‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 30 sur 166 · D'après le .second Placet au roi, cité ci-dessus · texte numérisé non relu

D'après le .second Placet au roi, cité ci-dessus

5. Sur les premières manifestations do. l'esprit de tolo'rnnr-i' nu xvuf siècle, voyez notre Introduction, sect. 2.

propos politique que Montesquieu venait de formuler ce jugement : « Le protestantisme s'accommode mieux de la République que de la Monarchie » (xxv, 5).

Au dire de Court de Gébelin, la persécution s'étendit sur les Religionnaires du Périgord et de l'Agenais ^ :. si elle épargna ceux de la Saintonge c'est que justement ils furent en état de prouver leur dévouement au roi en aidant à repousser la flotte anglaise qui s'approchait de leurs côtes 2. Le soin que, de leur côté, prennent les protestants des Ghartrons de rappeler avec quelle fidélité ils ont marché contre l'ennemi, l'amertume avec laquelle ils se plaignent de ce que le Parlement a voulu les rendre « un objet de haine et de mépris au menu peuple, » autorisent mieux encore notre interprétation^.

En dépit de ces plaintes et de ces protestations, le Parlement ne voulut rien relâcher de sa sévérité. Les 5 et 12 avril 1758, à la suite d'une perquisition qui avait fait découvrir dix-sept ballots de livres héritiques chez un religionnaire des Ghartrons, du nom de Gorbière*, deux nouveaux arrêts furent rendus qui aboutirent à faire brûler par la main du bourreau, devant le palais de rOmbrière (17 avril), les ouvrages saisis^: entre autres le Catéchisme d'Ostervald et son Histoire sainte^ un ouvrage de piété le

1. Cf. une lettre du pasteur Germain reproduite par Ch. Coquerel, ouvrage cité, II, 253. = Le registre 327 des Papiers Coquerel cités plus haut contient aux f"» 60, 81 et 82, trois arrêts du Parlement de Bordeaux contre les protestants de Bergerac (9 février 1759), de Sainte-Aulaye (30 avril 1762) et d'Eymet (17 juin 1763), coupables d'avoir transgressé les édits. {Communication de M. N. Weiss.)

2. Lettres des 20 mai et 7 juin 1758 (dans le Bulletin, XXVI (1876), p. 270).

3. Cf. ce passage de la lettre adressée par le Synode général des Basses-Cévennes à l'église de Bordeaux sous la date du 27 octobre 1758 : « Vous connaissez nos ennemis communs : ils saisissent aux cheveux les moindres occasions de nous dénigrer; ils interprètent en mal nos démarches les plus innocentes et il est bien à craindre qu'ils ne fassent entendre à la Cour que, dans ce tems de guerre, une assemblée nationalle des Réformez est suspecte et cache quelque mauvais dessein... » {Beg. consisl. h la date). — En 1778 encore, le Consistoire de Bordeaux demande l'ajournement d'un synode provincial qui devait avoir lieu à Royan, « vu surtout la circonstance actuelle où, à la veille d'une guerre avec l'Angleterre, les protestants doivent s'abstenir de toute démarche qui pourrait authoriser leurs ennemis à rendre suspectes au gouvernement leurs assemblées ecclésiastiques». (Ibid., 20 mai 1778.)

4. Peut-être Fr. Corbière, dont le fds Matthias^ négociant, se maria à Bordeaux en mai 1791 (Meller, Familles protestantes, p. 70).

&. Ch. Coquerel, ouvrage cité, II, 259, et ss. — D'après le texte de l'arrêt (dont il existe un exemplaire imprimé, m-i° de 4 p. dans les Papiers Coquerel précités, reg. 327, t'° 52), ces 17 ballots contenaient 5.272 volumes.

NOUVELLE DISPERSION DE l'ÉGLISE, ETC. 85

Voyage de Bélhel, et un traité de théologie L'accord parfait de la nature, de ta raison, de la révélation et de la politique ^.

Pour bien comprendre la gravité de la situation que traversait alors l'église de Bordeaux, force nous est d'étendre, un instant, notre curiosité sur les événements qui se passaient dans le reste de la province.

« Supplique (des Proieslants de Guienne) au Boy, le 22 avril 1758 ».

Sire, Vos sujets protestants du ressort du Parlement de Bordeaux, réduits au désespoir, se voyent forcés à vous demander aujourd'hui, comme une grâce, des droits que la nature accorde à tous les hommes. Heureuse nécessité, si leurs plaintes pénétraient jusqu'au trône, puisqu'ils seroient assurés de retrouver la nature même dans le cœur paternel de Votre Majesté. Mais, Sire, des gens intéressés sans doute à ce qu'ils se taisent, étouffent leurs voix timides. Voici la troisième fois qu'ils essaient de se faire entendre.

Ah ! Sire, vos sujets, vos fidèles sujets, vos enfants, on ne cesse de les persécuter sous divers prétextes, et comme des amendes pécuniaires sont la première peine qu'on leur inflige, les prétextes se multiplient tous les jours.

On a fait revivre contre eux des lois abandonnées presque dès leur naissance et qui n'ont jamais servi qu'à grossir le nombre de ces infortunés qui fuyaient leur Patrie ou qui, plus malheureux encore, n'y demeuraient que sous le moyen d'une conversion hypocrite. On les a décrétés, emprisonnés, bannis, condamnés jusqu'aux derniers supplices; on les a accablés de taxes de toutes espèces. Les dragons et les archers ont vécu à discrétion chez eux; enfin on ne cesse de les traiter comme des malfaiteurs victimes de la vengeance publique.

Quels sont donc leurs crimes ?

Le croira-t-on ? C'est d'avoir suivi trop scrupuleusement les lumières de leur conscience; de s'être assemblés sous l'ombre favorable d'une tolérance que la charité chrétienne et la prudence politique semblaient leur accorder. C'est d'avoir prié en commun pour la paix, la réunion de l'Eglise dans une même foi; pour le bonheur de cet État florissant, pour les jours précieux de Votre Majesté, le longue durée de son règne, la prospérité de ses armes, pour l'illustre sang des Bourbons. C'est d'avoir tous ensemble fait des vœux ardents pour devenir meilleurs chrétiens, meilleurs pères, meilleurs fils, plus fidèles sujets !... Qui croira, Sire, que dans un État chrétien on force des sujets à se disculper de ces genres de -crimes ?

Ils ont encore osé chercher dans ces assemblées à légitimer une union^

1. Ce dernier ouvrage, qui a pour auteur le chevalier de Beaumont, avait été publié en 1753.

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