‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 26 sur 166 · CHAPITRE ÎII · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎII

Nouvelle dispersion de Téglise et nouveau relèvement

de 1757 à 1760

Les Religioniiaires de Bordeaux sont de nouveau obligés de prendre une attitude déiensive. — Hostilité du Parlement et du Gouverneur de la province à leur égard.

Les vexations de 1757-60, étendues à toute la Guienne, s'expliquent par les événements militaires de ce temps et par les suspicions générales que l'on fait peser sur les Protestants. — Quelques explications à ce sujet.

Interruption des réunions du Consistoire de Bordeaux pendant toute l'année 1759. — Fondation de New-Bordeaux. — Aucune trace ultérieure de plaintes ni de représailles dans le Registre consistorial.

Par la résolution prise de reconstituer « dans le plus grand secret » cette église valétudinaire se trouva tranchée, en fait, une grosse question qui, en temps ordinaire, eût provoque de longs débats : Quelle attitude convient-il de prendre vis-à-vis des pouvoirs établis ? En 1753, elle ne se posa pour ainsi dire point. Impérieusement dictée par les circonstances, la conduite à tenir fut à peine discutée. De la part du haut Clergé, du Parlement, même de la Jurade, ce qu'on avait de mieux à espérer c'est qu'ils fermeraient volontairement les yeux sur ces réunions illicites dont, à la longue, ils ne pouvaient ignorer la pratique. Mais, cette complicité tacite serait-elle durable ? Oui, moyennant que ces réunions ne fissent jamais d'esclandre et ne soulevassent dans la population aucune récrimination. A notre avis, c'est contre le menu peuple du faubourg et de la ville, toujours prêt à courir sus au huguenot, contre les dévots de paroisse et les zélotes de sacristie, que les çmçienSj les pasteurs et les fidèles prenaient

leurs précautions. Et la preuve, c'est qu'il leur semble indispensable de s'y tenir jusqu'à la veille de la Révolution, alors que depuis longtemps les idées de support et d'égalité pour tous avaient fait leur chemin dans les rangs supérieurs de la société bordelaise. Une prudence de tous les instants^ une attitude purement défensive, une attention constante à ne contrecarrer en rien les puissances du jour, mais aussi à ne soulever jamais le fanatisme, populaire furent les conditions mêmes de la tolérance dont l'église put jouir en fait jusqu'en 1789. Toute conduite contraire eût été de sa part folie.

Les Religionnaires de Bordeaux pouvaient espérer qu'au milieu du xviii^ siècle les magistrats de justice seraient plus éclairés (jne la foule, quand tout à coup un nouveau vent de tempête s'éleva du côté du Parlement pour remettre en question et compromettre, au bout de ({uelque temps, jusqu'à l'existence même de l'église. A la rentrée d'automne 1757^ le procureur général fit réimprimer et distribuer à ses subordonnés la fameuse déclaration royale de 1724^. Se sentant aussi menacés que leurs coreligionnaires de la province, directement visés, les Protestants de Bordeaux rédigèrent immédiatement, d'accord avec ceux du dehors, un placet au roi, qu'ils expédièrent à Versailles le 17 novembre, dans l'espoir que le pouvoir suprême, informé des vexations qu'ils subissaient déjà, voudrait bien rappeler le Parlement à la modération^. En voici la teneur^ •

Au Roy,

Sire, Vos sujets de la religion i)i'otestante, pénétrés pour \()lre personne sacrée de l'amour le plus pur et le plus étendu, osent se Hatler <pie l'accès à votre justice ne leur sera pas refusé et qu'à l'imitation de Dieu qui écoute

1. La rentrée d'automne avait toujour- lien le lendemain de la fête de Saint-.Martin (IJ novembre), en vertu d'un usarre ancien.

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