‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 22 sur 166 · Voy. notre cliap. VI · texte numérisé non relu

Voy. notre cliap. VI

5. Nous les avons vainement cherchées dans l'appendice du liv-rc de Ch. r;. I<'roliberger, Briefe uebcr Herrnhuf und die evang. Bruedergcmeine, nebsl einem Anliang (Budissin, Saxe, 1797, in 8").

6' Il y avait à Bordeaux un Boé, imprimeur, à la lin du .xvii° siècle.

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du-Furl, (lui était alors et qui est resté jusque veis 1870 leur véritable centre d'action en France. D'où cette double conclusion, (|u'ils s'étaient sentis appelés à Bordeaux à la fois par la j)résence des Luthériens allemands et des Réformés français, cpii offraient à leur zèle missionnaire un champ d'activité assez voisin de Saint-Hippolyte.

Leurs relations ultérieures avec le pasteur Etienne Gibert, la prolongation de leur séjour dans notre ville, non peut-être sans quelques intermittences, jusque vers 1824^, corroborent nos conjectures en ce sens que si, selon toute apparence, les Moraves quittèrent alors Bordeaux, c'est qu'il n'y avait plus lieu de s'intéresser aux Luthériens allemands de moins en moins nombreux durant la période qui s'étend de 1796 à 1830, ^ et d'ailleurs de plus en plus confondus avec les Réformés français.

Cette dernière remarque demande à être justifiée et elle n'apparaîtra point comme l'un des faits les moins intéressants de l'histoire que nous racontons. Dès la seconde moitié du xviii^ siècle, l'église réformée de Bordeaux, à moitié reconstituée, admettra dans son sein des Hollandais calvinistes (à tout le moins arminiens) et bientôt même des Allemands luthériens de la colonie. Quelques-unes de ces recrues deviendront membres du Consistoire, s'occuperont de la distribution des aumônes et participeront aux frais du' culte. Les liens se resserreront peu à peu entre les deux « confessions, » à telles enseignes qu'en 1786, les Luthériens intransigeants, pourvus enfin d'un chapelain^, se croiront fondés à demander à leurs coreligionnaires français l'autorisation de célébrer leur culte propre (du rite luthérien) dans la « maison de prières » que les protestants bordelais possédaient aux Chartrons.

1. \'oy. l'acte de vente de la maison de la rue Constantin, que nous avons publié dans les Arcli. histor. de la Gironde, LXII, p. 162. = Cf. le Bulletin..., 1918, p. '216, d'oii nous extrayons le passage suivant d'une lettre du révérend C. Perrot (1^"' février 1815) : « A Bordeaux, où le digne M. Martin est pasteur, existe une petite société de Moraves demeurés unis à l'église et qui, alors même qu'ils ne sont qu'une poignée, ne se distinguant en aucune manière par leurs ricliesses, sont la gloire de l'église ».

2. Leur intluence s'y perpétua cependant d'une manière indirecte par le tait que les premiers directeurs de la Mission luthérienne parmi les marins du Nord séjournant à Bordeaux (1836 et ss.) "et les premiers pasteurs de l'église luthérienne allemandcscandinave de notre ville (1856-11)02) appartenaient à l'Unité de^ Frères (\^oy. notre livre La Colonie germ. de Bordeaux, ''•hap. II, II bis et VII).

3. Sur ce point particulier voir les Additions au tome II p. 600, de La Colonie germanique de Bordeaux.

L'autorisation leur sera aussitôt accordée sans la moindre difficulté^. L'unité extérieure de la population protestante de Bordeaux est dès lors si réelle (encore qu'incomplète) que le Consistoire n'hésitera pas à solliciter l'aide financière de tous ces étrangers (Hollandais, Allemands, Scandinaves mêmes) lorsqu'il entreprendra en 1796-97 de restaurer, une seconde fois, le culte réformé interrompu par la Terreur. Son appel sera entendu, si bien que, sur les listes de souscriptions, aujourd'hui publiées, nous relevons soixante-douze noms à consonance étrangère 2.

