Voy. ci-après les chap. VI et VIH
2. C'est le pourquoi. Le comment résultera des chapitres suivants,
3. Le point de vue constant de Bossuet, que l'unité des doctrines théologiques est une marque de Ja véritaljle église, n'émouvait guère les protestants satisfaits de posséder l'unité des doctrines qui aident au salut. D'ailleurs, l'unité dans les textes, l'unité par la soumission des lèvres à ces textes, l'unité par le silence imposé aux discuteurs unité résultant de cette convention préalable que toute décision du pape parlant
D'ailleurs, répliquaient les théologiens protestants, cette faiblesse du protestantisme naissant avait été celle du catholicisme à ses origines. Et s'il réussit au cours des iv^-vi^ siècles à unifier l'expression verbale de ses doctrines, ce fut tout. Entre les notions de divinité, de grâce, de rédemption, etc., élaborées dans l'entendement du souverain pontife et ces même notions pensées et interprétées par des curés de campagne ou des laïques pieux, il y a toujours eu, il y aura toujours difïérence de qualité et même de contenu.
Encore qu'il eût avec la philosophie et le catholicisme tout un fonds commun d'idées et de sentiments ^et quelquefois une même méthode, le protestantisme formait donc un tiers-parti qui aussi faible qu'il fût numériquement ne saurait être confondu avec les deux autres. Entre eux trois, la disparate était grande : celle que l'on statue d'ordinaire entre le monde et l'église, d'un côté, de l'autre entre le christianisme venu du moyen-âge et celui qui voulait s'inspirer uniquement des Ecritures; de l'autre encore entre la religion naturelle et celle qui se propose comme révélée. Grâce au dynamisme qui lui est propre ^, le protestantisme orthodoxe allait acheminer dès lors les âmes vers un christianisme plus conforme que celui du passé à l'esprit de son fondateur.
Quelles croyances, demanderont quelques lecteurs, apportaient donc avec eux ces revenants du xvii^ siècle ? Quels principes offraient - ils à la conscience française ? Quels secrets détenaient-ils qui valussent d'être connus ? De quelle façon concevaient-ils l'existence terrestre et où cherchaient-ils le bonheur ?
CI cathedra est infaillible; cette unité-là ne comportait pas nécessairement aux yeux des protestants celle des esprits et des cœurs, qui seule importe.
1. Néanmoins entre catholicisme et protestantisme les divergences fondamentales étaient telles qu'il est impossible de croire honnêtement qu'on les puisse accorder. Les théologiens protestants s'en rendaient compte; les catholiques aussi lorsque, préalablement à toute « réunion » des deux églises, ils demandaient que les protestants fissent acte de soumission, c'est-à-dire renonçassent à leur droit de discuter les conditions doctrinales de la réunion projetée.
'Z. On peut le définir historiquement un effort constant vers plus de « spiritualité *, au sens que possède ce mot dans saint Paul, et vers une foi toujours plus grande à la personne et à l'œuvre du Christ rédempteur. On ne saurait arrêter à la Réforme du xvi" siècle l'évolution religieuse de l'Europe occidentale, mais on peut désirer l'enchaîner à une conception de l'Evangile conforme à celle que nous présentent saint Jean et saint Paul,
PREMIER RELÈVE ^!ENT DE l'ÉGLISE « SOC S LA CROIX » 61
Nous essaierons d'élucidei- ees (|iiestioiis en i;il lâchant cha(|n(î croyance essentic^l e, de dochine on de mora e, an lexle sciij)turaire sur le^jnel elle })rétendail se l'onder à loil on à raison, ('e procédé très simple, dont nous nseions encoi'e dans d'anli'es eliaj)itres ', est e seni (|ni nons jinisse eaid^onner sni' h; terrain de l'histoire concrète sans nons laisser choir sur celui de l'apologie préconçne; le seul aussi (jui j)uisse iidrodnirc dans une matière, parfois sèche et morte, un peu de sentiment et de vie.
