‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 27 sur 166 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

■1. Comme toutes les requêtes aux pouvoirs publics, celle-ci n'est point datée. La criticpic interne y découvre quelques éléments d'appréciation que l'on trouvera relevés en note et qui permettent de croire que ce document est de la fin de 1757. F.st-ce nous trojnper que d'y voir le premier placet au roi dont il est fait mention dans le second placet de janvier 17[)8 ? . — Cette requête ne nous est connue que par une copie du temps, retrouvée naguère dans les archives domestiques de M. Daniel Guestier (de Bordeaux), mais consumée avec le reste dans l'incendie du 9 novembre 1918.

NOUVELLE DTSr»F.RSÎOX DE l'ÉGLTSE, ETC. 79

toujours la voix de l'ariligc, \ ol re .Majeslé ne rel'usera pas (d'eiiLeji<lre) leurs jusies plaintes.

Dans celle conliance, Sire, ils nous supplienl li-és liuni))lemenl de leur perinèlre la liberlé de tracer ici, mais en al)r6<,''é, un fidèle l;d)leau de leurs malheurs prcsens, convaincus (jue cette affligeante peinture émouvra à pitié les entrailles |)alernelles de Votre Majesté.

La persécution (lue Ton exerce actuellement contre les suplians dans plusieurs provinces du royaume et notamment dans la Guienne est d'autant plus violente, Sire, (prelle leur laisse à peine la force de l'aire entendre leur mourante voix.

tue troupe d 'arêtiers et de soldats les emprisonnent sur les moindres ilélations. On les écrase i)ar les logements de gens de guerre; on les force jusques dans leur impuissance même en leur faisant payer des taxes, des amendes qui les réduisent à la plus affreuse indigence; on les accable d'insultes, d'injures et d'imprécations; on les menace à tout instant de plus grands maux, et ctiaque jour augmente leur |)eine.

Jusque là. Sire, les supplians ne se décourageaient pas. Comme ils vous doivent une entière obéissance et que l'on agit contre eux avec votre auguste nom, à l'exemple du Sauveur du monde, de ses apôtres et de tous les martyrs, ils sauront souffrir et se taire. Leurs voix seroient entièrement étouffées sy, en ajoutant à cella, on n'exigeoit d'eux encore des démarches contraires à l'essence de leur foy.

Mais, Sire, on leur arrache impitoyablement d'entre les bras leurs enfants déjà batisés pour les rebatiser encore. On veut forcer ceux (jui se sont mariés dans la forme de l'Eglise protestante pour suivre leurs principes, à se remarier de nouveau à l'Eglise romaine et faire précéder ^ des actes que leurs sentiments désavouent et qu'ils ne peuvent pratiquer sans pécher gravement contre les plus intimes devoirs ([ue leur religion leur impose et sans se rendre coupables de la plus noire hipocrisie.

Sire, permettez à notre douleur le simple exposé des maux qu'entraîne une pareille contrainte et de la manière dont elle est exercée.

Messieurs les curés persistent constamment, pendant des cinq et six années, dans le refus de marier les protestants et veulent les réduire à la cruelle nécessité de trahir le devoir de leurs consciences par des abjurations toujours forcées et que le ctt'ur dément, ou de vivre dans le célibat ou le concubinage, ou enfin de profaner le plus auguste des mystères, tandis que par cette espèce de tyrannie les prêtres eux-mêmes commettent un horrible sacrilège. Et ne croyés pas. Sire, que ce que nous observons à cet égard à Votre Majesté soit une déclamation de notre part, c'est le sentiment unanime des plus éclairés casuistes de l'Eglise romaine.

On l'ait plus. Sire, on veut forcer les suplians à envoyer leurs entants aux instructions de l'Eglise romaine; on les menace même de les leur eide- Ncr pour les renfermer dans des couvens contre le droit naturel, inviolable et sacré", que la ([ualité de père leur donne sur eux principalement dans l'objet de leur éducation. Ce droit. Sire, est aussy ancien que le monde; il a été reconnu incontestable dans tous les siècles. Toutes les nations l'ont invariablement adoi)té et suivy. Aussi mi des plus grands docteurs de

1. PeuL-ctre faudrait-il corrii^er : jinrc procéder à des actes.

l'église romaine, Thomas d'Aquiii, décide-t-il ouvertement « qu'on ne doit pas baptiser les enfants des Juifs contre le gré de leurs pères par deux raisons : l'une que la pratique de l'Eglise ne l'a jamais aprou\é; l'autre que la partie naturelle y résiste. »

Tous ces différents maux, Sire, rendent les villes et les campagnes désertes, font prodigieusement languir l'agriculture et le commerce et découragent entièrement les habitans. Les terres et les vigîies, quy n'estoient déjà que trop négligées par rapport à la grande dépopulation, vont devenir si non totalement incultes, du moins bien stériles et la navigation des rivières impraticable. Le paysan, le laboureur et le maneuvrier ne pouvant jouir, à l'ombre de leur figuier, de la liberté que nourrit^ en eux un esprit laborieux fuiront et abandonneront un séjour où il ne leur sera plus permis de suivre le mouvement de leur conscience et de servir Dieu en pais.

Les malheurs des suplians, Sire, semblent estre à leur comble. Le pays n'offre plus aux yeux que le spectacle effrayant d'une désolation généralle. Les pères, les mères et les enfants sont en fuite : tous cherchent à éviter la prison, l'exil, le couvent ou quelque autre peine encore plus rigoureuse, peut-être même les galères ou l'échafaud. Les antres et les bois sont devenus la retraite de ces innocentes victimes, dont il est à craindre que la plupart, poussées par leur désespoir sy elles avoient le nouveau malheur de ne pouvoir faire parvenir leurs gémissements jusqu'à votre trône, abandonnant leur fortune et leur patrie qu'elles ne quitteront qu'avec un vif regret, iront chercher ailleurs une tranquillité dont elles ne jouissent pas dans leurs foyers.

Oui, Sire, et nous le prononçons dans toute l'amertume de nos cœurs, les émigrations sont inévitables et vont devenir nombreuses^. Mais cependant, que Votre Majesté soit vivement persuadée qu'aucun de nous ne se portera à cette fatale extrémité qu'avec la plus sensible et la plus mortelle douleur. La médiocrité, la misère même aura toujours plus d"e charmes pour nous sous votre domination que l'abondance et la faveur chez une puissance étrangère. Mais, Sire, qu'on nous laisse la précieuse liberté de travailler au salut de nos âmes suivant nos principes et qu'on ne gêne point nos consciences quy relèvent de Dieu seul: nous justifierons pleinement, dans cet état comme dans tout autre, que noire respect et notre soumission nous attachent à Votre Majesté, par les liens les plus forts, car notre dévouement est sans bornes.

Nous servons un même Dieu, Sire. C'est un Dieu de pais et de support. Il vous a couronné pour le bonheur de la France et pour servir de modèle aux bons rois. Il vous fait régner sur nous en souverain. Régnez-y aussy en tendre père. Vous restés ia terreur de vos ennemis, l'admiration et l'amour de vos peuples. Soyez, Sire, le protecteur et le soutien des malheureux. Peut-être, Sire (est-ce notre principale crainte), les ennemis de notre repos nous ont ils dépeints à Votre Majesté, sous de fausses couleurs et comme des sujets rebelles. Pour être persuadé du contraire, que vos yeux, Sire, jettent un regard attentif sur toute notre conduite. Qu'on vous fasse le rapport de notre exactitude à payer les impôts de toute nature ordonnés

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