Le Parlement de Pau, établi par Louis XIII en 1G20-2I
5. Les Juifs portugais et espagnols de Bordeaux et Bayonne, les Juifs avignonnais de Paris, Marseille et Carpentras jouissaient en elïet d'un traitement de faveur en comparaison des Protestants.
yeux de sa compassion. C'est donc votre justice, Sire, que les suplians implorent dans l'excès de leur douleur. C'est à elle qu'ils adressent \eur-\ voix presque éteinte })ar leurs soupirs et leurs larmes; et sans manquer' au respect qu'ils vous doivent justement, ils ozent dire que, constamment| attachés à leur religion, ils ne feront jamais de démarches contraires àj celles que leur religion leur prescrit; mais que néanmoins. Sire, ils seront| prêts dans tous les moments à vous sacrifier pour preuve de leur obéissance — ■ et c'est un des principaux devoirs que cette même religion leur impose — leurs biens et leurs vies qu'ils reconnaissent appartenir très légitimement à Votre Majesté.
Ce considéré, Sire, qu'il plaise à Votre Majesté accorder aux suplians plutôt la mort qu'ils implorent avec ardeur et qu'ils recevront avec joye, ({ue de trahir le devoir de leur religion, la liberté de leur conscience dans! le sein de vos États, qu'ils osent réclamer comme un droit naturel, ou enfin la faculté de se marier devant les magistrats, ainsy que le pratiquent dans tous les Élats de l'Europe les sujets qui ne professent pas la religion dominante.
Nonobstant cette protestation, dont ils eurent vraisemblablement connaissance, nos parlementaires rendent aussitôt, dès le 21 novembre, un arrêt par lequel ils ordonnent Texécution rigoureuse des anciens édits et arrêts de règlement concernant les Religionnaires ^. Bien plus, ils le font « publier pendant plusieurs jours dans l'hôtel de la Boufso à l'heure même du change, c'està-dire dans le tems où la majeure partie des Protestants qui habitent cette ville y étoit rassemblée, circonstance qui, d'un côté, les abattit si fort que le trouble qu'elle mit dans les opérations de leur commerce faillit à faire chanceler leur crédit, et qui, de l'autre, ne servit qu'à les rendre un objet de haine et de mépris au menu peuple toujours extrême dans ses sentiments et étourdi dans ses démarches ^. >>
Contre cet arrêt, nos Religionnaires s'élèvent, au bout de quelques semaines, par un nouveau placet au roi, qu'ils expédient à Versailles, le 3 janvier 1758^, invoquant de nouveau la pro-
1. Arrêt du Parlement de Bordeaux, rendu à la requête de Laboubée, subslilul du procureur général du roi, ordonnant que les édits et déclarations du roi concernant les religionnaires, et notamment la déclaration du 14 mai 1724 et arrêts de règlement de la C'ourj^ des 22 septembre 1714, !«='' avril 1746, b' février et 12 mai 1749, 1.5 décembre 1752, etc., seront exécutés selon leur forme et teneur 21 novembre 1757. (Bit)I. Soc. hist. prot. franc-, Papiers Coquerel, reg. 327, ï° 38.)
2. D'après le second placet au roi, janvier 1758, mentionné plus loin.
3. Exempl. impr. in-8° de 14 p., aux Archives municipales de Bordeaux, (GG. 13) et à la Bibliothèque du protest, franc. {Papiers Coquerel précités, reg. 327, f° 42). Incipit : « Vos sujets protestants du ressort du Parlement de Bordeaux se jettent aux pieds de votre Majesté pour implorer... »
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tochion du pouvoir royal. Pciuo perdue : \c l'oi ne répondit pas plus au second placet qu'au premier^.
D'où venait à pareille date ce sursaut de rigueurs ? ^. Pour lui trouver une explication satisfaisante et réduire le plus possible la part de la conjecture, il faut avant tout considérer les événements de ce temps ^. La France était alors engagée dans la guerre de Sept ans (1756-1763) qu'elle menait péniblement contre l'Angleterre et la Prusse protestantes. Dès la fin de 1756, après les premières défaites de nos armes, le parlement de Bordeaux avait fait emprisonner dans les cachots de la ville un certain nombre de Religionnaires de la province, sans compter ceux qu'on avait disséminés dans d'autres prisons dil ressort, ni les enfants c[u'on avait enfermés dans les couvents*. De quoi s'agissait-t-il donc ? De faire respecter les édits royaux transgressés par les gens de la R. P. R., répondait-on. Mais, il y avait longtemps déjà que sous l'empire d'un esprit nouveau^ le Parlement lui-même ne s'en préoccupaibplus guère. L'explication de sa conduite ne seraitelle point plutôt dans ce fait que des gens malintentionnés avaient répandu le bruit que les Religionnaires de Guienne, y compris ceux que l'on rencontrait aux Ghartrons, entretenaient, comme un siècle auparavant, des intelligences avec les Anglais et favorisaient leurs desseins ?
C'était sous une forme moins précise l'accusation populaire de l7l5 que l'on reprenait contre eux avec d'autant plus d'à-
1. Paul Rabaut écrivait à son ami Ghiron, le 29 mars 1758 : « Nos affaires ne vont pas bien en Guyenne. On nous avait assurés que la Cour avait donné des ordres pour empôclier rexccuLion de l'arrêt du Parlement de Bordeaux. Cependant, il est quantité de lieux où l'on sévit, surtout contre les mariages » (Dardier, rec. cité, I, p. 192).
2. Il est singulier que VHisloire du Parlement de Bordeaux, par M. Bosclicron des Portes (t, II, 1877), soit absolument muette sur tous ces faits, alors que le cliap.V est consacré à exposer le rôle de cette compagnie dans la lutte contre les Janséniste et les Jésuites, de 1714 à 1762.
3. Nous n'ignorons pas en effet quç, dix ans plus tôt, en 174"6, au début de la guerre poiu' la succession d'Autriche, des émissaires anglais avaient essayé de soulever en faveur de leur cause les Religionnaires du Languedoc. Mais ils avaient partout échoué et les pasteurs s'étaient invariablement montrés fidèles au roi (Cf. E. Hugues, oiin. cit., 11, p. 197^.