Dès lors a réponse est facile. Aux j)hilosophes matérialistes les Protestants opposaient cette conviction, (pi'ils empruntaient à saint Paul: «les choses visibles sont passagères; les choses invisibles sont éternelles. »
A rencontre des athées ils affirmaient avec tout l'Evangile l'existence d'un Dieu personnel et vivant, principe d'excitation au bien et de résistance au mal; — devant les penseurs de l'école de Montesquieu, l'autorité de la révélation par le Christ, se superposant à ce'le de la conscience intime pour nous faire connaître toute la volonté de Dieu et les mystères de la vie future ; — en dépit des moralistes à la Jean-Jacques, la corruption originelle de la nature humaine par la désobéissance du premier Adam, créé libre et responsable.
Devant les Juifs ils proclamaient l'accomplissement des prophéties en la personne de Jésus; — devant le sensualisme débordant du siècle, le respect dû à la morale évangélique et le sérieux infini de la vie terrestre, comme préparation à' celle d'au-delà.
Devant le monde ils répétaient qu'il y a d'autres besoins que ceux de la chair et d'autres joies que celles de la richesse; que l'homme ne vit pas de pain seulement, qu'il lui faut chercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice et que ce royaume est au-dedans de lui.
Devant les catholiques enfin, ils contestaient l'efficacité des cérémonies extérieures et des rites liturgiques pour changer les cœurs et convaincre les esprits; ils donnaient à la parole écrite, comme point de départ de toute connaissance spécifiquement chrétieijne, la précellence sur la tradition du moyen-âge, toute chargée des alluvions de l'école, et ils soutenaient le droit absolu,
i. Par.tiçvi|it''roniniU au çhap. VU,
pour tout chrétien comme pour toute église, de poursuivre leur destinée en dehors des cadres du romanisme, — l'espr'' de Dieu pouvant agir par d'autres voies que les voies sacerdo des, puisqu' « il souffle où il veut ».
C'était en somme un renversement complet des « valeurs « admisespar les penseurs du siècle et par les tenants du moyen-âge.
Le point de départ de ces minoritaires, c'était l'audience qu'ils donnaient au Maître intérieur que porte en soi à des degrés divers toute âme bien née, avant même qu'elle ait entendu l'appel du Christ des Evangiles. C'était l'évidence qu'ils reconnaissaient à cette « lumière naturelle qui éclaire tout homme venant au monde ».
La source de leur foi ^ aux vérités vitales, — comme la réalité de l'ordre surnaturel, de la beauté morale et de la laideur, de la vérité et de l'erreur 2, l'idée de la loi transcendante et du devoir corélatif, l'action de l'Esprit-Saint, — aux espérances qui en dérivent, aux principes de conduite qui en découlent, aux promesses de régénération et de rédemption qui les soutiennent, c'était non la philosophie humaine, non la tradition ecclésiastique, mais en premier ressort le contenu même des Saintes-Ecritures. « La parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu'une épée quelconque à deux tranchants; elle pénètre jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit, jusque dans les jointures et les moelles; elle juge les sentiments et les pensées des cœurs. » — De cette parole l'autorité extrinsèque n'était imposée par aucun pouvoir sacerdotal, mais elle se proposait à l'adhésion réfléchie et volontaire de chacun. En vertu de l'inspiration divine qu'on lui attribuait avec plénitude, sans la limiter encore, on -mettait sur le même rang tous les livres des deux Testaments, leur accordant à tous un égal respect, une égale confiance, comme s'ils avaient tous la même valeur intrinsèque, et leur demandant à tous l'explication des choses divines et. humaines dans la certitude où l'on pensait être de leur inerrance totale. La
1. Lo mot «foi» a plusieurs sens dans les écrits du Nouveau Testament, tantôt il signifie simplement l'adhésion que donne notre esprit à un fait ou à une vérité quelconque, ou encore la conviction que nous portons dans nos actes particuliers ou même le contenu de ce qu'elle affirme. -- Mais nous le prendrons ordinairement dans un sens beaucoup plus large et plus général, comme « l'acte de l'esprit, du cœur, de la volonté, de notre f?'tre tout entier » s'identitiant avec ce qui constitue le fond même de l'enseignement du Christ et des a|»ôtres {L'Eglise lihrc, "20 février ll''i()).