Ce redressement des volontés après tant d'années de compression, ce réchauffement des cœurs que l'on croyait refroidis à jamais, cette reprise consciente d'une tradition brisée par l'intervention brutale des pouvoirs publics, ce retour au Livre sur lequel s'étaient appesanties et les interdictions du Clergé et l'indifférence des laïques et les moqueries des philosophes, cette résurrection sou-' daine d'une église que ses adversaires jugeaient avoir enterrée sans rémission : autant de faits gros de conséquences multiples et qui déjà mériteraient l'attention de l'historien, à considérer seulement l'hostilité du milieu populaire à l'égard du protestantisme et le scepticisme des classes dirigeantes à l'égard de toute religion. Or, aucun écrivain local ^ ne s'y est arrêté dans la mesure convenable*.

1. 30 mars 1786 • « îS'os frères de la confession d'Augsbourg établis en cette ville et aux Chartrons ayant fait demander au Consistoire par un de ses membres de vouloir leur prêter, pour le 17 du moi'^ d'avril (lundi de Pâques), notre maison d'oraison aux Chartrons pour pouvoir y faire leurs dévotions, suivant les rites de leur église, oh s'est imanimcment prêté à leur accorder leur demande » {Beg. consial., à la date).

2. Nous avons déjà exposé ces faits, à un point de vue un peu différent, dans La Colonie (jcrmaniqiie de Bordeaux, t. I, p. 127 et t. II, additions, p. 599.

Il est intéressant de constater ici que les diverses dénominations particulières qui, en 1905, avant la loi de séparation, se partageaient le protestantisme bordelais sans en rompre l'unité interne, avaient toutes (sauf une) leurs antécédents historiques dans la seconde moitié du xYiiif" siècle. Ainsi l'église dite nationale, avec ses deux paroisses, préexiste, comme nous le verrons par quelques-uns des chapitres qui suivent, dans l'église qui achevait de se reformer sous Louis XVI aux Chartrons et à La Rousselle. — «L'église libre» de la rue Barennes est représentée sous Louis XV par les Frères Moraves. — L'église luthérienne, de la rue Tourat eut, nous Lavons prouvé ailleurs, son chapelain à partir de 1786. — Seule l'église anglicane, organisée en 1829, n'a pas de racines avant la Révolution, bien que Bordeaux possédât dès lors une colonie anglaise.

3. Nous ne visons que ceux qui ont étudié l'histoire générale de Bordeaux : dom Devienne et Bcrnadau, d'une part, puis H. Ch. Guilhe (1835), O'Reilly (1863), H. Gradis (1888), d'autre part. -

4. M. C. Jullian ne lui consacre que trois lignes (p. 630) dans sa grande Histoire de Bordeaux. La date de relèvement qu'adopte l'auteur, 1743, est h bon droit suivie d'un point d'interrogation,

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CoimaissaiiL les caractères pi'iiicipaux de la sociéL»' i)urdelais(^ sous Louis XV et ses tendances dominantes en matière de morale et de religion (Introd., sect. I), il nous sera sans doute aisé de comprendre pourquoi la Réforme protestante, représentée d'abord par un petit groupe d'hommes instruits et croyants^, put s'y réintroduire vers l'année 1753. L'explication porte sur deux chefs 2.

D'une part, la place que, dans la France nouvelle, les philosophes du siècle ne voulaient point donner à la doctrine et à la morale des Evangiles et des Epîtres, c'est cette place même que prédicateurs et pasteurs vont s'efforcer de remplir, au j)rofit de ceux de leurs coreligionnaires qui sentent le vide et à tout le moins l'insufiîsance de l'intellectualisme et de l'épicuréisme auxquels les contemporains se réduisent. Par quelles voies et par (juels moyens s'exercera cet effort de réaction contre l'irréligion régnante, avec quelles ressources et avec quels succès : c'est ce qu'enseigneront en grand détail les divers chapitres du présent ouvrage à tout lecteur assez courageux pour les suivre attentivement jusqu'au bout.

D'autre part, s'il faut reconnaître avec Bossuet et Jurieu (ju'après 150 ans d'existence historique, la Réforme française ne pouvait présenter aucun corps de doctrines invariablement définies, uniforanément acceptées, strictement enseignées (ce qu'exclut d'ailleurs la relativité de toute science, de toute intelligence humaine quand il s'agil de Ihéologie et de mélaphijsique)^ il n'est pas moins certain que son enseignement religieux et moral, si on le réduit aux vérités qui importent à la conduite de la vie et au salut éternel, s'affirmait, ainsi que deux siècles plus tôt, comme une protestation vivante, infaillible, irréductible contre la tradition scolastique de l'église catholique ^.

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