons maintenant que cette influence s'exerça avec continuité jusqu'à la Basse-Garonne.
4. Sur les feuillets de garde d'une Vie de Spangenberg, évêque de l'église des dits Frères (1704-90), traduite de l'allemand, en la possession de M. Franz Schrader, descendant de la famille Ducos. Cette liste se poursuit par quatre autres noms qui sont en dehors de nos limites chronologiques : J.-.J. Mérillat, 1807-16; Garve et Schaffter, 1830-36 • Schiep, 1836 56. — Schaffter était né à Moutier-Grandval (Suisse).
5. Friès, ancien pasteur de Couthenans dans le pays de Montbéliard, destitué en 1758 pour cause de piétismc, s'était rattaché à l'église des Frères Moraves et évangélisa le sud de la France de 1760 à 1763 (Daniel Benoit, Les frères Giberî, '1 oulouse 1889, p. 264, note).
6. Daniel Benoit, ouv. ciîé, p. 257, est le seul à donner ce nom.
PREMIER RELÈVEMENT DE l'ÉGLL^E (( SOUS LA CROIX » 55
Buchman qui fil mieux que passer puisqu'il séjourna dans notre ville de 17(S9 à 1806. Si nous tenons compte des ' relations étroitfts ({ui s'étaient établies depuis 1085 entre les Réformés français proscrits et les Luthériens allemands ou^scandinaves tolérés, il y avait là pour les Moraves propagandistes un beau champ d'activité. Ce que fut leur influence du côté luthérien nous n'avons pu l'établir. Du côté réformé nous savons qu'elle avait conquis quelques âmes et même, parait-il, gagné Etienne Gibert, le quatrième pasteur de l'église, arrivé en 1760^. Ce sont eux, ces « frères de l'Unité », qui en ce siècle aride et prosaïque ont le mieux semé sur notre terre de France, à Bordeaux et ailleurs, le ferment d'une piété nouvelle.
Mais leur influence, mal comprise ou mal appréciée, semblait s'opposer à la réorganisation de l'église, en lui enlevant tous ceux de ses membres qui entendaient ramener la vie chrétienne à l'amour de Dieu, à la foi au Christ rédempteur, à la sanctification, à la charité, sans grand souci de l'orthodoxie théologique et de la hiérarchie ecclésiastique. Elle tendait, croyait-on, à constituer une ecclesiola in ecclesia, alors que les Moraves ne songeaient qu'à déposer, dans un terrain approprié, le grain de sénevé qu'ils apportaient avec eux. Aussi l'un de ces Frères (probablement Ringmacher), se heurta-t-il à l'hostilité de Grenier de Barmont et de quelques anciens du Consistoire 2, qui virent dans les nouveaux venus moins des auxiliaires que des adversaires.
«Outre le soin, disent-ils, que « demandent de lui (Grenier de B.) les sociétés déjà établies et celles qu'il se promet d'établir encore, il a <à s'opposer aux proo^rès d!un fanatique arrivé depuis peu du pays ctrantjer, qui s'efTorce de faire des prosélytes parmi nous, en répandant les erreurs pernicieuses des Moraves. Un obstacle aussi imprévu qu'il peut devenir funeste, exige de lui un redoublement d'attention à manier les esprits qu'il a déjà ramenés et à détruire dans les autres les impressions que pourraient faire naître les séductions de ce fanatique ».
Il serait intéressant, écrit M. Daniel Benoît, de connaître l'attitude que tint, en présence des disciples de Zinzendorf, le suc-