2. Ce qu'on désigne eu philosophie par ie terme de « principe de contradiction -.
PREMIER RELÈVEMENT DE l'ÉGLISE (( SOUS LA CROIX » 63
Bible n'était pas seulement le document où se cache la vérité religieuse et morale, un livre d'édification spirituelle, suivant le point de vue moderne; c'était encore un livre d'instruction générale où l'on cherchait fort imprudemment la réponse à une ioule d(! (piestions d'ordre profane, sans remarcpier combien s'y entremêlent confusément la légende et l'histoire, la poésie et la réalité, la superstition et la piété, une législation et une cosmologie (pii ne sont plus faites pour nous ^.
C'est pourquoi la spiritualité de ces Réformés de 1753 est encore, en certaines matières, assez retardataire. Ils regardent à l'Evangile plus qu'au Christ qui en est le centre; à la lettre du Livre plus qu'à l'Esprit qui l'anime; à leur propre église plus qu'à l'Eglise universelle. Par ces côtés ils tiennent donc encore du xvii^ siècle, et s'ils ont depuis longtemps rejeté la prédestination calvinienne 2, ils croient toujours à la personnalité active de Satan, à la matérialité du paradis et de l'enfer, à la réalité des théophanies de l'Ancien Testament; à la colèi»e d'un Dieu altéré de vengeance, à l'éternité des peines sans proportion avec la culpabilité des pécheurs. Et parce qu'il est hors de doute pour eux que, dans le monde de l'esprit, la prière de l'homme peut changer la volonté de Dieu, ils ne prennent point garde que cette même volonté gouverne le monde de la matière par les lois fatales qu'elle lui a données une fois pour toutes. Ils croient donc au miracle dans le même sens que le moyen-age, c'està-dire comme une violation des lois physiques plutôt que comme l'actiondeforces encore indéterminées ; ils acceptent littéralement les récits de la Genèse et, sans méfiance à l'endroit de la crédulité du peuple juif, toute la thaumaturgie de son histoire. Des premiers résultats de la critique biblique, ils n'ont encore à cette date qu'une idée confuse.
Leur méthode d'appropriation et de prise de possession de las vérité, c'était le libre examen des Ecritures ^ : « Eprouvez toute choses et retenez ce qui est bon ». Méthode inapte à engendrer
1. "riir l'altitude nouvelle que prennent les Prolestants visa vis de la Bible aux approches de la Révolution, voir notre chapitre VU.
2. Combattue par Bolsec dès le temps de Caivin, elle lut détiniti\ enient I.«alay6e par Arniinius dont la théologie finit par s'imposer à toute la l^éiornK! franeaise.
3. C'est à Baylc^ non ù Calvin, qu'ils en Uevaient la claire conscience.
la foi, quand l'application précède la conversion du cœur, le renouveau de l'intelligence, la soumission de la volonté à l'autorité morale de la parole et de la personne du Christ; méthode efficace pour éclairer l'esprit et la conscience quand l'application suit la régénération de l'individu ^. En supprimant entre Dieu et le fidèle tout intermédiaire humain, elle oblige le croyant à sonder les Ecritures et le fait ainsi monter d'un degré dans l'individualisation de la doctrine évangélique. Génératrice d'un subjectivisme qui a parfois ses dangers et ses torts, elle est l'antidote des basses superstitions et des obéissances serviles. Principe de dispersion qui eût pu ruiner tout l'édifice ecclésiastique de la Réforme, elle est au contraire devenue un principe de rapprochement et d'union, en donnant à chacun l'expérience propre des mêmes doctrines de salut. D'ailleurs la pratique corrigeait sans cesse la théorie. En fait, la confession de foi de La Rochelle limitait les écarts du sens personnel. Dans les cas difficifes, dans les questions épineuses et obscures, là où les scrupules et les exigences de la conscience ne trouvaient pas l'apaisement, ces représentants de l'individualisme religieux, aussi persuadés qu'ils fussent que le Christ n'est point mort pour la société, mais pour les individus, suivaient l'instinct de conservation ecclésiastique en demandant à leurs pasteurs et à leurs théologiens, conducteurs autorisés des croyances, lumière et conseil. La contradiction était flagrante entre la conduite et le principe, mais c'est presque toujours par le manque de logique que se sauvent ici-bas les meilleures causes, et la preuve est faite, une fois de plus, qu'une société, même fondée sur des bases démocratiques, ne saurait, si elle veut vivre, se passer de la direction d'une oligarchie d'élite.
La doctrine essentielle, caractéristique, celle par laquelle le protestantisme, guidé par saint Paul, s'opposait le mieux au catholicisme et surtout au philosophisme, c'était alors, en tout pays, celle du péché s'interposant entre Dieu et l'homme dès que celui-ci en a senti la réalité et détesté l'emprise. La corruption originelle une fois admise comme un fait d'expérience, chacun se reconnaissait
1. En d'autres termes au dire des théologiens conservateurs, le chrétien par le cœur est seul capable de saisir par Vinlelligencc îe fond du christianisme et de s'en approprier tout le contenu. Dans cette ccnception la vie religieuse, la foi chrétienne, sont svant tout un mouvement alîectif, à la portée des plus ignorants,
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coupable devant son créateur, et en môme temps incapable d'obtenir le pardon par ses propres œuvres. — Principes de pessimisme, ({ue compensait aussitôt la grâce offerte à tout homme repentant, lorsqu'il s'est approprié la justice du Christ rédempteur et s'est assuré le secours de l'Esprit.
Se sentant éclairés, pardonnes, justifiés, bien plus, régénérés et sanctifiés par (cette conversion intérieure, ces libres croyants se considéraient comme les membres d'une humanité nouvelle dont Jésus-Christ (le second Adam) est le chef, le modèle et l'auteur. Ils possédaient en effet la liberté intérieure, c'est-à-dire le pouvoir de choisir le mal de préférence au bien, et ils attendaient avec sérénité d'être introduits dans un monde meilleur où « toute larme sera séchée )). C'est sur ces données psychologiques et expérimentales que reposait en second ressort la foi de chacun.
Les règles de conduite pratique se tiraient pour eux de la conscience et de la raison. Là où celles-ci sont muettes ou hésitantes, ils demandaient aux Ecritures des clartés supplémentaires pour connaître « la volonté de Dieu », fondement premier de toute morale. De rationnelle qu'elle était d'abord, leur éthique devenait théologique et d'autant plus impérative, procédant moins de la nature que d'un ordre d'en haut.
L'esprit de sacrifice et de mortification est nécessairement inclus dans la pratique de la morale chrétienne, qui suppose le renoncement préalable et quotidien à l'orgueil, à l'avarice, à la volupté, à l'égoïsme, à tous les bas sentiments du cœur humain. Par ce renoncement perpétuel, chaque protestant croyait accomplir la parole de l'Apôtre : « Ce qui manque aux souffrances du Christ, je l'achève en ma chair pour son corps qui est l'Eglise», — et il demeurait persuadé qu'il avait atteint le double but que lui proposait l'Evangile : d'une part, édifier ici-bas, dans chaque converti, le royaume de Dieu, en lui procurant la paix de la conscience, les joies d'un cœur pur, les certitudes d'une intelligence éclairée par le Verbe divin, c'est à dire le bonheur; d'autre part s'assurer le salut promis à tous les vrais disciples du Christ : « Affranchis du péché et esclaves de Dieu, vous avez pour fruit la sainteté et pour fin la vie éternelle. »
Quoi qu'ait pensé de ces doctrines, envisagées en elles-mêmes, le xviii^ siècle émancipé, elles nourrissaient alors, comme elles nourrissent encore, moralement et spirituellement, des millions de fidèles. Elles constituent donc un « phénomène historique» que nous n'avons pas le droit de passer sous silence; eJles sont le principe même et l'inspiration constant^de toute l'église dont on veut comprendre l'existence et expliqur la durée. Bien que procédant d'une théologie révélée, la philosophie chrétienne a un fondement expérimental et une structure psychologique.
En raison et en fait le secret de l'obstinée protestation de nos Religionnaires était dans leurs croyances et n'était guère que là. Avouant pour « la folie de la Croix » et pour la divinité du Christ qui a dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie », un respect absolu, une foi poussée chez la plupart d'entre eux jusqu'à l'adoration, professant pour son enseignement et pour celui des prophètes qui l'ont précédé, des apôtres qui l'ont suivi, des saints qui l'ont imité, une confiance illimitée qui devenait pour eux une source de « connaissance » supérieure, ces Religionnaires appliquaient à leur propre situation, parfois sans beaucoup de conformité avec elle, certaines paroles des Écritures, et ils en tiraient la justification de leur attitude à l'égard de la libre pensée, la légitimation de leur résistance aux objurgations du clergé catholique : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés... Vous aurez les afïïictions dans le monde; mais prenez courage j'ai vaincu le monde. » Étrange enseignement, en vérité, bien fait pour dérouter la raison commune et qui est encore accentué dans le Sermon sur la montagne : « Heureux serez-vous lorsqu'on vous outragera, 'qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi... »
Devant l'esprit de ces hérétiques flottaient sans cesse et dans leur cœur résonnaient obtinément, comme une réponse péremptoire aux attaques des adversaires et aux railleries du monde, les préceptes sur lesquels était fondée la Réforme : « Tu ne te feras aucune image taillée ni de représentation quelconque des choses qui sont
en haut dans les cieux Dieu est esprit et il faut que tous ses
adorateurs l'adorent en esprit et en vérité.... L'homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi.... Vous n'avez qu'un seul maître
pri:mier relèvemi:nt di-: l'église «sous la choix» G7
([ui est le Christ Il n'y a rjn'nii seul' mrdiatour eiilre Uieu et
les hommes Ce n'est point ((iiieon(iue me dit : Sei^^neur ! Seigneur ! ((ui entrera dans le royaume des eieux, mais eelui-là seulement qui fait la volonté de mon Père qui est aux Cieux... » — sans que d'ailleurs leur inlassable persévérance à répéter ces alïirmations des deux Testaments, à en proclamer la valeur ellicace, absolue, éternelle, les préservât d'être traités de visionnaires par les philosophes et de sectaires par les catholiques. Cet appel constant à la parole du maître et de ses apôtres est ce qui, aux yeux de l'observateur, donne au protestantisme sa qualité propre et sa saveur particulière. Cet appel n'est point toujours sans dangers. Il rt'en reste pas moins, à travers quatre cents ans d'histoire, générateur de vie pour les individus et de progrès pour les églises.
C'est qu'en elTet le Dieu qu'adoraient directement ces Protestants avec plus de conviction que leurs contemporains catholiques pour lesquels il se dérobait derrière une foule de médiateurs, ce Dieu n'était pas tout à fait celui que présentait la théodicée courante. Si les écrits de l'Ancien Testament font de lui le créateur des cieux et de la terre, le dieu unique et vivant, infini et tout puissant, fort et jaloux, qui gouverne le monde et qui règne d'éternité en éternité, les écrits du Nouveau Testament le représentent sous des traits moins terribles : comme l'esprit qui plane au-dessus de toutes choses, qui sonde souverainement les reins et les cœurs et demeure « un feu consumant », le roi des rois, le seigneur des seigneurs qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu ni ne peut voir, et aussi comme un Dieu d'amour, de patience et de miséricorde, de consolation et de paix. C'est le Dieu des voyants d'Israël, autrement grand et majestueux, autrement puissant et redoutable, autrement agissant sur l'âme humaine que celui de Voltaire et de Rousseau. L'illumination^ des écrivains sacrés dépassant en cette matière les intuitions de la sagesse profane, versait directement quelques-uns de ses rayons dans les cœurs bien disposés pour les préserver de l'orgueil de croire qu'il est loisible à la créature de juger son créateur. Vibration de ce mystérieux mouvement de sensibilité et d'intellectualité religieuses qui depuis 6000 ans secoue l'humanité blanche. Sa source est dans le passé, sa réalité dans le présent de tous les jours, sa justification dans l'avenir.